Sentiers et Itinéraires naturels et culturels en Europe. Michel Thomas-Penette. Strasbourg 1999.

Publié le 11 janvier 2026 par Memoiredeurope @echternach

Roseraie. Jardins de l'imaginaire, Terrasson. Cliché MTP.

Je vais très souvent sortir de l’espace urbain pour vous faire parcourir des territoires au sens très large dans lesquels on retrouve des mentalités urbaines que l’on soit en espace rural ou urbain. Je vais vous parler du travail fait sur ces mentalités.

Mon intervention d’aujourd’hui part de Strasbourg et souhaite y revenir.

D'une part le programme des itinérairesculturels est né à Strasbourg au sein du Conseil de l’Europe.

D'autre part ma présence aux côtés de MichelKrieger aujourd’hui n’est pas la première. Nous avons organisé des colloques au Conseil de l’Europe sur le thème des jardins. A la fin de l’année 1994, Michel Krieger m’a dit qu’il avait un grand projet de jardin, le Jardin des Deux Rives. Le Conseil de l’Europe travaillant sur l'idée d’itinéraires culturels de parcs et jardins, nous avons décidé de travailler ensemble.

Au fond un programme parfaitement utopique comme celui des itinéraires culturels, rejoint l’idée d'un jardin autour d’une frontière qui est tout aussi utopique.


Gilles Clément est un praticien qui conduit des projets. Il nous a montré une démarche. Ce ne sera pas du tout ma forme d’intervention. Ma démarche est celle d’un accompagnateur.

Depuis un certain nombre d'années, tout d'abord en dehors de Strasbourg sur des sujets spécifiques, à Strasbourg au sein du Conseil de l’Europe avec la prise en compte de l’ensemble du programme des itinéraires culturels et aujourd'hui à Luxembourg où a été créé un institut qui rassemble la documentation et qui suit les projets des itinéraires, j'accompagne un certain nombre de démarches. J’interviens parfois.

Je vais vous présenter les réalisations de 2 000 - 3 000 personnes qui collaborent de manière très éclatée, parfois en petits groupes, en groupes un peu plus larges à ce programme.

Si je devais me présenter comme praticien : mon métier d’origine et celui que je poursuis encore cette année est d'enseigner la botanique, d’accueillir les étudiants à l’Université et de les amener non seulement à reconnaître les végétaux, à les classer, mais bien entendu à comprendre leurs rapports, à percevoir leur évolution et j'ai pris un plaisir énorme à la présentation de Gilles Clément ce matin.

Je me suis interrompu pendant cinq ans en restant au Conseil de l’Europe. C’est une redécouverte : l’évolution de ces territoires des landes qui se ferment...

Au travers de mes rencontres avec Gilles Clément et Michel Krieger, il y a un rassemblement autour du thème des parcs et jardins qui vient rejoindre mes propres préoccupations professionnelles d’origine.

On va parler de l’Europe souvent perçue comme une Europe réglementée, réglementaire, de monnaie unique, d’échanges économiques, boursière.

Au sein du Conseil de l’Europe, j’ai appris à travailler avec une Europe beaucoup plus vaste, à recréer des dialogues dans une Europe en réparation. Il y a des chantiers anciens : travailler sur une frontière comme celle du Rhin, c’est réparer l’Europe effectivement mais avec un travail préalable. Vous pouvez imaginer que dans d’autres parties de l’Europe les conflits sont encore vivants, les relations entre majorité et minorité culturelles sont encore fortement exacerbées. Les revendications peuvent être fortes. Le travail qui est à faire au préalable est un travail de dialogues culturels, de rencontres interculturelles donc de tolérance.

Dernière chose, travailler sur des itinéraires culturels, c’est travailler dans la globalité.

Le Conseil de l’Europe a donné naissance au programme des itinéraires culturels en 1987 sur une volonté tout à fait politique (décision du Comité des Ministres et de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe). Des idées fortes parmi les préoccupations politiques du Conseil de l’Europe à ce moment là, avaient été prises en compte :

- la question de l’intégration européenne ou comment articuler des identités spécifiques avec des identités plus générales et européennes,

- la question de la montée du temps libre des Européens.

