Petit guide du parler madelinot

Publié le 12 janvier 2026 par Hugo Bourque

D’y’ousse tu r’sous ?
Qu’osse tu fas ?
Masse fa qu’t’as fa ça ?
Ah ben what te traille !

Pour le monde des Îles, tout ça est très clair; pour nos visiteurs, un peu moins. Le parler madelinot vient avec un accent, des expressions particulières et un langage imagé.

À chacun son accent

Il faut d’abord savoir que les Îles ont visiblement un problème avec la lettre « R ». Certains racontent que les gens de Havre-aux-Maisons avaient quelque chose contre un certain Roi de l’époque, et ont décidé d’enlever la première lettre du mot « roi » de leur alphabet pour se rebeller. Ce qui donne maintenant des phrases comme « Ayête de t’tyacasser ».

Si la légende du Roi est vraie, ça nous laisse penser que les gens du Havre-Aubert, eux, devaient aimer Sa Majesté en godam pour autant appuyer sur les « R » dans leur vocabulaire. En fait, ils ne font pas que le prononcer, ils roulent dessus comme un « quat’-rrrroues su’ la djune ». Oui, parce qu’au Havre-Aubert, un « D » suivi d’une voyelle vient toujours en paquet de deux avec un « J ». Comme dans « l’bon Djieu », « j’te l’djis » ou encore dans « euhrrgarrd’ dans l’djictieunnâ ». OK, ça aussi c’est une particularité du Havre-Aubert. Certains mots restent en suspend, comme ça, pour l’éternité. Comme une œuvre incomplète. On ne dit pas « je vais aller prendre l’air ! », mais plutôt « J’vâ aller prrrâne l’â ! » On dirait qu’on saura jamais comment ça va finir…

Mais il n’y a pas que le « R » qui provoque des maux de tête aux Madelinots. À L’Étang-du-Nord, par exemple, le son « J » devient souvent « H » comme dans les termes « Jaune », « Manger » et « Jambon » qui, comme par magie, se transforment en « Haune », Manher » et « Hambân ». On est plutôt lâche du mâche-patate aussi, autrement dit on ne se force pas beaucoup pour bien prononcer. Le résultat ne s’écrit pas, mais faites-moi confiance, il s’entend.

À Fatima, la cité de la Mi-Carême, c’est comme si certains mots qui finissent avec le phonème « Eu » avaient décidé de se déguiser en mots qui se terminent en « euille ». Là-bas, on ne dit pas « des yeux », mais bien « des yeuilles » et on ne dit pas du « bleu », mais plutôt du « bleuille ».

Les madeli-mots

Évidemment, ce ne sont là que des exemples. Quasiment chaque canton vient avec on accent. Et à ces accents, s’ajoutent des expressions bien de chez nous. Aux Îles, si on n’est pas content, on a une « face de Mi-Carême ». On « défourrasse » pour trouver quelque chose. Quand un objet est brisé, on le « rabouzine » comme on peut. Si on est tannant, on a le « djâbe dans l’corps ». Si on provoque quelqu’un, on le « fait djâbler  ». Si on veut s’exclamer, on dit : « Ah ben djâbe ! ». Par chez nous, on « r’soud d’en tcheuque part », on « renfougne » des affaires pour les cacher et si on « run le char » trop vite, on risque de poigner le « renclos ».

Un accent, c’est une langue qui fait de la poésie, c’est une mer qui houle, un vent qui vente. C’est un passé qui se vit au présent de l’indicatif même s’il est imparfait. Sans ça, cette langue n’a pas de saveur, d’odeur, de valeur. Pour moi, un français normatif est un français mort de l’intérieur.  

Tu arrives d’où ?
Qu’est-ce que tu fais ?
Pourquoi as-tu fait ça ?
Ça fait longtemps !

Avouez qu’on serait moins charmant, non?

*** Les articles de la série BEST OF, sont tirés de mes recueils. ***

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