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Voyager en France au XVIIIe siècle

Publié le 08 juillet 2018 par Perceval

En ce début de ''vacances'' … Nous quittons Paris, vers le Limousin...

Nous quittons – en ces temps anciens – avec J. L. de la Bermondie, les salons, les ''Lumières'' sur la philosophie, etc … Mais, nous ne quitterons sans-doute pas les grandes questions du moment... ( la ''Révolution'' se prépare …)

Quitter Paris, pour Limoges, en ce XVIIIe siècle, demande du temps à consacrer au voyage

Voyager en France au XVIIIe siècle

En 1676, Mme de Montespan gagne Vichy dans une calèche attelée à 6 chevaux, et plus modeste, Mme de Sévigné, pour l’y rejoindre, se contente d’un simple carrosse à 4 chevaux et ne met que 9 jours parce qu’elle a de bons chevaux ! Au XVIIe siècle, quelques carrosses publics qui se rendaient de Paris à Lyon en cinq jours en été, six jours en hiver, étonnèrent tellement le public par leur rapidité qu'on leur donna le nom de 'carrosses de diligence', ou plus brièvement, de diligences. 

Vers 1680, Mme de Sévigné mettait dix jours pour se rendre de Paris à Rennes et un mois de Paris à Grignan.

L’Ecole des Ponts et Chaussées est créée en 1747. En 1761, un ingénieur limousin, Pierre Trésaguier, reprend la technique romaine en utilisant le principe des deux couches inversées. Les routes se développent mais sont mal entretenues. Toutefois de nombreuses entreprises assurent un service de diligence.

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La voiture (le coche) était généralement traînée, comme dans la fable de La Fontaine, par six forts chevaux conduits par deux cochers montés en postillons. L'adjonction de chevaux de renfort était souvent nécessaire. Dans certains passages difficiles, les chevaux étaient même quelquefois remplacés par des bœufs... Il y eut cependant des progrès sensibles réalisés sur certaines routes, au point de vue de la vitesse, au cours du XVIIe siècle...

Vers 1760 les diligences sont des voitures énormes, pouvant transporter 16 voyageurs, compartimentées : à l’avant le coupé (3 places de luxe), l’intérieur où l’on trouve 2 banquettes de 3 places chacune, en vis-à-vis, et à l’arrière, la rotonde comprenant 2 places. L’impériale comporte 3 places, les moins chères, donc exposées aux intempéries. 5 chevaux tirent difficilement cet attelage de 5000 kg et dans les montées difficiles, tout le monde descend pour permettre aux pauvres bêtes de les franchir ! ! Quand il ne faut pas pousser au derrière de la voiture ! ! Au mieux, au XVIIIe siècle, on fait du 7km/heure …

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Créée par Roubo vers 1770, cette diligence, qui effectuait le trajet de Paris à Lyon en cinq jours l'été et six jours l'hiver

En 1782, d'après la Liste générale des Postes, la durée du voyage de Paris à Marseille était de 13 jours ; à Toulouse, de 8 jours ; à Bordeaux, de 6 jours ; à Lyon, de 5 jours ; à Strasbourg, de 4 jours ½ ; à Calais, de 3 jours; à Lille, de 2 jours. 

Cependant, on voyageait toujours beaucoup à cheval et cet usage ne disparut pas au XVIIIe siècle, même en présence du développement intense de la circulation en voiture. Ceux qui ne possédaient pas leur monture personnelle trouvaient facilement à louer des chevaux et cheminaient flanqués d'un compagnon chargé de ramener la bête à son écurie. Lorsque le service de la poste aux chevaux fut complètement organisé, les relais fournirent des bidets aux cavaliers qui couraient la poste. 

Les voyageurs à cheval désireux de s'affranchir de tout souci et de s'assurer des compagnons, avaient coutume de s'entendre avec les Messagers à cheval, qui avaient joint au transport des dépêches et des paquets le rôle de conducteurs de caravanes et de véritables entrepreneurs de voyages à forfait. 

