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Angèle Paoli / Vagues en dérive / Sextine ouvrant -Les Feuillets de la Minotaure-

Publié le 01 mars 2025 par Angèle Paoli

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Vague

Photo : G.AdC 

Douloureuse elle fuit dans une nuit sans rêveun nœud étroit musèle ses entrailles muettessa gorge tient serrés les sanglots en dériveil aura donc suffi d’un printemps ténébreuxpour que se taise enfin le glas du désamourdans ses entrailles sourdes à la pleine lumière

il en aura fallu des journées sans lumièrepour que son chant de pleurs se résigne à la trêvepour que cesse soudain le glas du désamourelle gît alanguie dans ses rages muettesenfermée dans le deuil d’un printemps orageuxqui la garde attachée sanglotant à la rive

elle se tient à l’orée de sa conque en dériveattentive aux rigueurs de la pleine lumièreque finisse à jamais ce séjour caverneuxqui la vit s’abîmer dans un sommeil sans rêvese perdre et se noyer en des rages muettesen proie aux affres noirs du sanglant désamour

prisonnière alanguie en proie au désamourelle se livre en aveugle à sa rage en dériveet brame à la volée sa souffrance muettepour que surgisse enfin dans la pleine lumièrela trame interrompue du tissé de ses rêveset que s’exilent au loin les printemps orageux

que finisse aussitôt ce séjour ténébreuxque s’éloignent avec lui les rires de l’amourque se tisse à nouveau un sommeil plein de rêveset qu’ensemble tous deux coulant de rive en riveelles puissent retrouver leurs jeux vers la lumièreévoluer sans fin loin des larmes muettes

s’envoler à jamais loin des rages muetteset quitter pour toujours ce séjour caverneuxafin de renouer leurs jeux dans la lumièreet finir de languir dans un pieux désamourlibéré du désir de la rage en dérivese couler à nouveau dans les vagues du rêve

loin des larmes muettes et regards orageuxs’adonner aux jeux d’eaux de lumière et d’amourdans les rêves nouveaux de vagues en dérive.

Angele-paoli-les-feuillets-de-la-minotaure

Angèle Paoli, sextine ouvrant Les Feuillets de la Minotaurecoéditions Corlevouret Terres de femmes, mars 2015.

L’ensemble épistolaire des Feuillets de Minoa (première partie), est ponctué par de brefs poèmes dont la tonalité sagement érotique rompt avec la prose des lettres tout imprégnées du « sentimentalisme » du XVIIIe siècle. Les Journuits (seconde partie) combinent récits oniriques et prose. Les Petites fantaisies minoennes (3e partie), brefs textes en vers, jouent le rôle d’intermède ludique. La dernière partie, Chants de Minoa, rassemble des poèmes inspirés par la même ferveur lyrique.

♦ Lire une critique de l'ouvrage par →  Sabine Huynh  ♦


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