À chaque fin d’année, on fait semblant d’y croire. On ouvre une nouvelle note dans notre cellulaire, on l’appelle Résolutions, on écrit trois débuts d’idées, pis on la referme en se disant qu’on y reviendra.
Et on n’y revient jamais.
Alors cette année, je propose autre chose. Pas de résolutions musclées. Pas de promesses irréalistes. Juste une liste de petits ajustements existentiels. Des résolutions imparfaites, humaines, des fois contradictoires, mais sûrement plus vendeuses que « aller au gym trois fois par semaine ».
Résolution no 1 : scroller beaucoup moins
Pas arrêter complètement, faut pas exagérer. Mais arrêter de scroller comme si quelque chose d’important allait soudainement apparaître après 47 minutes. Ça n’arrive jamais. À la fin, on est juste fâché, fatigué, pis on finit tout le temps par se comparer à des gens qui ont l’air heureux en pyjama beige dans une cuisine qui coûte plus cher que notre maison.
Résolution no 2 : manger pour vrai
Pas « manger vite », pas « manger debout », pas « manger devant une série qu’on n’écoute même pas ». Manger comme si c’était encore un moment dans la journée, pas juste un obstacle entre deux tâches. Pis accepter que des fois, le repas, c’est yèqu’une soupe en canisse. Simple et facile, comme dans le temps.
Résolution no 3 : bouger, sans le dire à personne
Marcher, s’étirer, respirer, monter des escaliers… mais sans en publier la preuve. Et pas juste pour faire taire notre montre intelligente, non plus. Bouger juste parce que le corps a été conçu pour ça, et non pas pour rester assis en angle droit pendant huit heures.
Résolution no 4 : sortir plus souvent de la maison
Même quand il fait frette. Même quand c’est plus simple de rester en dedans. Parce que tout le temps rester en dedans devient vite une habitude. Pis sortir, c’est pas nécessairement voir du monde. C’est parfois juste rappeler à notre cerveau qu’il existe autre chose que le salon pis la toilette. Qu’avant la COVID, on sortait de chez nous pis on s’en sortait pas plus mal.
Résolution no 5 : aller vers les autres
Pas toujours. Pas tout le temps. Mais un peu plus souvent. Dire bonjour. Offrir un sourire sincère. Poser une vraie question. Écouter la réponse jusqu’au bout. On sous-estime à quel point les gens ont soif d’être vus, entendus, reconnus. Pis à quel point ça coûte rien.
Résolution no 6 : arrêter de se parler à soi-même comme à un ennemi
On ne dirait jamais à quelqu’un d’autre ce qu’on se dit à soi-même. Jamais. Alors pourquoi on s’autorise ce ton-là dans notre propre tête ? En 2026, on pourrait essayer de devenir une voix un peu plus douce pour soi.
Résolution no 7 : accepter de ne pas avoir d’opinion sur tout
Ne pas commenter. Ne pas réagir. Ne pas partager. Juste laisser passer. Le monde continuera de tourner même si on n’a rien dit sur le dernier débat qui déchire tout le monde. Utiliser davantage la loi des 24 heures : quand un sujet nous fâche, on laisse passer un 24 heures avant de réagir. Si ça nous choque encore après ce délai, oui, ça mérite une réponse. Si la colère est passée, c’est que ça ne valait finalement pas la peine.
Résolution no 8 : apprendre à laisser une réponse en suspens
En 2026, on devrait apprendre à ne plus répondre tout de suite. Ni aux messages, ni aux attentes, ni aux urgences (qui sont souvent pas les nôtres, d’ailleurs). Se rappeler que réfléchir avant de répondre, ce n’est pas être impoli, c’est être vivant. Et que tout n’a pas besoin d’une réponse immédiate.
Résolution no 9 : appeler plus souvent
Pas texter. Appeler. Oui, avec la voix. Oui, comme dans le temps. Même si c’est maladroit. Même si on ne sait plus trop comment raccrocher. La voix de quelqu’un, c’est encore un raccourci direct vers l’humain qu’il y a derrière.
Résolution no 10 : s’ennuyer un peu
Laisser des trous dans l’horaire. Des moments sans stimulation. Sans contenu. L’ennui, ce n’est pas un échec. C’est souvent là que les idées apparaissent, timidement, quand on leur laisse enfin de l’espace.
En 2026, on devrait viser quelque chose de plus réaliste pour nous et le reste du monde : une version un peu plus présente, un peu plus consciente, un peu plus gentille de nous tous. Avec les autres. Et surtout avec soi. Juste ça, ce serait déjà une godam de belle année.
Bonne et douce année 2026 à tous !
L’article Nos résolutions collectives de 2026 est apparu en premier sur Hugo Bourque - rédacteur, auteur & Madelinot.
