Magazine Journal intime

The Knick

Publié le 30 octobre 2017 par Malm @3615malm

The Knick

Créée par Jack Amiel et Michael Begler, The Knick est une série TV US réalisée par Steven Soderbergh : deux saisons, dix épisodes chacune, une heure environ par épisode.

Amplitude des thèmes abordés

Il était une fois la naissance de la médecine moderne, au tout début du 20ème siècle, en plein coeur d’un quartier de NYC pourri (dans tous les sens du terme) et surpeuplé d’immigrants venus essentiellement du vieux continent. Le monde entier débarque alors à Ellis Island pour s’installer dans la grosse pomme. Ces dizaines de milliers de nouveaux arrivants glissent massivement vers la mort, forcément précoce : surpopulation, travaux physiques à outrance, enfants exploités, misère, typhoïde (même chez les riches), paludisme, insalubrité, promiscuité ou encore avortements saccagés. Quand la santé des uns et des autres devient trop préoccupante, beaucoup atterrissent au Knick, grand hôpital de New York en proie à de graves problèmes de financement mais doté de médecins visionnaires et même géniaux pour certains.

« Knick » est le diminutif de « knickerbocker », pantalon bouffant qui s’arrêtait sous le genou, très à la mode à la fin du XIXème (du genre de celui que porte Tintin, voyez-vous). The Knicks, c’est aussi le nom de l’équipe de baseball new-yorkaise qui a inventé les règles modernes de ce sport, peu connu chez nous. Choisir The Knick comme titre de la série, cet hôpital-ci comme théâtre de l’action, c’est inscrire le propos et le récit de manière symbolique dans un contexte bien particulier : celui du New York ultra-inégalitaire de 1900. Je dis théâtre, je devrais plutôt employer le terme cirque, puisque c’est celui que répète à tout bout de champ le Docteur Thackery (Clive Owen himself), chef du service de chirurgie, pour parler de « son » hôpital.

Les avancées rapides de la médecine d’alors (confère discours du Dr. Thackery – encore lui – à ce sujet dès le 1er épisode), le travail d’expérimentation qu’elles impliquaient n’étaient pas forcément compatibles avec le traditionalisme ambiant. Racisme hardcore, corruption omniprésente, inégalités (notamment hommes-femmes) : tout y est disséqué, observé à la loupe et pour le moins palpable dans la série.

Réalité augmentée

Âmes sensibles s’abstenir : les opérations chirurgicales telles qu’elle étaient pratiquées à l’époque vont bon train. La caméra de Soderbergh secoue comme toujours le spectateur et, honnêtement, on peut se sentir un peu barbouillé par moments. Rassurez-vous : c’est pour la bonne cause. La réalisation est extraordinaire. Si vous êtes branché scalpel, bidoche et sang noir qui coagule à souhait façon boudin antillais, c’est par là que ça se passe. Et on n’est pas chez Greys Anatomy ou dans Urgences : haro sur les antibiotiques, niet les gants et Poupinel en tous genres ; rien de tout ça n’existait alors. La stérilisation du matériel devenait la norme chirurgicale à cette époque mais en ce qui concerne l’environnement, c’était à peu près n’importe quoi. Dans la série, la plupart des opérations ont lieu en public, au centre d’un amphithéâtre ouvert (le cirque, donc), quand elles ne se déroulent pas dans la cave de l’hôpital ou chez les patient.e.s… On traverse le « bloc opératoire » avec ses chaussures de tous les jours, tout le monde y expire ses miasmes. Septicémie (presque) garantie pour beaucoup de patients et dégobillages à prévoir pour quelques spectatrice.eur.s. Soulignons néanmoins que le falbala de boyaux en plein air est bel et bien justifié : ce qui est montré dans cette série doit l’être. Rien de superflu.

Bande Originale

L’action se déroulant au début du siècle, l’électro chargée et « globuleuse » qui illustre The Knick semble, de prime abord, franchement hors sujet. En fait ce n’est pas le cas, on s’en rend compte au fil des épisodes. La musique est composée par Cliff Martinez, de-ci de-là quelques petits relents pas désagréables pour un sou de Philip Glass pointent le bout de leurs nez. La bande originale peut idéalement être écoutée seule (c’est d’ailleurs conseillé). Petite mention spéciale pour la jolie ritournelle Falling off a bicycle plus qu’on entend en fond, derrière la « scène du Vélo » entre Clive Owen et Eve Hewson – elle-même fille de Bono dans la vraie vie (à toute petite dose, les gossips n’ont jamais tué personne).

