Magazine Humeur

Le harcèlement sexuel et les abus de pouvoir ne sont pas une fatalité !

Publié le 12 mai 2016 par Roznarho @roznarho

Article à l'adresse des jeunes filles : vous devez parler !

Dans le cadre d'une actualité brûlante, tout le monde doit mettre la main à la pâte pour que cela s'arrête une bonne fois pour toutes ! Billet ras-le-bol qui j'espère vous montrera que vous pouvez vous sortir des abus de pouvoir et du harcèlement sexuel.
Je vous livre donc ici mon modeste témoignage ainsi que quelques conseils.

On a tou(te)s nos fêlures, mais il faut en faire une force.

Je ne parlerai pas ici du harcèlement de rue, sur lequel je reviendrai dans un autre article. Il s'agit d'une forme épuisante de harcèlement, certes, car on le subit souvent quotidiennement (j'en sais quelque chose), mais qui finalement est beaucoup plus simple à éviter que le harcèlement sexuel lié aux abus de pouvoir (beaucoup plus pervers !) car il reste plus direct et plus basique (bref, plus lourd, beaucoup plus lourd !)

Revenons à l'actualité. Deux articles m'ont interpellée ces derniers jours. Le premier, celui de Slate.fr d'hier (11 mai 2016) sur l'affaire Baupin et le " viol politique ", ou " la drague appuyée à la française ". Beurk ! C'est écoeurant, révoltant... tellement triste d'en arriver à une telle omerta (loi du silence). En tant que femmes, nous sommes ainsi conditionnées à fermer nos gueules, pour ne pas nous retrouver exclues, passer pour des emmerdeuses, ou pire, pour des menteuses !

Le deuxième article nous vient de GQ (12 mai 2016), magazine pour hommes, donc, et vous concerne au premier chef ! Oui, je parle de toi, la petite nénette du fond ! Et de toi aussi, sa copine ! Ce matin est parti sur Twitter le hashtag #JeSuisUneStagiaireDe21Ans à la suite de l'article dans GQ concernant le témoignage d'une journaliste et des abus de pouvoirs qu'elle a subis quand elle était stagiaire (et après...) Rebeurk !

L'impunité doit cesser ! Le harcèlement sexuel existe, il faut en être conscient(e) très tôt et en parler afin de l'éradiquer définitivement !

Quand on est jeune, qu'on sort tout juste de chez ses parents, on n'a que de belles envies : croquer la vie à pleines dents, tomber amoureuse, découvrir le monde, faire de belles études, de bons stages, trouver un chouette boulot. Et paf ! Dure réalité qui te frappe en pleine face ! Un homme, souvent plus âgé, un prof, un maître de stage, un collègue, un employeur, se permet des remarques salaces, des propositions déplacées, voire des gestes qu'il n'aurait jamais dû avoir. Ça y est, tu te reconnais, tu te revois déjà dans certaines situations ? Et quelle a été ton attitude ? T'es-tu fâchée ? As-tu laissé faire ?

Si je vous résume ma petite vie en quelques points clés depuis mon entrée en fac :

- premier stage long en première année de fac (à peine 18 ans) : j'ai été recrutée sur critères physiques et non sur ma motivation. Aucun garçon n'a été choisi pour le stage, surtout pas s'il avait plus de 20 ans... bizarre, non ?

- première campagne archéologique de terrain en Espagne (à peine 19 ans) : j'ai été virée du stage pour avoir osé m'élever contre des abus de pouvoir, notamment envers les jeunes stagiaires dont je faisais partie ( horaires de travail à 18h par jour, mise à l'écart, humiliations quotidiennes, remarques déplacées, suppression de sommeil, de nourriture, etc.) J'ai dû me débrouiller toute seule pour rentrer chez moi, jetée à la porte avec mes valises en plein milieu de la pampa, en ne baragouinant que trois mots d'espagnol. Une fois rentrée, j'ai dénoncé ces comportements auprès des profs responsables de mon cursus. D'autres jeunes filles se sont jointes à moi et elles ont raconté ce qu'elles avaient subi ! Le prof dénoncé avait déjà des accusations de viols et de tentatives de viols sur le dos ! Il a été interdit d'enseignement et a ensuite essuyé plusieurs procès (aussi pour détournement de fonds publics, mais c'est une autre histoire).

- des examens, en deuxième année de fac (19 ans) : un prof (environ 35 ans, vous la sentez la différence d'âge ?) m'a bien bien collée pendant deux mois avant de comprendre qu'il n'avait aucune chance. En mode : " je te parle en envahissant ton espace vital et en me tenant à 5 cm de ta bouche ", " je te suis quand tu descends du tram avant d'aller en cours ", " je t'invite à des sorties pédagogiques qui ne sont pas prévues dans le programme officiel ", " je m'incruste dans ta conversation avec ton petit copain que je déteste déjà ". Il m'a même filé les sujets de l'examen ! Le con ! Vous pensez bien que je me suis empressée de largement diffuser les sujets auprès de mes petits camarades. Résultats pour moi : 16/20, mon amoureux : 10/20, alors qu'il était major de la promo et qu'on avait révisé ensemble et répondu la même chose. Vous la sentez l'injustice ?