En mettant les deux en rapport, l’idée était de s’appuyer sur le patrimoine culturel et naturel au sens très large, d’aller vers un parcours une redécouverte de l’Europe au travers du tourisme culturel tout en faisant de ce programme un outil de développement social, économique et culturel.


Les chemins de Saint Jacques de Compostelle.

Le premier thème, le premier grand chemin européen qui a été choisi : les chemins de Saint Jacques de Compostelle. Pour quelle raison le Conseil de l’Europe a-t-il choisi un chemin de cet ordre là ?

C’est un chemin historique, de continuité. Parcouru de manière continue depuis des centaines d’années, il vient de tous les espaces européens pour se rassembler en un seul point qui est un point de pèlerinage : Saint Jacques de Compostelle. Chemin de rencontres, les Européens de toutes origines sociales, de tous âges et de toutes cultures s'y retrouvent et ont le temps de la découverte et du dialogue. Ils suivent des sentiers de grandes et de petites randonnées tout en ayant un but. Pour certains, il s'agit d'un but tout à fait religieux ; pour d’autres un but de découverte de soi-même ; pour d’autres encore un but sportif ; pour d’autres enfin un lieu de vacances. Les interventions, les motivations sont diverses mais dans cette traversée d’espaces européens, il y a une découverte de l’espace, des paysages. Il y a intuitivement, parfois plus consciemment, avec des guides ou dans le dialogue entre les pèlerins et les touristes, lecture commune du paysage et comparaison des expériences. Ce chemin a fait l’objet de redécouvertes scientifiques par la mise en place d’un groupe d’experts internationaux. Il fédère un certain nombre d’associations de pèlerins, de randonneurs, de marcheurs. Il a fait également l’objet d’une signalétique sur une partie de l’Europe en reprenant à la fois l’idée de la convergence de ces chemins vers Saint Jacques et l’emblème du pèlerin qui est la coquille Saint Jacques, pour donner un logo type et ses mentions au travers de toute l’Europe.

Cette première démarche ne s’est pas interrompue et n’a fait au contraire que se renforcer dans un certain nombre de pays (les Voies Historiques de la Suisse ont fait un travail tout à fait remarquable, la Province de Namur, le Conté de Cornouailles, ...).

Ces chemins entraînent autour d’eux un travail commun d’un certain nombre de communes, de villes, un travail sur des semaines parce que la mesure du pèlerin n’est pas seulement la distance, c'est aussi le temps.

Ainsi des ateliers se sont mis en place pour des collaborations entre collectivités territoriales, mais aussi transfrontalières sur l’espace géographique parcouru pendant une semaine par le pèlerin. C’est à la fois concret et en phase avec le sujet lui-même.


Architecture sans frontière

En 1987, "l'habitat rural" fut le deuxième thème de redécouverte et de relecture de l’Europe adopté par le programme. L’idée est de lire à l'intérieur d’un paysage, des habitations dans leur proximité de style, un habitat vernaculaire qui a eu dans le passé des continuités socio-économiques à présent interrompues par l’histoire et les frontières.

Quatre circuits d’interprétation, de visites de ce patrimoine vernaculaire ont été mis en place entre le Grand Duché du Luxembourg, la Wallonie en Belgique, la Lorraine en particulier la vallée de la Moselle et deux länders allemands, la Sarre et la Rhénanie-Palatinat.

Les circuits de visites sont accompagnés bien sûr de cartes, guides, outils d’interprétation, aussi bien sur l’architecture elle-même que sur l’espace environnant.

Un travail de restauration importante a été entrepris. Ainsi au Luxembourg, huit mille maisons ont été restaurées dans l’espace rural. Des recherches sur les styles ont été menées par exemple sur les maisons de style baroque.

Le travail se fait en ateliers de coopération dans le même état d’esprit. Les coopérations se font entre architectes, agents de développement, directions du patrimoine et habitantseux-mêmes.

En dehors du parcours, on trouve des expositions, des publications de conseils au maître d’oeuvre en matière de restauration, des aides fiscales, des échanges d’architectes, des concours pour fédérer un certain nombre d’acteurs qui travaillent à la conservation et à la valorisation de ce patrimoine.

