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Hermann

Publié le 12 octobre 2008 par Unepageparjour

Début du Rosier de Julia

II


Hermann, seul à la maison, préparait un dîner de fête. Jeanne et Julia étaient en ville, et il savait qu’elles ne rentreraient qu’assez tard. Chose tout à fait exceptionnelle, il avait pris son après-midi. Il avait demandé à Madeleine de lui choisir la plus belle canette de la basse-cour, s’était assuré de récolter des navets bien frais, juteux à souhait, tendres, savoureux, à la peau douce et fine, et laissaient mijoter l’ensemble, avec force épices, thym, sarriette, marjolaine, sauge et romarin. Pour l’entrée, il avait concocté une salade de tomates « cœur de bœuf », bien rouges, agrémentée de mozzarelle de bufflonne, au vinaigre balsamique et à l’huile d’olive. Pour le dessert, il s’était démené pour réussir un tiramisu léger et aérien. Assez fier de lui, il cherchait à la cave la meilleure bouteille pour accompagner ce merveilleux repas. Bordeaux ou Bourgogne ? Saint-Julien ou Pommard ? Il hésitait.

La table n’était pas en reste. Il avait sorti la grande nappe blanche, et y avait déposé la vaisselle de son mariage avec Jeanne. Un peu surpris, au départ, car il s’aperçut qu’assiettes, verres et couverts étaient restés dans leur emballage d’origine. Puis il se rappela qu’il avait toujours refusé de s’en servir, même les rares fois où ils attendaient du monde, car, efficace dans l’âme, il avait toujours considéré comme une perte de temps inutile tout ce déballage. Mais ce soit, c’était différent. Avec lenteur et précaution, il ouvrit chaque carton, lava chaque assiette, nettoya chaque verre, sans en casser un seul, astiqua chaque pièce d’argenterie, qui, avec le temps, avaient déjà bien noirci.

Puis il posa avec soin tout ce petit monde sur la table, en respectant la place de chaque couvert, à la manière d’un maître d’hôtel expérimenté.

Afin de parfaire la mise en scène, il aménagea un éclairage tamisé, sans aucune lumière électrique, avec un système de bougies disposée avec art autour de la table, sur les buffets et commodes, et même, il retrouva au grenier un vieux chandelier à suspendre, qu’il accrocha au milieu de la pièce.

Enfin, pour ne pas avoir l’air d’un étranger dans ce décor de rêve, il se vêtit de son plus beau costume, celui du mariage, qu’il n’avait plus jamais porté. Tiré à quatre épingle, content de sa personne, il allait et venait en les attendant, rectifiant d’une pincée de sel la sauce du canard, déplaçant une bougie, ramenant la corbeille de pain au centre de la table, vérifiant la température du vin.


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