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L’entreprise est un monde de gros cons (râlerie)

Publié le 26 avril 2018 par Hesperide @IsaBauthian

Râlerie initialement parue dans le numéro de septembre 2017 du Lanfeust Mag.
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Ouais. Des fois, je suis modérée, comme ça. C’est pas ma faute : à chaque rentrée, je me prends un vieux flash-back de ma vie de bureau et ça me rend encore plus connasse moraliste que d’habitude. Mais une connasse moraliste avec de la compassion, voyez, pour les nanas et les mecs qui vivent ça tous les jours. Yen a qui aiment, je sais pas comment ils font.
Et je me plains, mais j’avais tiré un bon numéro : remplacement de congé mater dans un coin cool, boulot super intéressant, collègues plutôt sympas, pas de taf de nuit ou d’open-space, zéro pénibilité… Et ben même comme ça, je vous jure, j’ai failli en mordre plus d’un.
Et toutes les incitations au craquage avaient UN dénominateur commun : L’IRRATIONALITÉ TOTALE DE CE QU’ON ME DEMANDAIT.
Florilège :

Les horaires obligatoires (même quand ça n’a AUCUN. FOUTU. SENS.)
Je travaillais dans la communication scientifique avec la presse. C’est-à-dire que je mettais en relation des chercheurs qui avaient peu d’horaires avec des journalistes qui n’en avaient aucun. Nos bureaux se situant dans un quartier surbourge dans lequel même les cadres n’auraient pu se payer 1m², nous devions tous traverser Paris pour nous y rendre.
La logique, dans sa beauté christique, suggérait d’étaler les horaires : par exemple, l’un d’entre nous prenait 8h-16h, un autre 10h-18h, le troisième 12h-22h. Et on tourne, selon les envies et les besoins de chacun. Ben non, on se tapait tous les heures de pointe tous les jours pour assurer une triple présence de 10h à 18h, parce que c’est « les horaires de boulot », et même quand il n’y avait RIEN à faire, on restait assis comme des blobs (et sans glander sur Internet, hein, faudrait pas qu’on ait l’air de ne pas travailler quand ya pas de travail).
(Notons au passage qu’autant on vous emmerde si vous avez besoin, un jour calme, de partir à 16h, autant ça ne choque personne de vous faire rester bénévolement jusqu’à 20h en cas de gros rush.)

La méthode imposée
Dans le même ordre d’idée, le chef qui veut t’imposer SA méthode, qui est la seule acceptable, et peu importe si la tienne te fait rendre, à qualité égale, le boulot plus rapidement que tes collègues, pas parce que tu es plus maligne, hein, juste parce que PRÉCISÉMENT tu as réfléchi à l’organisation qui te convient le mieux, et que OK, elle implique de faire des petites pauses régulières, mais tu as pondu une thèse de doctorat, deux scénars de bd et un roman comme ça, le tout en faisant un autre job en parallèle, même que tu as tellement bien bossé l’écrit que tu es maintenant capable de rédiger de super longues phrases sans perdre le lecteur, alors merde, oui, je crois qu’on peut considérer qu’elle a fait ses preuves, ta façon de taffer, nom de dieu de bordel de piano à queue !

L’entreprise est un monde de gros cons (râlerie)

Les justifications pour TOUT
Attention, sujet controversé (mais je suis si rebelle). Expliquez-moi POURQUOI on devrait amener un mot de notre mam… de notre médecin à la MOINDRE absence ? Vous ne pensez pas que tout le monde gagnerait du temps (et que le trou de la Sécu nous remercierait) si l’on autorisait à chacun, je ne sais pas, mettons trois ou quatre jours d’absence non justifiée dans l’année, sans se prendre le chou avec la paperasse ? Peut-être même (oh, notion révolutionnaire !) que le fait d’être traités en adultes nous MOTIVERAIT à nous investir ? Ya des pays qui le font et ça ne marche pas trop mal.

La confusion vie pro/vie perso (si vous manquez d’affection, payez-vous un Labrador !)
Ah, ce patron de PME qui ne pige pas pourquoi certains de ses employés préfèrent passer leur weekend avec leurs potes ou leurs gamins que dans le super chalet qu’il payait à toute la boîte !
Ah, les coups de fil à point d’heure !
Ah, le tutoiement imposé en mode « ya plus de barrières sociales, la lutte des classes c’est so 1936 ! »
Ah, les midis où il FAUT manger tous ensemble pour faire semblant de se raconter des trucs perso !
Ah, les questions intrusives, genre je connais même pas ton nom de famille, mais faudrait que je te confie mes problèmes de cul !
Ah, les cons !

Les pots (et les quêtes qui vont avec, que t’as l’impression d’habiter ta boîte mail après avoir signé une pétition sur Change.org)
Ah, la palme de l’hypocrisie surréaliste !
Ah, ces quêtes  régulières pour les anniversaires, départs en retraite, enterrements, naissances des enfants, naissances des PETITS ENFANTS (sérieux, ça va aller cinq minutes ?) qui, déjà, te collent bien la pression mais, surtout, t’obligeraient presque à filer du pognon à des gens que tu n’aimes pas et/ou qui gagnent à trente piges trois fois ton salaire de fin de carrière et/ou, surtout, QUE TU CONNAIS À PEINE !
Je vous JURE qu’on m’a proposé, un jour, de donner des sous pour le pot de retour de la meuf que JE REMPLAÇAIS pendant son congé mater. Meuf sur le dos duquel les quêteurs bavaient à longueur de journée PRÉCISÉMENT parce qu’elle était au-dessus de ces conventions de merde, n’allait pas aux restos imposés, refusait les heures sup non payées et ne racontait pas sa vie à toutes les langues de putes du troisième.
J’ai pas filé mes deux euros.
Je suis passée pour un gros rat.
La meuf et moi on est devenues potes.
Dans vos culs, les irrationnels !

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