Un premier concours a eu lieu cette année sur de nouvelles constructions dans les villages d’intérêt patrimonial et touristique. Le premier prix a été attribué à un Home pour personnes âgées en Hongrie. Le jury international s’étant réuni en Roumanie, le ministère roumain a attribué le premier prix à un lauréat hongrois. Quand on connaît les oppositions entre la Hongrie et la Roumanie ces dernières années, on peut se dire que l’interculturalité et la rencontre au travers des itinéraires n’est pas tout à fait un vain mot.

L'idée de mise en relation de l’habitat a été reprise dans deux régions du Nord du Portugal et deux communautés autonomes espagnoles, avec à nouveau quatre circuits.

Le travail se poursuit également en Europe Centrale et Orientale sur d’autres types d’habitat rural : habitats ruraux extrêmement fragiles comme les habitats en bois en Ukraine. Des musées rassemblent les habitats les plus significatifs.

Cette première introduction sur les deux premiers itinéraires, vous situe un cadre de travail.

Reprendre un grand chemin historique est un long travail qui donne des résultats dans les coopérations et le rétablissement de continuités en Europe. Ces itinéraires permettent également une découverte de proximité : le voisin de l’autre côté de la frontière me ressemble.

Des itinéraires culturels du Conseil de l’Europe portent également sur des traditions vivantes comme les fêtes. Il y a deux ans, un rassemblement sur le thème "fêtes et traditions" a eu lieu dans trois villages au Nord de la Roumanie qui ont réappris à travailler ensemble.

Un certain nombre de thèmes ont été retenus en dix ans :

- les Vikings pour valoriser et mettre en oeuvre de nouveaux espaces à l’intérieur de la mer baltique,

- l’héritage andalus pour faire renaître le dialogue entre les deux rives de la Méditerranée,

- des thèmes très quotidiens comme l'habitat rural,

- des thèmes portant sur des mouvements artistiques,

- des thèmes dispersés sur le territoire qui nous permettent de travailler sur des fêtes et des rites populaires et de trouver des convergences,

- des thèmes qui, comme l’influence monastique en Europe, permettent à la fois des redécouvertes de patrimoines religieux et des rencontres sur les questions de confrontation de culture religieuses dans une Europe protestante, orthodoxe et catholique.

Itinéraire Transromanica


Le chemin de la soie

Ce thème est parti de deux modèles :

- un modèle très éclaté dans les Cévennes (partagées en vallées parallèles avec chacune des cultures spécifiques) où deux marqueurs identitaires très forts, le protestantisme et l’élevage du ver à soie (filatures, production de fil), ont marqué à la fois les mentalités, le paysage et la structure même des villages ;

- un modèle de parcours d’interprétation urbaine dans une petite ville à côté de Manchester au terminal de l'histoire de la soie où les principaux bâtiments sont interprétés et lus en réseau (transformation du fil, tissage de soieries, gants...).

Dans les Cévennes, tout part de l’activité du ver à soie, de la mise en place des cocons sur des fagots de genets selon des techniques anciennes, sur des fagots artificiels en plastique aujourd'hui.

L'espace est extrêmement marqué : cultures en terrasses, moyenne montagne, forêts de châtaigniers. Il y a un certain nombre d’années, les mûriers étaient dispersés, puis ils ont été rassemblés et améliorés (variété japonaise plus petite pour pouvoir ramasser les feuilles plus facilement). Enfin, on a fait des cultures systématiques. Dans certains champs, c'est le produit d’une sélection qui se fait par culture in vitro (micro bouturage in vitro).

Le paysage est également marqué par son rapport avec l'architecture : des bâtiments sévères, rectangulaires, un peu fermés sur eux-mêmes et dans lesquels étaient aménagés les élevages de vers à soie. On emploie le terme éducation du ver à soie car le rapport entre l’homme et le ver était extrêmement fort, les femmes faisant éclore les vers sur leur poitrine. Dans des sites plus urbanisés, on trouve des bâtiments industriels également de grande qualité architecturale (fenêtres en arceaux : grande ouverture à la lumière pour l’évidage des cocons et le travail de filature des femmes) et parfois des usines gigantesques qui peuvent faire l’objet d’un projet muséographique. On y montre ce qu’on y faisait : les chambres ouvrières, les logements du directeur, tous les objets de la mémoire ouvrière (travail entamé il y a 10 ans par deux ethnologues français).

