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Marilyne Bertoncini & Ghislaine Lejard | À fleur de bitume / Itinéraires urbains

Publié le 29 février 2024 par Angèle Paoli

Marilyne Bertoncini & Ghislaine Lejard
À fleur de bitume / Itinéraires urbains
(Préface de Jacques Robinet, collection Duo, Les Lieux-Dits )
Lecture de Michel Ménassé

Dessin Ghislaine Lejard  -  Texte Marilyne Bertoncini

ENSEMBLE ...

D’images en train de se défaire ou de se métamorphoser sur les murailles fissurées et dans les fractures du macadam, jaillissent des poèmes d’aspiration et d’éveil à la beauté et à l’étrangeté captées ou révélées par deux poétesses réunies dans un recueil au titre sensible et rugueux : À fleur de bitume… Le préfacier, Jacques Robinet en retient « la traversée éphémère » d’un « présent ébloui ». Et il tente le lecteur, l’invite au partage de l’enchantement immédiat : « Sous l’œil intrigué d’un oiseau qui se tait, deux voix errantes, à travers les rues d’une ville sans nom, accordent ici leur rêverie et leur chant. Deux voix de sœurs très proches, en quête de lumière. »

Marilyne Bertoncini découvre des paysages insolites « sous sa semelle », « entre les pavés jointoyés par l’herbe qui s’agrippe / sous le crépi qui se craquèle en surface des murs abandonnés. » L’œil aux ailleurs plutôt qu’aux aguets, elle transfigure la réalité présente : « Là ce n’est pas une fissure mais une île qui se creuse / dans les vagues d‘asphalte d’une mer morte. » Rimbaud n’est jamais loin quand les sens se dérèglent, quand « le réel s’écartèle ». Hommage à tous les grands voyants poètes : « Il pleut sur le trottoir des larmes de mémoire / Il pleut sur la mémoire des souvenirs sans fin. » Une archéologie intime s’ouvre dans les brèches et les lézardes creusées par le temps…

Ghislaine Lejard scrute le ciel par-delà « le béton la pierre froide » ; elle s’éveille au vol de l’oiseau, aux mystères de l’esprit : « au loin un rayon de lumière irradie / le ciel appelle. » Tension vacillante entre le très proche et l’infini : « La pierre au bord du chemin / perçoit le moindre signe de vie / sait la tendresse de l’herbe / la fraîcheur de l’eau ». Elle aspire aussi à s’accorder à la perception immédiate, à resserrer l’espace au plus près de son être : « des nuages noirs pélerinent / processionnent au-dessus du chemin / pour un dépaysement à portée de main. » Songeant à Henri Michaux, l’autrice qui est aussi artiste pense autant à peindre et écrire, qu’à « se parcourir », « à perdre son chemin / pour se retrouver ».

Les images et photographies en quadrichromie apportent au plaisir du texte celui de l’œil. Art et poésie, à livre ouvert : « dans la simplicité /accueillir chaque instant / et le ré-enchanter.»

Michel Ménassé

♦ Voir aussi sur →  TdF 


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