À propos de La Chambre bleue, l'un des romans les plus purs de la série des "romans durs" en sa paradoxale douceur.À La Désirade, ce lundi 20 juillet.- Le bleu pur du ciel de ce matin convient à la fête de sainte Marina, bergère d’Antioche dont un préfet romain s’enticha non sans lui commander d’adorer ses dieux, ce qu’elle refusa au point d’être trempée dans l’huile bouillante et d’y périr en l’an 290, ainsi en allant-il des tribulations sous le ciel du plus pur azur qui, ce matin me ramène à La chambre bleue de Georges Simenon, qu’on pourrait dire le roman d’un homme à la fois innocent et par trop dépendant d’une maîtresse qui le possède et le pousse au crime par passion jamais vraiment partagée.
La chambre bleue est ce lieu d’une dualité élémentaire qu’on peut dire celle du sexe, lieu de refuge en plein jour et de menace latente, où la nuit du sexe apparaît entre les jambes impudiquement écartées d’une femme d’où coule encore le filet de semence de son amant, comme une preuve (pense-t-elle) de l’Amour les emportant tous deux pour toujours, croit-elle.Vous pouvez regarder ailleurs, mais cela revient au même, vous pouvez faire les innocents, comme on dit, ou vous pouvez juger ou condamner, peu importe, à vrai dire, d’ailleurs vous n’avez rien à dire, et ce que disent le juge ou le psychiatre, l’inspecteur de police ou le témoin ne compte guerre, aux yeux de Tony Falcone, à côté de celle qui se pose quand il se rappelle, de son enfance, que le contenu d’un sachet rempli de poudre bleue peut donner au linge un tel blanc.Quant à la chambre bleue, elle rappelle en somme le blanc de la conscience de Tony – sans parler des blancs de sa mémoire -, au lieu présent du plus grand plaisir qu’il ait jamais éprouvé., sans penser du tout (quand il y pense) que ce plaisir soit aussi grand que la vie ordinaire auprès de son épouse Gisèle et de leur fille, loin de la chambre bleue…La chambre bleue est le lieu oì se consomme la décision de la grande Andrée, fille de résistant que Tony n’a jamais touchée depuis leur enfance, à son dépit de femelle négligée, et qui l’attrape un soir et le prend littéralement et va le tenir en le flattant et le mordant en même temps. Or vous sentez d’avance que tout ça va mal finir. Il n’y a pas à proprement parlé de suspense mais les questions de l’inspecteur et du juge anticipent l’action et l’on comprend que ce qui se passe au présent est déjà du passé au regard du futur procès.Sacré Simenon ! La chambre bleue date de 1963, composée à Noland, au pays de Vaud. La plupart des Vaudois ont de Simenon une représentation sommaire d’auteur à succès à pipe débonnaire, sans rien de commun avec un grand écrivain à la manière, par exemple, d’un Marcel Proust. Or la chambre bleue, imaginée à quelques pas des eaux plates du Léman, est un roman bien plus substantiel et pénétrant qu’il n’y paraît d’abord, raconté d’une façon qui ne le cède en rien aux subtilités narratives du roman de la même époque qui se croyait le seul « nouveau ». D’une écriture qu’on a dit plate alors qu’elle n’est que limpide et lisible avec ses « mots-matière », ce récit d’un malentendu fondamental, dont le personnage rappelle de loin celui de L’étranger d’Albert Camus, à cela près qu’il tangue entre le piège de la passion et la fausse sécurité de la vie famillale ordinaire – jamais vécue par Meursault -,me semble l’un des meilleurs de la série des « romans durs » de Simenon en sa paradoxale douceur…
Images: peinture de Picasso et château d'Echandens, dit Noland.
