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Iznogoud but so visionary

Publié le 05 décembre 2017 par Legraoully @LeGraoullyOff

Dans un un récent épisode de mon journal pas du tout intime, le quatrième pour être précis, (cliquez ici pour le relire) je vantais les qualités de visionnaire du grand vizir Iznogoud : je soulignais que le méchant de comédie créé par Tabary et Goscinny était un véritable précurseur auquel on devait notamment la première station de sports d’hiver installée en plein désert, bien avant celle de Dubaï (voir l’album Les vacances du calife), le premier vol spatial habité, longtemps avant celui de Youri Gagarine (voir l’album Des astres pour Iznogoud), et l’expérimentation de la première image en trois dimensions (voir l’épisode « Le mystérieux colleur d’affiches » dans l’album Iznogoud l’infâme).

Mais le domaine dans lequel le méchant grand vizir a le mieux fait montre de son génie visionnaire est certainement celui de l’éducation. Souvenez-vous : dans l’album Des astres pour Iznogoud, plus précisément dans l’épisode « L’élève d’Iznogoud », le sympathique et lymphatique calife Haroun El Poussah confie à son « bon Iznogoud » le soin d’instruire le prince Vagonli, fils de son voisin et collègue le sultan Pullmankar. Bien entendu, le grand vizir espère faire de cette mission un tremplin vers le pouvoir ; son plan : rendre le prince Vagonli malheureux afin qu’il se plaigne à son père qui, en bon parent d’élève, déclarera la guerre au calife. C’est pourquoi, quand Iznogoud reçoit le jeune garçon, il se comporte avec lui en instituteur « classique », instaurant avec Vagonli une relation basée sur une hiérarchie stricte entre le maître et l’élève. Il applique donc la technique d’instruction la plus courante que je qualifierais de « verticale ».

Naturellement, cette technique échoue sur toute la ligne : Iznogoud s’avère incapable d’inspirer la moindre frayeur à son jeune élève qui finit par lui dire « Je me suis bien amusé avec vous, je vous aime bien au fond ! » Être aimé de quelqu’un, voilà une situation à laquelle le grand vizir n’est guère habitué ! Celui-ci éclate en larmes, prenant acte du fait que ce n’est pas encore cette fois qu’il deviendra calife à la place du calife : en entendant son maître prononcer la formule qui a fait son succès, Vagonli, interloqué, lui demande de lui expliquer ça… La technique « verticale » ayant échoué, celle-ci est supplantée par la technique d’instruction « horizontale » au sein de laquelle l’instructeur et l’apprenant parlent d’égal à égal : l’apprenant ne se contente plus d’assimiler un savoir qui lui est imposé d’en haut mais va de lui-même au-devant de la connaissance qu’il désire acquérir et, en retour, l’instructeur ne traite plus son élève comme un inférieur mais comme un interlocuteur à part entière dont les questions ne sont pas envisagées comme des signes de mécompréhension mais au contraire comme la manifestation d’une soif de comprendre.

Cette technique qui vient d’être présentée à gros traits est exactement celle que tentent d’importer en France les créateurs d’écoles démocratiques : non seulement Iznogoud l’applique mais, de surcroît, il prouve son efficacité puisque, quelque temps plus tard, il reçoit la visite du sultan Pullmankar, le père de son élève, qui lui annonce que « Vagonli a voulu devenir sultan à la place du sultan, et il y a réussi ». En clair, l’apprenant a réussi là où l’instructeur a échoué, l’élève a donc dépassé le maître, ce qui est la preuve de sa réussite ! Et pour toute récompense, que lui offre le sultan déchu ? Il le pouchasse avec son sabre ! Décidément, les précurseurs sont toujours incompris !


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