- nouvelle fac, nouveau terrain à l'étranger (21 ans) : dans une voiture avec trois profs et un doctorant, de nuit, sur l'autoroute, on rentre à l'appart qu'on avait loué. Un des profs dit : " Si je n'arrive pas à coucher avec la fille de la proprio ce soir, c'est elle que je met dans mon lit ! ", en me désignant. Rire jaune des deux autres profs. Ils ne me défendent pas non plus, ils connaissent l'humour débile de leur ami. Je réponds : " Je ne pense pas que mon amoureux soit d'accord ! N'essaie même pas. " Le doctorant répond : " On est quatre mecs dans cette voiture, ton amoureux n'aura rien à dire, on lui attachera les mains et on lui fera regarder. " Vous la sentez monter l'angoisse ? Il ne s'est rien passé de plus, mais je n'ai rien dit. J'ai laissé passé la mission, car je ne voulais pas mettre une mauvaise ambiance dans le groupe et j'étais la seule fille (un privilège, pensé-je à l'époque). Mon amoureux, qui n'était donc pas dans la voiture au moment des faits, n'a été mis au courant qu'à notre retour de mission. Il s'est plaint de ce comportement auprès du prof responsable de la mission. Ce qu'il y a gagné ? Il a été saqué à sa soutenance de master.

- fin de master (22 ans) : un prof (encore un !) qui veut discuter avec toi dans son bureau, mais qui insiste bien sur le fait qu'il doit laisser la porte ouverte car c'est la loi, les profs hommes n'ont pas le droit de s'enfermer avec une femme dans leur bureau (l'histoire dira plus tard qu' il avait quelques casseroles aux fesses avec plusieurs de ses étudiantes). Il veut t'aider, te donner des conseils, en ami... Le premier qu'il te donne est de quitter ton amoureux car il trouve qu'il a une mauvaise influence sur toi et qu'il t'empêche de t'épanouir dans ton travail (sous-titre : qu'il t'empêche d'être l'esclave laborieuse et sexuelle de ton prof). C'est le prof que j'ai quitté, pas mon amoureux. J'ai aussi changé de fac.

- et puis viennent les années où tu es encore trop mignonne (cf. blonde avec des cheveux longs, ça suffit) pour être prise au sérieux (à rallonge, ces années), où tu n'arrives pas à obtenir une bourse pour continuer en thèse. Je me suis donc coupé et teint les cheveux en plus foncé (26 ans). J'ai eu une bourse de thèse... mais à l'étranger, où bizarrement, je n'ai pas du tout l'impression d'être embêtée de la même manière. Le harcèlement sexuel et les abus de pouvoirs à l'université ou dans le monde du travail : un mal français ?

Je vous passe les gros lourds qui se sentent subtils de te parler de ton décolleté, des vieux frustrés qui disent qu'ils te câlineraient bien, etc. Ceux-là, je les envoie bouler, direct ! Car maintenant, j'assume de le faire !

Alors, était-il bien nécessaire que je me coupe et me teigne les cheveux ? Oui, pour une seule raison : j'ai perdu en féminité, mais j'ai gagné en assurance. Je me suis concentrée uniquement sur ce qu'était important : ma personnalité, ce que je voulais apporter par ma force de travail.

Si je n'ai qu'une seule chose à vous répéter : parlez ! En cas de pépin, allez immédiatement trouver quelqu'un pour vous aider (parent, ami, autre prof, supérieur hiérarchique, etc.) Dites ce qui vous est arrivé. Ne minimisez aucun geste, aucune parole déplacée. On vous prendra peut-être pour une chieuse (surtout ces messieurs), vous aurez peut-être à quitter votre fac, à changer de boulot. Et alors ? Le plus important n'est-il pas qu'il ne vous arrive rien de plus ? De pire ?

Si vous laissez faire, vous encouragez votre harceleur à recommencer ou à aller plus loin, avec vous d'abord. En vous taisant vous mettez aussi en danger d'autres jeunes femmes !

Les filles, temps est votre ami. Assumez-vous, aimez-vous. Plus vous vous aimerez, plus vous arriverez à vaincre ce genre de comportements, voire à faire que ces messieurs sentent d'emblée que ce n'est même pas la peine qu'ils vous approchent !

Vous verrez, au fur et à mesure des années, à force de dire non, vous gagnerez en confiance, en assurance, vous pourrez regarder ces messieurs dans les yeux et l eur infliger votre sublime mépris. Un seul regard de votre part suffira pour qu'ils se sentent minables.

Et rappelez-vous : vous êtes toutes des impératrices, ce sont eux les tas de viande sans cervelle.


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