Une grande filature est devenue une vitrine technologique dans laquelle on va remettre en oeuvre les procédures de filature plus contemporaines alliant à la fois la recherche d’anciennes filatures d’un côté, la filature de pointe de l'autre.

Il s'agit d'un projet de redécouverte d’un pays, de dialogue avec ce qui a constitué son identité, d'un travail sur la lecture technique : qu’est ce qu’on y faisait, quelles étaient les conséquences ?

C’est un projet global dans lequel le redéploiement économique, le redémarrage d’une filière va de paire avec la manière dont ce pays se présente à ses visiteurs et le dialogue qu’il entretient avec eux, mais aussi avec la fierté qu’il retire de sa propre activité.

L'Angleterre a quant à elle fait le deuil de cette activité.

Ce projet a été éclaté à l’Europe : Angleterre, Portugal, Espagne, Piémont italien, Nord de la Grèce, etc.

En dehors des chemins historiques, des circuits transfrontaliers, des thèmes extrêmement éclatés ont donc été choisis. Le lin, thème tout aussi éclaté que la soie, concerne lui le nord de l'Europe.


Atelier en Géorgie. Cliché MTP. 


Réseaux de ville : Luxembourg

J’ai choisi de vous présenter le sentier de découverte réalisé ces dernières années sur la ville de Luxembourg et sur ses fortifications. Il tient compte d'une démarche globale.

Les images ou les dessins faits à la moitié du XIXèmesiècle pendant la période d’occupation prussienne visant à montrer le système de défense de Luxembourg illustrent bien le fait que cette ville soit appelée la Gibraltar du Nord.

Dès la fin du Xèmesiècle, la première enceinte du premier château a été mise en place. Elle a été élargie progressivement avec des systèmes de murailles progressifs dont le plus important est l’enceinte de Wenceslas (ou Wenzel), Roi de Bohème et Compte de Luxembourg. Luxembourg a connu des occupations successives (espagnole, française, prussienne...) jusqu'au démantèlement des fortifications à la fin du XIXèmesiècle et leurs démolitions progressives et successives au cours du siècle même.

La décision de créer un itinéraire d’interprétation sur les fortifications de Luxembourg a été prise par Raymond Weber, Directeur de l’Enseignement à la Culture et du Sport.

Georges Calteux, Directeur des Sites et des Monuments au Grand Duché du Luxembourg, l’a mis en oeuvre. L'itinéraire a été inauguré en 1995, année du choix de Luxembourg comme capitale européenne de la culture.

Ce circuit se fait en 100 minutes et permet de relire 1 000 ans d’histoire. Son objectif n'est pas d’illustrer Luxembourg comme une belle ville, mais comme une ville qui a subi des chocs successifs d’envahissements, qui les a absorbés et dans laquelle on parle trois langues (on apprend trois langues à l’école).

Depuis les journées du patrimoine, cet itinéraire s’articule autour de deux circuits : le circuit Wenzel et le circuit Vauban dans lesquels on trouve un certain nombre de stations d’interprétations historiques, archéologiques ou naturelles. Ces circuits remettent en valeur certains sites : la crypte archéologique, le musée de la forteresse...

Le circuit Wenzel part du rocher du Boc sur lequel s’est établi le premier château, il passe au travers des cosmos installés par les armées françaises, puis renforcées par les armées suivantes. Il suit les fortifications, passe par la Tour Jacob et puis continue et fait le tour.

Sur cet espace, on retrouve tous les éléments d'interprétation :

- audiovisuel,

- centre culturel,

- espaces musicaux dans le passage des tours qui correspondent aux différentes époques des fortifications.

Le croisement avec un sentier écologique et la proximité du musée d’histoire naturelle du Luxembourg enrichissent ces circuits.

