Magazine Journal intime

BEST OF : Mon Noël d’antan

Publié le 23 décembre 2025 par Hugo Bourque

« Minuit, Chrétien, c’est l’heure solonne-e-e-e-e-e-e-e-e-e-elle.
Où l’homme Dieu descendit jusqu’à nous. »

Qui c’qui va chanter?

Mon Noël d’antan, c’est d’abord et avant tout un immense suspense. Chaque année, on s’entassait dans l’église de Lavernière quarante-cinq minutes avant le début de la messe pour ne rien manquer du récital spécial de la chorale La Vague. Chaque année, c’était sold out; alors que d’habitude on avait quatre bancs par personne, nous voilà rendus quatre par banc. Les manteaux exhibent leurs plus beaux poils et leurs plus belles odeurs de boule à mites. On voit du monde que ça fait un an, jour pour jour, qu’on n’a pas croisé dans un lieu saint. Il fait chaud dans la nef; même le divin enfant commence à suer entre le bœuf et l’âne. De cantique en cantique, on se laisse bercer par tout le cœur qu’y met le chœur. Plus la chorale s’exécute, plus la tension monte. Une question nous tenaille tous les entrailles depuis notre arrivée à l’église : C’est-t’i’ bien Gérard Nadeau qui va chanter l’Minuit chrétien c’t’année?

Certains préfèrent lui, d’autres aimeraient que ce soit Elphège, plusieurs souhaitent que les deux premiers laissent leur place à Réal Déraspe pour une fois, juste pour entendre ce que ça donnerait. Ça chuchote pas mal dans tous les bancs d’église : « Me semble que Gérard l’a assez fait. » « Elphège? Moi j’aime mieux quand il chante Adeste Fideles. » « Pas sûr pour Réal, moi; on comprendra rien avec son accent du Havre-aux-Maison. » Une chance que personne n’a pensé prendre les paris là-dessus à l’entrée; la fight aurait fini pour poigner dans l’jubé.

BEST Noël d’antan

Cadeaux et festin

Après la messe, on retournait chez nous. Je me revois, assis par terre devant le sapin, à attendre que mes tantes arrivent pour l’ouverture des cadeaux pis le p’tit lunch de fin de soirée. Le lendemain, c’était le souper de la famille Bourque chez pepé, juste en arrière de chez nous. Juste à y penser, l’odeur de la dinde qui cuit au four me remonte aux narines. Pour moi ce souper-là a toujours été parmi mes plus beaux souvenirs d’enfance. Tout le monde réuni autour d’une même table. On parle fort, on rit, on mange bien et beaucoup trop… et y’a du dessert en masse. Mes tantes cuisinaient assez d’affaires sucrées pour qu’on se tape la galette, les garçons les filles avec… pendant l’année au complet.

BEST Noël d’antan

Et en avant la musique!

Personnellement, j’aurais aimé qu’il y ait de la musique dans nos soirées. Je regardais Noël d’antan avec Fernand Gignac à la télévision, et je rêvais qu’un André Lejeune soit dans ma famille pour nous faire swigner la bacaisse dans l’fond d’la boîte à bois. Comme on n’était pas très « musique », on a choisi de se swigner la bacaisse dans le buffet. Chacun ses traditions…

Noël, une mine de souvenirs

Les réveillons de Noël sont à l’image des familles qui les organisent. L’important, c’est que ces fêtes-là sont encore aujourd’hui des occasions de prendre une pause de nos vies chargées et de se reconnecter à nos familles, nos proches, nos amis… nos racines. Au-delà des cadeaux, des décorations, des livres en trop qu’on va prendre et de notre foie qui va nous en vouloir pendant tcheuques semaines, Noël c’est le temps de s’aimer. Et pour le p’tit gars que j’étais à l’époque, c’était l’occasion de finir les soirées la face dans le poil des manteaux qui sentent la boule à mites, à rêvasser à mes premières histoires.

« Chanto-o-o-ons… le… ré… dempteur! »

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