Repousser l’Horizon (8) : Edouard André et le paysage européen

Publié le 06 janvier 2026 par Memoiredeurope @echternach

  • Parc botanique de Palanga. Statue de Eglé, reine des serpents. Cliché MTP.

Edouard André et son fils, tous deux architectes-paysagistes, ont modifié le visage de la ville de Luxembourg. Mais leur approche théorique, comme leurs interventions, ont aussi changé la conception des parcs en Europe


Tenir compte de l’histoire et de l’environnement
On peut, comme cela a été le cas à Versailles, assécher des marais, bouleverser le terrain et créer un parc fait de perspectives et d’élévations nouvelles propres à célébrer la grandeur d’un roi et à permettre aux courtisans de transformer l’espace en un lieu de plaisir et de théâtre social. Mais, tandis que l’influence de l’aménagement paysager voulu par le Roi Soleil s’étend à toute l’Europe, l’Angleterre va se tourner vers l’Italie et Palladio et libérer les jardins de leur rigueur architecturée. La courbe va remplacer la ligne droite, tandis que le jardin, sans limites, va se fondre au paysage environnant.
De l’idée du « jardin sauvage » de William Robinson (1870) à celles de « jardin en mouvement » ou du « jardin planétaire » de Gilles Clément, nées à la fin du XXe siècle, le pas sera franchi vers la prise de conscience des enjeux d’un monde durable dont le jardin peut être le symbole et l’outil. Les travaux d’Edouard André, de son fils et de ses élèves se situent parfaitement dans cette perspective historique où la recherche de la « beauté idéale » doit se marier avec une connaissance botanique mondiale, ainsi qu’à un souci d’urbanisme tenant rigoureusement compte de l’environnement local. C’est au château de Weldam, à Hengelo aux Pays-Bas que ce souci du respect de l’histoire et du contexte du lieu devient évident : « Je dois exprimer mon sentiment sur le respect dû aux beaux et vieux arbres et prendre leur défense devant les gens qui ne résistent pas à la tentation de les abattre sans nécessité absolue…C’est à l’artiste à faire pour eux des sacrifices, à modifier ses plans, à tirer profit de leurs formes nobles, grandioses, tourmentées ou pittoresques ». Le paysagiste crée alors une double relation diachronique et synchronique entre la structure d’un jardin hollandais du XVIIe siècle, les arbres plantés au début du XIXe siècle : cyprès-chauves, hêtres pourpres ou frênes pleureurs et le grand paysage environnant.
La Lituanie comme paradigme
La Lituanie compte quatre parcs créés par Edouard André et son fils pour différents membres de la famille Tyszkiewicz : à Palanga, sur la côte de la Mer Baltique, et aux alentours de Vilnius, à Lentvaris, Traku Voké et Uzutrakis.


  • Traku Voké. Mission d'experts.

Le parc de Palanga, achevé dans les deux dernières années du XIXe siècle, est le seul qui ait été en grande partie épargné par l’abandon, voire les changements de fonction qui ont caractérisé la période soviétique. Il constitue une parfaite illustration de la manière dont le paysagiste intègre à sa création paysagère le système des dunes et la forêt de « pins rouges de Riga ». Pour citer Florence André : « …le passage du style régulier au style paysager, l’utilisation de l’eau et des pelouses aménagées selon le style paysager, se fondant dans la forêt native située en contrefort de la mer, accentue l’impression sobre et grandiose ».
L’Institut Européen des Itinéraires culturels et la Direction de la Protection des Biens culturels de la Lituanie, avec l’aide financière du Grand-duché de Luxembourg ont réalisé plusieurs missions et réunions internationales qui ont permis de choisir le parc de Traku Voké, considérablement altéré, pour une étude méthodologique de faisabilité de restauration. Cette étude devrait également conduire à la mise en place d’un itinéraire des parcs d’Edouard André en Lituanie. Les résultats, ainsi qu’une exposition photographique, ont été présentés à l’Abbaye de Neumünster.


Edouard André (1840-1911). Un paysagiste botaniste sur les chemins du monde. Sous la direction de Florence André et Stéphanie de Courtois. Les Editions de l’Imprimeur. 2001.
L’Institut Européen des Itinéraires culturels qui était responsable de l’itinéraire Parcs et Jardins, Paysage du Conseil de l’Europe, présentait sur son site, aujourd'hui, malheureusement indisponible, de nombreux articles et une bibliographie très complète sur le sujet. Ce blog tente de pallier ce manque.