La mise en oeuvre d’un tel itinéraire implique le respect, l’analyse et la recherche historique qui passent par différentes techniques :

- étude de squelettes lors de fouilles archéologiques,

- dendrochronologie,

- archéobotanique (analyse de restes de plantes et de pollen),

afin, par exemple, que ses illustrations soient exactes .


 

Les itinéraires culturels du Conseil de l’Europe ont pour mission de faire respecter les chartes telles quelles sont travaillées au sein du Conseil : la charte du respect, de la valorisation et de larestauration du patrimoine archéologique ou architectural, la charte de protection de la nature et de l’environnement...

Dans les fortifications, on différencie ce qui est neuf de ce qui est ancien, ce qui est de l’ordre du témoignage, de la ressource historique de ce qui est de l’ordre de la reconstitution. On utilise ainsi des différences de couleurs, des matériaux nouveaux comme le béton.

Dans le parcours Vauban, il y a un dialogue contemporain avec un musée d’art contemporain dont l’architecte est celui de la pyramide du Louvre.

Dans cet itinéraire, on travaille sur des passages souterrains à l'intérieur de la forteresse, par exemple,sur des espaces d’interprétation où l’on peut s'asseoir et lire des panneaux.On utilise des panneaux très transparents qui ne tuent pas l’espace environnant. L’interprétation sur la manière dont les différents niveaux d’eau se sont mis en place est faite grâce aux graines, plantes qu’on a retrouvées.


Les jardins dans le contexte européen : Terrasson, Saint Laguon, Madrid

Un itinéraire de parcs et jardins a été décidé par le Conseil de l’Europe, parce que le jardin est un sujet qui permet d’établir le pont entre les cultures artistiques, scientifiques et techniques, de mettre en oeuvre des continuités à l’intérieur de l’Europe en terme d’influence.

Les grands modèles se sont exportés. D’une part, les responsables de jardins sont des gens qui échangent des savoir-faire. D’autre part, les plants eux-mêmes voyagent.

Ce thème des jardins a été choisi non pas pour mettre en réseau de grands patrimoines que nous connaissons tous, mais des jardins un peu particuliers qui portent un message, qui montrent comment un homme, une famille, un ensemble d’individus, une collectivité territoriale parfois se sont mobilisés pour créer, pour transmettre. La dimension de citoyenneté et de transmission est particulièrement importante dans ces jardins tout comme la dimension de projet pédagogique. Quelques uns, dont le Jardin des Deux Rives, ont été rassemblés dans un livre “12 jardins de l’Europe” qui sortira à la fin de l’année ou début de l’année prochaine.


Terrasson, ville de 6 500 habitants entre Brive et Bordeaux

Le patrimoine architectural de Terrasson est intéressant, mais la question de sa fréquentation touristique se posait par rapport évidemment à de grands lieux touristiques de larégion (sites préhistoriques...).

Au dessus de la Vézère existe un espace permettant de découvrir l’environnement et la ville elle-même. Autour de cet espace à traiter, les projets ont beaucoup évolué : petit train, nouveau site préhistorique sur les celtes ou autre période de l’histoire... Par chance, un certain nombre d’opérateurs culturels étaient là pour conseiller le Maire dans une certaine direction. A la fin des années 80, un concours architectural a été lancé pour aménager cet espace. La lauréate, Catherine GUSTAVSON, a imaginé un jardin dont le programme prévoyait de manière extrêmement ambitieuse, une lecture des jardins de l’humanité ou tout au moins la création de fragments d’histoire des jardins.

