Le bingo. Sans aucun doute le sport le plus connu du Québec. Je dis « sport », parce que c’en est un. À ceux qui pensent que c’est yèqu’un jeu de chance, je vous dirai ceci : quand vous serez capable de zieuter vingt-cinq cartes en même temps sans échapper un numéro, on se reparlera.
Maman, vendeuse de cartes
Je me souviens du temps où maman vendait des cartes à L’Étang-du-Nord, les dimanches soir. C’était dans le temps où le Centre récréatif ressemblait à demi-tuyau de sécheuse renversé? Le temps où, quand t’assistais à un spectacle pendant une pluie battante, le bruit que ça faisait te donnait l’impression que tout Lavernière subissait un bombardement sans précédent. Toujours est-il qu’à l’époque où ma mère était vendeuse de cartes, il m’arrivait de l’accompagner. Je jouais ma petite carte en espérant gagner quelque chose. Souvent, tout ce que je gagnais, c’était la piastre que maman me donnait pour m’acheter un chip au ketchup Hostess. Les meilleurs! Jamais égalés jusqu’à aujourd’hui… mais, je m’égare.
Bingo sans poinçon
À l’époque, on jouait à ça avec des cartes vertes munies de petites fenêtres rouges qu’on ouvrait ou fermait si l’on avait le numéro nommé par Marie-Anna Bourque. Le problème, c’est qu’après avoir ouvert ou fermé la moitié de mes fenêtres lors du tour de la carte pleine, je n’étais plus certain si les fenêtres ouvertes étaient les numéros nommés ou les numéros manquants. Le temps que je valide la technique que j’avais choisie pour jouer, je perdais le fil, et c’est là que je me levais pour aller acheter mon chip au ketchup. J’ai peut-être perdu des milliers de dollars à cause de ça…
Mon plus gros gain
Je me souviens d’avoir gagné une fois. On devait être plusieurs sur le lot parce que ma part n’était que de quinze piastres. Je me rappelle très bien m’être levé pour aller récupérer mon argent. Je me suis présenté à la table des vérificateurs, et j’ai dit à Michel à Raymond, directeur des loisirs à l’époque, que je voulais mon gain en coupures d’un dollar. Dans ma tête de petit garçon, plus j’avais de billets en main, plus j’étais riche. Allez-y, riez…
Pour plusieurs personnes, le bingo est vu comme quelque chose de quétaine. C’est dommage, parce que pour moi, c’est plutôt une source intarissable de souvenirs. Aujourd’hui, c’est interdit aux moins de dix-huit ans. Mais si ça avait été le cas à l’époque, je n’aurais pas accès à ce genre d’anecdotes. J’aurais passé à côté de moments spéciaux avec ma mère, à côté d’une liasse de quinze billets d’un dollar et surtout, surtout… à côté de nombreux chips au ketchup Hostess.
*** Les articles de la série BEST OF, sont tirés de mes recueils. ***
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