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Partir d’un bon pas

Publié le 15 juillet 2015 par Bobo Mademoiselle @bobo_mlle

Partir d’un bon pasQui dit été, dit vacances. Qui dit vacances, dit flânerie, divagations et digressions. Ami lecteur, ici il ne sera pas question de travail ou d'entretiens d'embauche. Je ne tenterai pas non plus par tous les moyens de me déculpabiliser (et à fortiori, de te déculpabiliser) de ne pas chercher un emploi. Dans ce billet, je m'autorise une digression, un simple pas de côté, et quel pas.

Depuis plusieurs semaines, mon agenda n'est soumis à aucun horaire et aucun cadre ne vient délimiter mes journées. Zéro contrainte, zéro astreinte : j'ai retrouvé une liberté de mouvement totale. Mais, à l'instar de la douleur, dépassé un certain seuil, la liberté est un sentiment qu'on ne ressent plus. C'est un concept complètement surestimé, me dis-je, car si on ne peut le mesurer et en profiter pleinement qu'à l'intérieur d'un espace confiné, à quoi bon lutter pour le faire valoir. J'en étais donc à me demander si je ne devrais pas renouer avec un certain état de captivité pour me libérer de ce trop-plein de liberté quand - fort heureusement - l'écran de mon ordinateur s'est allumé sur la fin du défilé du 14 juillet.

Ils ont beau être affublés d'une kyrielle d'accessoires qui les différencient des autres officiers - une hache, un tablier, une longue barbe et des guêtres ridicules - c'est à leur pas que j'ai reconnu les militaires de la légion étrangère : 88 pas minute, soit à peu près une vingtaine de pas de moins que moi, perchée sur des talons de huit centimètres, il y a encore quelques mois. Eh bien regarder un corps d'armée avancer au rythme de sa propre musique, sans se presser, vers la tribune présidentielle a eu un effet terriblement bénéfique sur mes considérations du moment. Déjà, cela y a coupé court en un instant - évitant ainsi la migraine de justesse - et ensuite cela m'a donné l'idée de chausser une paire de sandales et les écouteurs de mon iPod, et de marcher à mon tour, au rythme de ma propre musique, d'un bout à l'autre de la ville. Ami lecteur, si tu me lis pour retirer de chaque billet un conseil pratique à appliquer dans ta vie personnelle, en voilà un : quand tu patauges, marcher peut s'avérer utile.

Me voilà donc partie, avançant nonchalamment, sans trop prêter attention à un quelconque itinéraire (je suis libre, autant en profiter), jusqu'à ce que mes pas me guident au pied de l'immeuble où se trouvait mon bureau. C'est bizarre, me dis-je, fut un temps, pour arriver jusqu'ici mon allure était différente, un brin précipitée. Quand j'étais assise dans mon bureau au milieu du couloir, j'entendais le pas de mes collègues, au point d'être capable de les reconnaitre sans même qu'il franchisse le seuil de ma porte : le pas tintinnabulant du responsable de la sécurité qui avait toujours un énorme trousseau de clés à sa ceinture, le pas expéditif et affairé du directeur, allant frénétiquement d'un rendez-vous à l'autre, celui plus lourd et plus désordonné de sa secrétaire qui croulait sous un monceau de photocopies, et le pas vif et impérieux du tyran qui se concluait toujours par un claquement de porte, celle de son bureau qui siégeait à l'autre bout du couloir. Et, quand il m'arrivait de m'aventurer à l'étage d'en dessous, j'arrivais aussi à discerner le pas vif du sournois et la démarche alerte du zélé.

J'ai alors réalisé que, pendant les sept dernières années, sans m'en rendre compte, mon pas s'était calqué sur celui de mes collègues, tout à tour prompt, impatient, empressé, me refusant quand même catégoriquement d'aller jusqu'à courir tel un pachyderme pour aller jusqu'à la photocopieuse ou la machine à café. J'ai repris alors ma route excluant définitivement un " retour à un certain état de captivité ". Il serait plutôt grand temps de retrouver la juste cadence, naturelle et harmonieuse, qui correspondrait à mon rythme biologique et à celui de personne d'autre. Il n'est pas question, par esprit de contradiction, d'adopter un pas démesurément lent : ami lecteur, tu ne le croiras peut-être jamais, mais je suis quelqu'un d'énergique, qui préfère de loin le cliquetis de talons sur le pavé au frottement molasse d'une paire d'espadrilles.

Il ne s'agit donc pas seulement de trouver sa voie mais aussi de s'y engager du bon pas. Goddamnit, je viens de m'ajouter un problème, me dis-je, tout en essayant de comprendre quel serait le rythme qui me serait le plus adapté. J'ai commencé par avancer d'un pas de vacancier indécis et pataud (au rythme de Michel Polnareff qui, disons-le, n'invite pas au sprint ni même au petit trot), en me disant que le pas qu'on adopte est aussi étroitement lié à l'état d'esprit qu'on a envie d'affirmer. Petite, j'étais, par exemple, capable de différencier les pas de mon père dans l'escalier lorsqu'il était en colère (genoux qui craquent et cadence asymétrique - comme s'il prenait son élan d'un côté seulement (une sombre histoire de pied d'appel)) à son pas fluide quand tout allait bien. Plus grande, pendant les jours de semaine, je n'ai pas hésité à adopter l'allure pas commode du jeune cadre dynamique parisien et, pendant le week-end, l'attitude faussement nonchalante du parisien accroc au yoga et aux pratiques zen, sur les pieds duquel il ne faudrait quand même pas s'aviser de marcher (faut pas non plus déconner). Aujourd'hui je pense que ce pas parisien, rempli de faux-semblant, ne m'appartenait pas non plus tant que ça.

J'en étais à divaguer sur ces réflexions du plus grand intérêt quand, sans m'y attendre, j'ai fini sur une place où une trentaine de couples dansaient le tango (oui, ami lecteur, j'habite dans une de ces villes où, en été, la rue devient le théâtre de ce genre d'animations). Les danseuses se déplaçaient d'un pas léger et aérien, en équilibre sur la joue de leur partenaire, leurs talons effleurant à peine le sol. En tendant l'oreille, on pouvait entendre le glissement des souliers des danseurs sur le pavé. Non ils ne trainaient pas des pieds, ils virevoltaient d'un bout à l'autre de la place, avec grâce et détermination. C'est beau des gens qui n'ont aucun problème de coordination, qui dansent comme ils respirent, sans se poser de question. Je les ai observés une demie-heure puis je suis rentrée chez moi en sautillant (#TrueStory).

Mais pourquoi diable suis-je en train de te raconter tout ça, te demandes-tu, oui pourquoi ? Non ami lecteur, je n'essaie pas de te convaincre de t'inscrire à des cours de tango ou à t'engager dans la légion étrangère. Ce billet n'est rien de moins que le cheminement d'une pensée, construite pas à pas, au rythme de mes pieds (à moins que ce ne soit l'inverse). Son objectif est de t'inviter à t'interroger sur la compatibilité de ton rythme avec tes besoins physiologiques du moment. En ce qui me concerne, depuis que j'ai fait mon job out, je compte bien utiliser mon regain de liberté pour repartir d'un bon pas, un pas qui serait le mien, sans emboîter celui de qui que ce soit. Au temps pour moi.


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