L'auteur des Délices de France, dans son édition de 1728, vantait fort les charmes, de ce type de voyage : « Le Coche est la plus agréable voiture, quand on veut avoir l'entretien des femmes, rire, jouer et se divertir en compagnie; mais le Messager est encore plus divertissant quand on veut être avec des gens de qualité, d'esprit et de mérite, et si en veut faire des connaissances dans toutes les provinces du Royaume. Au reste, on est sans soin de sa vie ni de son cheval ; on fait toujours bonne chère, et on rit à ventre déboutonné, parce qu'il y a toujours des esprits divertissants, ou quelque niais, qui font rire toute la troupe ( Les Délices de la France, ou description des provinces, villes. 1728, ). 

En 1770, un messager circulait encore entre Paris et Toulouse, et, d'une ville à l'autre, prenait 280 francs à ses voyageurs « montés et nourris». 

Voyager en France au XVIIIe siècle
d'après une peinture à l'huile de Sauerveld (1783-1844) - avec Turgotine

A la fin du XVIIIème siècle, il existait en France 1200 relais de poste, au long des 9500 km de routes alors desservies par les voitures publiques.

On peut aussi, comme Jean-Jacques Rousseau voyager à pied :

« Combien de plaisirs différents on rassemble dans cette agréable manière de voyager, sans compter la santé qui s affermit, l'humeur qui s'égaie. J' ai toujours vu ceux qui voyageaient dans de bonnes voitures bien douces, rêveurs, tristes, grondants ou souffrants ; et les piétons toujours gais et contents de tout. Combien le cœur rit quand on approche du gîte ! Combien un repas grossier paraît savoureux ! Avec quel plaisir on se repose à table ! Quel bon sommeil on fait dans un mauvais lit ! Quand on ne veut qu'arriver on peut courir la poste ; mais quand on veut voyager, il faut aller à pied. » ( L’Émile)

Voyager en France au XVIIIe siècle

Encore un détail caractéristique du voyageur, sur la question du ''coucher''... : La conquête des lits était une des préoccupations en voyage, et l'on a coutume de citer à cet égard la plaisante aventure contée, par La Fontaine, et dont il avait été témoin au cours d'un voyage en Limousin, au mois de septembre 1663 : Celle concernant le sieur Potrot, et la dame de Nouaillé... ( à lire plus loin ...)

Cette contestation devait se renouveler souvent, car, dans les anciennes hôtelleries, les chambres à un seul lit étaient rares. On devait, la plupart du temps, accepter de loger dans des chambres à lits multiples et souvent même de partager son lit avec des inconnus. Ce fait se reproduisait assez souvent pour être prévu dans les manuels de savoir-vivre, et un Traité de la Civilité, publié en 1702, indiquait les règles de la bienséance à observer en pareil cas. On retrouvait même encore, au XVIIe siècle, dans certaines auberges, quelques-uns de ces vieux et vastes lits de pèlerins, où, jusqu'à ce qu'ils fussent complètement remplis, on entassait, tête-bêche, six ou huit dormeurs se connaissant à peine ou ne se connaissant pas du tout, promiscuité à laquelle Madame de Chevreuse, lors de sa fuite en Espagne en 1637, sous un déguisement masculin, préférait le lit de foin d'une grange. 

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Fin du XVIIIe siècle, à La Bourboule, Monnet – inspecteur général des mines - descend à la seule auberge de l'endroit, tenue par deux accortes demoiselles, personnes « assez présentables, s'exprimant noblement et lisant Rousseau ». Il n'y avait là qu'une seule chambre autour de laquelle se trouvaient quatre lits. Le temps étant fort laid, les jeunes hôtesses s'efforcent de retenir le voyageur pour la nuit : « J'aurais, écrit-il, couché là comme au bon vieux temps. J'aurais conversé de mon lit avec mes belles, comme c'était encore l'usage dans le pays. Je les aurais régalées de quelques contes. Mais je ne pouvais manquer de parole à ma fille Marguerite et la laisser coucher seule (au Mont Dore) dans une chambre où étaient logés plusieurs étrangers ». ( Voyage en Auvergne, de Monnet)

A Pont-de-Lunel, J.- J. Rousseau trouvait dans une auberge isolée au milieu de la campagne, « une table fournie en poisson de mer et d'eau douce, en gibier excellent et en vins fins ; tout cela pour 35 sols ». 

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Sources: En particulier des Extraits de : Le Voyage en France... de L. Bonnard, 1927


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