<<Poésie d'un jour
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À Versenvers, l’hiver, le temps court sur
son erre sous le ciel blanc. Sait-on encore ce
qu’on attend ?
Mercurielle la mer aveugle nos amers.
Où chercher la rose des vents ?
On écoute, en basse de soute, l’ébranle-
ment planétaire. Viendra la déferlante, son af-
flux d’ogresse écumante.
Le poème s’enfonce dans son tirant d’ombre.
Quelques mots miroitent comme ablettes
dans les eaux mentales, écailles vives contre
l’avant-sommeil qui nous menace.
Un phare lointain fouille les fenêtres, frôle
les dormeurs de son aile immense, passe et re-
passe à travers nuit, ouvrant un sillage dans
l’infini.
Il réveille les mots de Virginia Woolf, cet en-
fant fasciné par l’œil jaune qui le fixe. Entre
désir et départ, le père est ce mur qu’il voudrait
abattre. De jour en jour la Haute Tour vibre
dehors et dedans, s’approche, s’éloigne à tra-
vers les toisons de brume et d’écume.
Plus tard, à la barre, il saura le réel austère, les
oiseaux fracassés, les parois, les ossuaires.
Présence, absence, un phare double appelle
en toute histoire.
Jacqueline Saint-Jean, À Versenvers, Collection Arcane, Sémaph[o]re 2024, pp.28,, 29.
→ JACQUELINE SAINT-JEAN OU L’AVENTURE D’ÊTRE AU MONDE EN POÉSIE
→ (sur le site de la mél [Maison des écrivains et de la littérature]) une fiche bio-bibliographique sur Jacqueline Saint-Jean