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Adieu papi Jacques

Publié le 29 septembre 2019 par Legraoully @LeGraoullyOff

Mon Chirac n’était pas de droite. Il n’était pas de gauche. Il était juste Chirac. Plus complexe que ses caricatures fussent-elles drôles et un atout pour sa popularité , ou tout du moins pour son humanisation.

Car avant d’être de gauche , j’étais chiraquien. Allez savoir pourquoi , dès mes 12 ans je m’étais entiché du grand Jacques par tradition familiale mais aussi parce qu’il m’apparaissait plus sympathique que l’austère Mitterand. 7 ans plus tard j’étais assez grand pour voter et surtout pour connaître ma première campagne électorale en tant qu’acteur, certes modeste. Mon premier meeting, le 20 janvier 1995 à Nancy. Cette impression que malgré les sondages qui ne lui étaient pas favorables quelque chose se passait. Ses mots sur la fracture sociale sont à relire aujourd’hui car ils sont cruellement visionnaires :

« La France fut longtemps considérée comme un modèle de mobilité sociale.

Certes, tout n’y était pas parfait. Mais elle connaissait un mouvement continu qui allait dans le bon sens. Or, la sécurité économique et la certitude du lendemain sont désormais des privilèges. La jeunesse française exprime son désarroi. Une fracture sociale se creuse dont l’ensemble de la Nation supporte la charge

La « machine France » ne fonctionne plus. Elle ne fonctionne plus pour tous les Français. »

Pour moi alors, Jacques Chirac était plus à gauche qu’un Mitterand qui avait très rapidement oublié ses promesses de campagne de 1981 pour mettre en place une politique d’austérité . On pourra néanmoins noté que Chirac avait eu le courage de voter pour l’abolition de la peine de mort contre l’avis de sa famille politique.

J’ai participé à plusieurs meetings de Chirac cette année là avec en point d’orgue le grand rassemblement des jeunes à Bercy.Chirac était alors porté par un élan populaire que rien ne pourrait plus arrêter . Et si on parle souvent de la liesse ayant suivi l’élection de Mitterand , celle ayant éclaté après la, victoire de Chirac en 1995 était réelle aussi et pas que chez les vieux gaullistes.

Malaheureusement le président Chirac n’a pas été à la hauteur des promesses du candidat .Mais Chirac a eu un grand mérite qu’aucun de ses successeurs n’aura :ne pas fracturer un peu plus la société . Ne pas mettre à mal la cohésion sociale en ayant le courage rare de savoir revenir en arrière quand il se trompait .Certains lui reprochent de ne pas avoir été capable de mener des réformes économiques qu’ils disaient essentielles . Des réformes qui ressemblent forcément à des reculs sociaux.Mais Chirac était un président du temps long. Pas un président tel qu’on le voit maintenant,celui de l’immédiateté et des réponses à court-terme. Chirac sentait la France parce qu’il l’arpentait, parce qu’il la connaissait autrement que par le prisme déformant des grandes écoles ( et pourtant il était énarque)et des sauteries entre banquiers et grands patrons.

Adieu papi Jacques

Bain de foule pour Jacques Chirac à Metz en janvier 2006 © Maxppp – Karim Siari

Chirac restera ainsi devant l’histoire comme l’homme de la reconnaissance de la responsabilité de l’état français dans la déportation des juifs de France. Celui de la fin de la conscription comme nous le rappelle Blequin. Celui des plans handicaps et cancer . Celui de la création de l’ANPE en 1967. Celui de l’ouverture aux cultures du monde, celui d’une volonté de construction d’un état palestinien. Celui visionnaire là aussi sur notre maison qui brûle .Et bien entendu celui du non à la seconde guerre en Irak. Parce que là aussi il avait bien compris ce que cette guerre entraînerait en terme de déstabilisation durable du Moyen-Orient .

A titre personnel, le divorce avec l’homme politique Chirac et avec la droite a démarré après les débats parfois écœurants sur le PACS. En 2002 encore j’avais néanmoins été le voir en meeting à Amnéville, une dernière fois , l’occasion d’enfin lui serrer la main. Une main ferme et chaleureuse. Mais la ferveur de 1995 avait disparu. Ma propre vision de la politique avait évolué avec l’apprentissage de la vie, les rencontres, mes fonctions professionnelles…

Mais je ne renierai jamais mes années Chirac. Parce que c’est avec lui que j’ai débuté ma vie civique. C’est avec lui que j’ai appris l’engagement politique. C’est avec lui aussi que j’ai connu les premiers soirs de victoire électorale.

Et si depuis je suis devenu profondément de gauche je gardais toujours pour Jacques Chirac l’affection d’un petit-fils pour un grand-père.

L’annonce de sa mort ,que l’on savait proche, a été un vrai moment de tristesse. Le sentiment de perdre quelqu’un qui fait partie de ma vie intime.

Je lui dis donc adieu avec émotion. Macron est le dirigeant d’une start-up, Hollande était le capitaine d’un pédalo , Sarkozy était le président des riches et des amis du Fouquet’s . Chirac a été le dernier président des français.


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