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Marie-Hélène Prouteau | Nostalgie blanche. Livre d’artiste avec Michel Remaud

Publié le 06 novembre 2016 par Angèle Paoli


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NOSTALGIE BLANCHE

Marais salants, Guérande juin 2016

« Il faut ménager des blancs pour que le halo des brumes et le reflet des nuages
y composent une atmosphère chargée de grandeur et de mystère ».


François Cheng

« L’illimité du blanc »
« Que tout soit blanc afin que tout soit naissance ».


Edmond Jabès



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Un ciel avec juste assez de bleu pour apprivoiser quelques nuages blancs
des masses indécises et brouillées jouent leur lente dérive
la lumière crue de mer ajoute de la transparence au gris tremblé de la saline
parfois un brasier d’étincelles sur l’eau
un héron cendré posé sur ce miroir
idéogramme contemplatif
qui rature le vide.
La couleur de nacre de l’eau m’appelle
je tiens dans le regard ces prodiges familiers
happée par le travail de l’éphémère marin
dans la présence-absence de la mer
les yeux écarquillés je contemple les grands ateliers de la mer du vent du soleil
le cheminement de l’eau
qui se déploie vannes ouvertes dans le fin réseau de canaux

patience des jours

Ici le vent éparpille un friselis sur l’œillet couleur lilas
là-bas à vif, craquelures ocres, peaux écaillées, grises gerçures
tout est calme
rien qu’un cri rauque
un oiseau blanc
dans cette marée de silence

quelque chose ici se décante
promesse venue du lointain des vagues.

Sur le tas de sel, le râteau long et fin
balancier qui ramène les draperies ondulantes
le geste rituel
épouse la connivence de la mer et du limon
remuement depuis deux mille ans
patience des jours
Le sel est le grand maître du royaume blanc
sa magie opère
multitude de cristaux et particules de mes rêves
je vois le monde dans cette couleur
amenée jusqu’au degré d’incandescence

pleine pâte d’une saveur
à aiguiser ma soif.

Entre moi et le nuage plus le moindre écart
la joie bégaie au-dedans
la saline exhale une lumière intérieure
le marais salant s’évapore dans les nuages
je rêve
au milieu de cette solitude liquide

demeurer dans la vision
de ce poème chinois.

Marie-Hélène Prouteau
Livre d’artiste avec Michel Remaud


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