This is the end

La série avait initialement été « vendue avec » six saisons. Disons plus exactement qu’elle avait été écrite dans les grandes lignes dès le début. Ce qui est très sain en soi, à l’heure des vilains Game of Thrones et autres Walking Dead (j’en vois qui décrochent là : au revoir). Les troisième et quatrième saisons de The Knick se seraient déroulées juste après la seconde guerre mondiale et auraient été filmées en noir et blanc ; les deux dernières étaient sensées se passer dans le futur – le nôtre. Les acteurs seraient restés les mêmes à travers le temps et d’autres personnages (sans doute à la manière du très mauvais American Horror Story) ; l’unité de lieu restait également la même, bien que l’hôpital appelé jadis (oui : j’emploie « jadis ») The Knick n’existe plus de nos jours. Certains choix artistiques – dont celui de la musique – prenaient alors, sachant ces six saisons envisagées, beaucoup de sens.

Mais la série, initialement produite par Cinemax, filiale d’HBO (d’où la diffusion sur OCS en France), a « rebasculé vers la maison-mère » pour des histoires de gros sous dont les détails échappent à presque tout le monde. La concurrence fait rage, des choix ont dû être soigneusement effectués. Voilà. Comme l’a dit Bobby Cannavale peu après l’arrêt de Vinyl, HBO « ne protège plus ses créateurs ». Les temps changent, les calculs se font sur le fil. Il n’y aura donc pas de saison 3 de The Knick. C’est moche.

Lettre Ouverte

« Cher HBO,

Nous comprenons bien, quand tu décides (par exemple et justement) de stopper la production de Vinyl alors que tu broadcastes en même temps The Deuce, la nouvelle série géniale de David Simon, Amen et sachant que toutes deux se passent à la même époque, dans la même ville. Cependant, arrêter The Knick laisse penser que Bobby Cannavale n’a peut-être pas complètement tort. Il n’y a pas, actuellement, dans la grille de programme HBO ou ailleurs, de programme « équivalent à The Knick ». Nous autres, sérivores de la première heure (celle de l’Âge d’Or), sommes bien conscients que la donne a changé, que ce qu’on appelle la « Peak TV » est un élément réel, nouveau et qu’il faut le prendre en considération. Malgré tout, décider l’arrêt de The Knick ne peut tout simplement qu’être une erreur. Cdt, MALM. »

Prix spéciaux d’interprétation

Au sujet de Clive Owen (dont je parle beaucoup, oui), je n’ai pas trouvé de terme suffisamment précis pour décrire ce qu’on ressent, en tant qu’individu enclin à apprécier la gent masculine, quand on regarde évoluer ce Dr John Thackery en train de zigzaguer maladroitement entre ses addictions et son génie… sexy ou excitant ne conviennent pas tout-à-fait. Talentueux serait imprécis et beau, insuffisant. Disons avec retenue que Clive Owen laisse ici quiconque regarde sa prestation dans The Knick assez peu indifférent(e).

D’autres acteurs sont également très justes : Chris Sullivan et Cara Seymour sont tout simplement émouvants, avec leurs accents à couper au couteau de Micks fraichement débarqués du Comté Clare. Mais d’autres tiennent plus difficilement la ligne. L’acteur qui interprète Mr. Barrow passe son temps à se toucher la joue pour bien rappeler au spectateur une scène clé de la série (inadmissible : comment Soderbergh a pu faire ça) ; Juliet Rylance qui interprète Cornelia semble atteinte d’une raideur maladive des bras. On sait bien la violence que générait sur les femmes les habitudes vestimentaires de la belle époque, c’est pourtant la seule comédienne de la série à se tenir comme un Playmobil.

—————————————-

Concernant l’écriture de The Knick, la noirceur y est souvent rude, profonde et poisseuse. Quoique la série tout entière n’en soit pas dépourvue, encore plus de fantaisie ou de second degré n’aurait pas nui à l’ensemble. On déplorera aussi certaines facilités qui peuvent amener par moment le spectateur à prévoir trop facilement ce qu’il va se passer : voilà qui n’est jamais vraiment souhaitable quand il s’agit de fiction.

Tout de même, The Knick reste une bonne série : c’est vraiment dommage qu’il n’y ait pas de suite.



Retour à La Une de Logo Paperblog