Magazine Journal intime

Existences manufacturées

Publié le 16 juin 2008 par Noahgenez
Moi, dans ce monde là, celui du puissant Nord, celui du Haut, cette France post-industrielle menée par le Tout-Petit, et bien moi, je n'existe pas et vous aurez bientôt compris qu'il n'y aura que peu de linéarité par ici... Parfois je finis tout de même devant Ruquier ou Fogiel et j'en ai honte. Personne ne me voit, alors la honte s'évapore doucement dans la nuit.
Aux yeux du monde, je reste néanmoins transparent, je me contente de passer: les politesses d'usage: "Bonjour", "Au revoir" et "Merci" tout au plus. Je consomme peu, je n'ai pas de notoriété et un cercle d'amis restreint. Je ne paye même pas d'impôts, sauf ceux des autres.
Demeurant une masse physique en mouvement, je suis parfois pris au dépourvu, piégé par ma densité moléculaire, pris en flagrant délit d'existence. Malheur, quand je n'arrive pas à suffisamment m'effacer pour passer inaperçu, il faut alors communiquer et être courtois. C'est fatiguant et ennuyeux, tous ces efforts de l'esprit pour paraitre normal, je bidouille avec les mots et tente d'émettre un son. Lors d'entretiens, j'explique que ma passion consiste à découper des gouttes d'eau. Les gens restent souvent perplexes et me laisse filer au bout de quelques minutes. Je respire, et je transpire.
Je rentre et j'explique à ma compagne à quel point j'ai été convaincant, je vais enfin changer d'emploi, parce que faire la vaisselle, ça ne paye pas.
J'essaie de vous situer le personnage, parce que c'est dur de discerner les lignes quand on a gommé le dessin, à moins d'avoir appuyé très fort au préalable. Moi j'avais du être imprimé mollement. J'existe uniquement chez moi, avec mon amie et mes animaux domestiques à savoir mon chat, mais aussi toute une troupe de Farfadets et de Pangolins, ce qui finalement fait pas mal de monde.. Je sors parfois, mais toujours chez des troglodytes. A la maison, je peux communiquer au quotidien à bases de cris primaires avec tout le monde et ça se passe plutôt bien, on s'éclate, on se câline et on se boit des cafés. Il faut le savoir les bestioles. Squatter avec moi n'est en aucun cas le signe de l'intégration pour vous. C'est tout au plus un rapprochement de plusieurs espèces primitives qui se complaisent dans la facétie. Bien sûr je ne parle pas pour le chat. Minouche est le boss. Mais la curiosité tuera la chat, tôt ou tard, et les farfadets sont ingérables, c'est de notoriété publique dans les deux cas. Je ne suis pas fou, c'est la société.
La société est comme le chat, elle court inéluctablement à sa perte avec l'insouciance juvénile du félin. Dans les innovations du progrès. Avec malice. Avec vice serait-on tenté de dire. Mais rien de grave, puisqu'on crèvera tous un jour ou l'autre.
En attendant on veut ce qu'il y a de mieux, avec malice ou vice, peu importe, on profite du progrès. Vous prendrez bien un petit Nespresso pour la route?
Paysages Manufacturés
Jennifer Baichwal.
E.D Distribution.
Sortie le 1er juillet en DVD.

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