Magazine Journal intime

La fête des voisins

Publié le 05 septembre 2007 par Anaïs Valente
Paru sur Madmoizelle.com.  Voir la version Madmoizelle.
Y’a un petit temps déjà, c’était la fête des voisins.
 
Ce dimanche, j’ai enfin compris pourquoi on a inventé cette fête.
 
Pour éviter que chaque année, des milliers de voisins soient assassinés par d’autres voisins.  C’est aussi simple que ça.
 
Au-dessus de chez moi vivent deux petits vieux bien sages bien propres sur eux.  Mais de temps en temps, le dimanche, ils invitent leur gentille petite famille à dîner (déjeuner pour les français).  
 
Et ces dimanches là, ma vie se transforme en cauchemar.
 
Tout architecte qui se respecte devrait ne doter qu’un seul appartement par building d’une terrasse.  Un seul.  C’est contre nature d’empiler ainsi des appartements avec terrasse.
 
Imaginez le topo.
 
Je suis peinardement installée sur ma terrasse, profitant du léger soleil qui nous fait enfin l’honneur de sa présence.  Je fais l’amour avec mon transat, je me gave du dernier Guillaume Musso.  La vie est belle.  La vue est belle.
 
Quand soudain.  Un bruit.  Suivi d’un autre bruit et encore d’un bruit.  Le doute s’insinue en moi « serait-ce un dimanche famille ? »  J’en ai vite confirmation, il s’agit bien d’un dimanche famille.
 
J’ignore comment toute la petite bruyante famille parvient à s’installer sur cette minuscule terrasse où je sais à peine m’étendre, mais ils y arrivent.  Et moi, durant des heures, je n’ose sortir, imaginant ladite terrasse s’effondrant, sous leur poids, sur ma frêle carcasse.
 
Et je les entends jacasser, rire, causer, rire, bavarder, rire, manger, rire.  Une sensation à la fois exaspérante car elle ravive ma solitude, à la fois joyeuse car elle me donne envie de les rejoindre…
 
Evidemment, les enfants s’amusent, et je retrouve ensuite sur ma terrasse une collection phénoménale de ballons, chewing-gum, bouchons et autres petites voitures.
 
Parfois, je somnole négligemment dans mon canapé lorsque ces bruits familiaux me ramènent à la réalité.  Bizarre comme dans un demi-sommeil chaque bruit est amplifié.  
 
Il arrive toujours un moment où je n’en peux plus, où j’ai envie de lancer des paquets de glaçons pour refroidir leurs ardeurs, de crier « mais c’est pas bientôt fini ce boucan », au risque de passer pour la vieille fille aigrie du dessous.  De toute façon je suis déjà cataloguée « vieille fille aigrie », faut pas se leurrer.  Mais je me tais, j’ai pas le droit d’abîmer leurs petits dimanches en famille. Et je n'en ai pas le coeur.
 
En hiver, ces dimanches là, j’ai en permanence le sentiment qu’une colonie de rats chaussés de hauts talons se balade dans l’appartement au-dessus du mien.  C’est rigolo.  Enfin, parfois.
 
Et lorsque moi j’ai de la visite, nous aussi faisons la fête sur la terrasse, nous aussi, tels des rats, déambulons dans l’appartement.  Tout ça est tellement banal de normalité.  Ou normal de banalité.  C’est ça la vie.
 
J’aime mes voisins.  Vous entendez ?  Je vous aime voisins.  Dois-je le crier encore plus fort ?  JE VOUS AIME, VOISINS.
Et une illustration de Mako, une, afin que nous ne souffrions pas du manque durant son absence.
voisinspt
Paru sur Madmoizelle.com.  Voir la version Madmoizelle.
Y’a un petit temps déjà, c’était la fête des voisins.
 
Ce dimanche, j’ai enfin compris pourquoi on a inventé cette fête.
 
Pour éviter que chaque année, des milliers de voisins soient assassinés par d’autres voisins.  C’est aussi simple que ça.
 
Au-dessus de chez moi vivent deux petits vieux bien sages bien propres sur eux.  Mais de temps en temps, le dimanche, ils invitent leur gentille petite famille à dîner (déjeuner pour les français).  
 
Et ces dimanches là, ma vie se transforme en cauchemar.
 
Tout architecte qui se respecte devrait ne doter qu’un seul appartement par building d’une terrasse.  Un seul.  C’est contre nature d’empiler ainsi des appartements avec terrasse.
 
Imaginez le topo.
 
Je suis peinardement installée sur ma terrasse, profitant du léger soleil qui nous fait enfin l’honneur de sa présence.  Je fais l’amour avec mon transat, je me gave du dernier Guillaume Musso.  La vie est belle.  La vue est belle.
 
Quand soudain.  Un bruit.  Suivi d’un autre bruit et encore d’un bruit.  Le doute s’insinue en moi « serait-ce un dimanche famille ? »  J’en ai vite confirmation, il s’agit bien d’un dimanche famille.
 
J’ignore comment toute la petite bruyante famille parvient à s’installer sur cette minuscule terrasse où je sais à peine m’étendre, mais ils y arrivent.  Et moi, durant des heures, je n’ose sortir, imaginant ladite terrasse s’effondrant, sous leur poids, sur ma frêle carcasse.
 
Et je les entends jacasser, rire, causer, rire, bavarder, rire, manger, rire.  Une sensation à la fois exaspérante car elle ravive ma solitude, à la fois joyeuse car elle me donne envie de les rejoindre…
 
Evidemment, les enfants s’amusent, et je retrouve ensuite sur ma terrasse une collection phénoménale de ballons, chewing-gum, bouchons et autres petites voitures.
 
Parfois, je somnole négligemment dans mon canapé lorsque ces bruits familiaux me ramènent à la réalité.  Bizarre comme dans un demi-sommeil chaque bruit est amplifié.  
 
Il arrive toujours un moment où je n’en peux plus, où j’ai envie de lancer des paquets de glaçons pour refroidir leurs ardeurs, de crier « mais c’est pas bientôt fini ce boucan », au risque de passer pour la vieille fille aigrie du dessous.  De toute façon je suis déjà cataloguée « vieille fille aigrie », faut pas se leurrer.  Mais je me tais, j’ai pas le droit d’abîmer leurs petits dimanches en famille. Et je n'en ai pas le coeur.
 
En hiver, ces dimanches là, j’ai en permanence le sentiment qu’une colonie de rats chaussés de hauts talons se balade dans l’appartement au-dessus du mien.  C’est rigolo.  Enfin, parfois.
 
Et lorsque moi j’ai de la visite, nous aussi faisons la fête sur la terrasse, nous aussi, tels des rats, déambulons dans l’appartement.  Tout ça est tellement banal de normalité.  Ou normal de banalité.  C’est ça la vie.
 
J’aime mes voisins.  Vous entendez ?  Je vous aime voisins.  Dois-je le crier encore plus fort ?  JE VOUS AIME, VOISINS.
Et une illustration de Mako, une, afin que nous ne souffrions pas du manque durant son absence.
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