Magazine Journal intime

Péter Au Lit : Devoir Conjugal Expérimental.

Publié le 30 août 2008 par Mélina Loupia
On a souvent entendu quelques enfants prodigues demander à leurs parents admiratifs pourquoi les aliments pour chats ne sentaient pas la souris. "Et quand tu bouffes une banane, ptit con, est-ce que tes louises immondes refoulent la banane?" C'est partant de cette conception que l'autre soir, j'ai voulu tenter une expérience sensorielle avec mon cobaye conjugal. Par soir, entendons plutôt nuit sérieusement entamée. Par nuit sérieusement entamée, entendons plutôt qu'il était cinq heures et une bonne de plus. Juste avant que le soleil, grosse feignasse au point qu'on l'aurait cru candidat à Secret Story, ne décide de se dire qu'il était temps de se sortir les doigts pour cramer les jolis cuculs des petites anglaises téméraires qui crânent au bord de la Manche. C'est le moment que j'ai choisi pour décider pour ma part qu'il fallait absolument que je quitte le champ de tir à moins de n'attenter à la vie de celui qui partage la couche. Car après cinq minutes pour m'écrouler de fatigue usante d'une journée aussi délicieuse qu'un coup de soleil à l'arrière du genou et m'endormir lourdement en esquissant le filet de bave caractéristique de la phase de sommeil profond, une vieille envie de faire les niveaux me rappelle que j'ai sauté l'étape paradoxale. Je me lève, et je le bouscule, il ne se réveille pas, comme d'habitude, puisqu'il n'est pas encore couché. Et c'est bien là tout le drame de ma vie noctambule. Quand il ne se couche pas en même temps que moi, mon sommeil est tout perturbé et il s'empêtre ses phases. Et moi, ça me transforme vite en grenade dégoupillée. Sauf que là non, juste envie de pisser tout le café avalé en quinze heures d'éveil. Sur le chemin, s'ajoute au pipi le petit manque de nicotine récurrent qui titille l'adsl de mon cerveau tous les quarts d'heure, ainsi que le besoin de boire la limonade au goulot frigo ouvert qui va avec. Sans parler de la pince à épiler qui fait obstacle à mon arrivée au cellier et qui m'aide à déloger le vilain pieu qui squatte mon menton. Alors que toutes les missions possibles ont été effectuées dans l'ordre scrupuleux d'un adulte névrosé au dernier degré, un phénomène tout à fait naturel et mécanique se produit en moi. Le pédiatre disait à l'époque " Donnez-lui un bon jus d'orange frais au saut du lit, ça favorise les bruits intestinaux et donc la selle juste après, madame. -Oh, mais moi, je veux pas qu'il pète, je veux juste qu'il chie vous comprenez." Je sais aujourd'hui que s'il s'est tu à ma réponse, ce n'est pas d'avoir reconnu une erreur de diagnostic mais plutôt pour éviter de me traiter de la dernière des connes ou bien je le faisais exprès. Sauf que dans mon cas, les bruits ont manifesté leur liberté d'expression en dehors des limites fixées au départ et ont propagé de belles ondes sonores dans tout le cellier, dont j'avais eu la bonne idée de fermer la porte pour limiter l'odeur de tabac jusque dans les chambre. Car il faut savoir que c'est toujours là où l'on ne veut surtout pas que la fumée aille fourrer son nez qu'elle va tout droit et tout vite. Le soulagement instantané a précédé un sentiment de fierté égocentrique, suivi d'un petit rire gêné et d'une légère nausée. Je venais de lâcher la caisse de l'aube, ou comment bien commencer la journée. L'instant aurait pu être médicalement rassurant, à ce détail près qu'il a fait taire le grillon de la terrasse et a précipité la limonade en marche arrière dans ma gorge tant le fumet précipité hors de ma plomberie était intensément moisi. "Et si je vous emmerde à vous raconter mes déboires nocturnes, vous le dites, surtout, vous gênez pas, faut tout se dire. -Non, mais en gros, ça fait une heure que tu nous explique que tu pouvais pas dormir, que tu t'es levée pour pisser, boire, te déboiser le menton, fumer, et que tu t'es mis en échappement libre et que tu pues du cul à te faire gerber contre les murs. -En gros, sans rentrer dans les détails, c'est un peu le scénario des évènements. -Mais nous, ce qu'on veut savoir, c'est le rapport avec le fait de péter au lit. -J'y viens, si vous me coupiez pas la parole toutes les minutes pour des conneries à la con." Je me rappelle alors une vague salade de tomates du jardin agrémentées d'oignon tendre qui ne devait pas l'être autant que l'avait vanté ma grand-mère, si seulement je n'avais pas attendu qu'il germât pour le ciseler finement dans le saladier, après avoir frotté ce dernier d'ail en état de décomposition avancé. "Et c'est bien connu, l'oignon fait la force. -Surtout, il fait péter. -Et il dépote, crois-moi, j'avais peur de revenir au lit." Pourtant, et afin de mener mon expérience conjugale à son terme et garantir du succès escompté, j'ai pris le risque ultime de renouveler l'opération en terrain occupé. Je suis donc revenue à la chambre, après avoir dans le sens inverse, fumé une autre cigarette et avalé gouluement un quart de la bouteille de limonade. Le résultat ne s'est pas fait attendre, à peine avais-je retrouvé ma position foetale, la seule que les trois chattes étalées à ma place me laissaient le loisir et l'espace d'adopter, que le mécanisme irréversible est survenu. J'ai laissé la nature agir, tout en favorisant la propagation du gaz toxique à l'aide d'une ventilation dirigée du drap du lit en direction du cobaye endormi. Lequel a réagi au bout de quelques secondes. "Putain, va vraiment falloir que tu fasses quelque chose avec ces oignons, tu pues de la gueule, que c'est une infection, tu pèterais que ce serait plaisant. Franchement, pour m'emmerder, autant aller dormir sur le canapé. T'es chiante, je faisais un super rêve. -Avec deux filles? -Non, je rêvais que j'étais enrhumé." Mon expérience a révélé cent pour cent de réussite au premier essai. "Si quand tu bouffes une banane, ton pet sent la merde, mange des oignons."

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