Der Tod und das Mädchen

Publié le 22 septembre 2026 par Les Alluvions.com

J'ai évoqué Egon Schiele dans Painter Working Reflection, à travers un autoportrait nu de 1910. Et cela me remit alors en mémoire ce roman de Caroline Lamarche, L'ours, déniché le 15 août à Angles-s/l'Anglin. A la toute fin du livre, Ivan, l'un des étudiants qui habitaient le presbytère de Vurth, le quitte pour Vienne, où il poursuivra ses études d'architecture. A peine arrivé, il envoie une lettre à la narratrice ainsi que deux cartes postales représentant des tableaux d'Egon Schiele. L'un montre un couple qui fait l'amour, le second, une femme qui enlace étroitement un moine. Tod und Mädchen, La Mort et la jeune fille, en est le titre.

Der Tod und das Mädchen
La Mort et la jeune fille,  1915, Oberes Belvedere

 

La narratrice montre la lettre d'Ivan au prêtre le jour même de son départ définitif de Vurth. Elle a posé les cartes postales sur la nappe en toile cirée, contre un pot à confiture dans lequel pourrissent de très vieilles fleurs que personne n'a eu le courage de jeter : "Le prêtre prend les cartes postales, une dans chaque main, et, levant les yeux, il me demande,  avec ce détachement qui est chez lui le signe de la plus vive insistance, de lui donner l'image du couple faisant l'amour. Il ne regarde pas l'autre carte, ou à peine." Un peu plus tard, il quitte le presbytère sans se retourner, "balançant au bout de son long bras la carte qu'il a choisie."

Il ne reste alors que trois pages à lire. Il pleut sur le toit du grenier dont la narratrice a fait son bureau. Elle écrit à la main et imagine qu'elle est encore à Vurth, dans la chambre du prêtre, "dans son petit couloir fermé par une fenêtre ronde et un hêtre pourpre qui effleure le carreau.". Il s'assoit à ses pieds. Alors elle ôte sa jupe et puis sa "culotte blanche et douce". 

Et le bruit mouillé de mon doigt rejoint le grand bruit de la pluie, et le regard vaste du prêtre a rejoint les yeux des statues romanes, il est vide et fervent, il est le pays que je perds toujours, à la frontière duquel mon corps et mes mots attendent, au bord de ces pupilles si larges qu'elles semblent celles d'Egon Schiele, de Kafka et des chats dans la nuit profonde. 

Ce final où se mêlent poésie et érotisme, j'en trouve encore un écho dans la peinture de mon ami Jean-Claude Pardou, alias Nunki Bartt, dont vous pouvez  aller admirer quelques œuvres exposées encore ce week-end à l'atelier-duo à Montipouret, en cette Vallée noire aimée de George Sand.

Nunki Bartt, au cœur d'un article du 30 décembre 2022, La source et le ciel distant, qui s'est retrouvé très récemment dans le top 10 des articles les plus consultés. Dans l'article est reproduit Ciel distant, qui est présent dans l'exposition, l'un des plus beaux et mystérieux tableaux de Bartt. 

« CIEL DISTANT » Tech mixtes sur toile 120 x 120 cm

 

Je notai, dans l'article, qu'en position centrale, "légèrement décalé vers le bas, en tout cas au centre du cadastre, et faisant en somme lien entre celui-ci et le parking, un arbre au port triangulé, cruciforme, étale son feuillage du même rouge que les corps allongés. Ce rouge qu'on retrouve aussi au fond de l'effrayante piscine vide et noire au-dessus, comme un corps sanguinolent dont l'empreinte se répète peut-être dans la carte 9 au centre droit, qu'un mince filet rouge encore relie au parking."

Et cet arbre rouge résonne aujourd'hui très égoïstement pour moi avec le hêtre pourpre de Vurth, lui aussi central et matriciel :

Dehors, le hêtre frappe à petits coups sur la vitre, la pluie chuinte, le silence est immense, nous sommes au centre du silence de l'univers, son noyau même.