Elle a réalisé cet espace à la fois à partir de matériaux récents et de techniques traditionnelles comme les murs de pierre enserrés de fils de fer. Des tunnels de verdure débouchant dans la forêt ont été restaurés. Dans la forêt, un fil d’or ou fil d'Ariane permet de lire cet espace, d’y retrouver des contes (clin d'oeil au festival du conte de Terrasson). Une lecture du paysage lui-même est prévue avec l’installation d’un petit amphithéâtre avec en contrebas la ville de Terrasson. De grandes girouettes indiquent la position des vents dominants donc le rapport aux éléments naturels. On y trouve de grandes vagues de fleurs, une roseraie, élément classique de l’histoire des jardins, une serre avec des murs arrosés qui respirent. Enfin un élément fort de la structuration de ce jardin est le classique jardin d’eau. Ainsi des jardins d’eau sont insérés dans le paysage, ils y circulent : éléments en eau vive,eau qui court au travers de l’espace qui jouxte la forêt, canal. Ce sont des clichés que l’on peut retrouver dans de grands jardins, de grands patrimoines qui sont là mis en relation avec l’espace même de Terrasson. Un rappel, un clin d’oeil : l’eau débouche sur des gravures au sol qui reprennent les cartes géographiques d’un certain nombre de grands fleuves du monde donc qui renvoient à des espaces géographiques extérieurs.

Ce jardin racontant l’histoire des jardins raconte sa propre histoire. Ces patrimoines sont de lecture difficile parce qu’on n’a plus en tête ne serait ce que les contes, les légendes, les personnages qui ont été importants dans la mise en place de tels jardins.

Ce jardin dialogue aussi avec un travail pédagogique très important. Les écoles, collèges et lycées de Terrasson y travaillent. Ce jardin est fait également pour dialoguer avec le milieu agricole. Ainsi dans les classes des villages environnants, des projets pédagogiques sont mis en place. Des projets d’une année sont menés en primaire, des semaines de travail jusqu’aux classes de terminales sont consacrées au jardin. Les classes de terminales informatiques ont par exemple créé un serveur internet sur les parcs et jardins en Europe.


Le prieuré de Saint Laguon, lieu d'interprétation ethnobotanique

Un travail a été fait sur le jardin entourant le prieuré. Les plantes de la région (région au sens très large), les céréales (travail de conservatoire sur les céréales) et les plantes des jardins du monastère dont un certain nombre de plantes d’usage, ont été mises en relation. Ces patrimoines sont compliqués à interpréter car l’on ne reconnaît plus les plantes. On en a oublié l'usage. On se demande bien pourquoi telles plantes sont appelées “herbes aux verrues”, “herbes aux femmes battues”. Le dialogue spontané et naturel de l’homme avec les plantes s’est perdu.

Dans ce jardin on retrouve un jardin de plantes médicinales, de senteurs comme il en existe de plus en plus, mais qui est fait là de manière scientifique et rigoureuse.

Les noms latins et vernaculaires sont indiqués, toute une réflexion sur les bons et les mauvais usages des plantes est menée. Un dialogue est recréé entre ce qu’était la collection botanique depuis le monastère, le jardin botanique et le jardin contemporain.


Jardin contemporain du Parc Juan Carlos. Cliché MTP.

Ouvert en 1993 lorsque Madrid était capitale européenne de la culture, le jardin contemporain du Parc Juan Carlos a peu d’années. Les intentions de l’architecte paysagiste commencent à se mettre en place.

Il a repris une thématique assez générale du parc, le cercle, créant un ensemble de cercles reliés entre eux au travers d’un des éléments les plus fondateurs des jardins : l’Eden. 

L'entrée du jardin représente l'entrée du Paradis. Un parcours de l’eau symbolise la naissance du jardin méditerranéen sous forme d’oasis. Les Trois jardins reliés entre eux représentent l'image du paradis des trois religions européennes : Jardin du monastère, Jardin de l’Islam, Jardin de la culture juive. Dans chacun d'eux, on retrouve les plantes citées dans les textes saints.


Gilles Clément à Terrasson. Cliché MTP.

Réunion de la Commission à l'éducation populaire, en prélude à la création du "Jardin des deux rives" entre Strasbourg et Kehl.

 Avec l'intervention de

- Gilles CLEMENT, paysagiste et initiateur du concept de jardins en mouvement qui présente, à partir d'une lecture d'espaces aussi différents que les sentiers, bords de routes et friches, une nouvelle vision des espaces urbains et des jardins.

- Michel THOMAS PENETTE, Directeur de l'Institut Européen des itinéraires culturels qui présente à partir d'exemples multiples en Europe, des chemins historiques, des réseaux de ville et des sentiers d'interprétation culturels et naturels.