Salon Livres & Blogs, du rêve à la réalité

Publié le 13 octobre 2008 par Cochondingue


 
Le Salon avait lieu dans la grande salle de la Mairie du XIème. D'un côté il y avait les poids lourds, c'est-à-dire les auteurs de romans de plus de 50 pages. De l'autre côté il y avait les beginners players (nous quoi, les auteurs de nouvelles).

J'ai dit à Jessica :
- Un jour, nous aussi nous serons de l'autre côté de la salle, là où les tables paraissent plus nettes et l'oxygène plus pur. Nous aussi nous atteindrons les sommets de la gloire en passant sur l'autre rive.

Jessica a hoché la tête, rêveuse...

Les amis et la famille ont commencé à affluer. D'une main je signais des autographes, de l'autre je dessinais des hamsters cannibales. Sans compter que je répondais aux questions, je buvais du coca, je mangeais un pépito, tout en même temps bien entendu, et quand le drame s'est produit, je n'ai pu rien faire, je n'avais plus de mains, plus de bras et plus de bouche disponibles pour empêcher Wandrille d'approcher Jessica.

Je l'avais vu de loin se pointer sur elle. Comme dans un film au ralenti, il lui a tendu une BD et lui a souri de toutes ses dents de charmeur. Alors que je crachais le pépito de ma bouche, j'ai essayé de crier :
- C'est un obsédé sexuel ! File-lui un coup dans les dents !

Mais Jessica ne m'entendait pas et je n'ai pas pu empêcher Wandrille de lui dire :
- Vous permettez ? Vous êtes si charmante mademoiselle, qu'il fallait que je vous parle.
- NOONBrr !! GNEUteLaisseGNAfaire !!! Ai-je hurlé en envoyant plein de postillons sur la tête d'un fan qui me regardait de ses yeux humides et émus.

C'est alors que Madame Cramp a abattu sa canne sur mon bureau.
- COCHON !
- Madame Cramp, mais que faites-vous ici ?
- Ta mère m'a dit que c'était ta séance de dédicace. Je veux une dédicace.
- Oui, mais vous devez faire la queue comme tout le monde madame Cramp, vous voyez bien qu'il y a 136 personnes avant vous.
- Je suis prioritaire, a t'elle répondu en s'asseyant sur les genoux de mon fan plein de postillons (qui avait juré par ailleurs, de ne plus se laver le visage en mémoire de cet instant).

Madame Cramp l'a viré d'un seul regard. Elle a pris ses aises, s'est bien installée, a ouvert son sac pour sortir ma nouvelle et un badge de la SPA.
- J'ai lu ton histoire. C'est inadmissible d'écrire des choses aussi cruelles sur les animaux.
- Je vous rassure, aucun animal n'a été maltraité pendant la rédaction de ma nouvelle !

Madame Cramp a pris son stylo et a commencé à rayer les paragraphes trop violents.
- Vous êtes en train de raturer toutes les pages !
- Je compte bien que tu réécrives la fin.
- Ca ne va pas être possible, Madame Cramp. Par contre je vous promets que dans mon futur roman, je parlerai d'un gentil ours amoureux d'une douce lapine blanche. Voilà. Merci Madame Cramp, au revoir !

Je jette un oeil à côté, Jessica est engluée dans sa conversation avec Wandrille et je ne peux rien faire. Je le vois lever la main sur elle. Jessica ne se rend pas compte mais le badge autocollant est un peu décollé sur sa poitrine. Cet obsédé sexuel va sûrement vouloir le recoller.

- Bas les pattes, elle n'a que 18 ans et je suis sa duègne ! Avant de la toucher, il faudra d'abord passer sur mon corps !

Ca n'avait pas l'air de poser de problème à Wandrille.
- Avec plaisir. Je ne refuse jamais les propositions indécentes de mes groupies.
- Non ce... Ce n'est pas ce que je voulais dire !
- OH COCHON ! Tu t'occupes un peu de moi ou tu préfères folâtrer ? Trépignait Madame Cramp sur sa chaise.
- Mais je ne folâtre pas, je suis la chaperonne de Jessica ! C'est mon éditeur qui m'a chargée de veiller sur elle.
- Ne change pas de sujet, je suis venue te parler de maltraitance avec discrimination raciale sur hamsters nains.
- Ecoutez, c'est juste une fiction... Que voulez-vous que je vous dise de plus ? S'il vous plaît, laissez-moi parler à mes fans, ils attendent avec leurs banderoles et l'orchestre philharmonique. Ca fait déjà plus d'une heure que vous monopolisez cette chaise.
- Ah maintenant, on retire la chaise des fesses des personnes âgées ! Belle éducation !

Sur un air de mandoline, de jeunes éphèbes à la peau dorée me massent les épaules en me demandant des autographes.

Ca devait se passer comme ça.
Logiquement.
Dans un monde sensé et rationnel, mes fans auraient dû chanter un hymne à ma grandeur. Mais dans le monde réel, il y avait Madame Cramp Super Glu et Wandrille le prédateur.

Je préfère laisser la fin en suspens. Vous imaginerez peut-être une scène de combat impitoyable avec des coups de canne dans les tibias, des molaires explosées et des nouvelles par centaines qui volent dans la grande salle de la mairie du XIème. Non, je ne vous raconterai pas comment j'ai couru de table en table, en signant des autographes, tout en esquivant  les coups d'une vieille dame acariâtre. Je ne veux pas gâcher votre rêve...
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Messages personnels dégoulinants d'amour :


Merci à ma famille et à mes amis qui sont venus, ça m'a énormément touchée. Vous ne pouvez pas savoir comme j'étais heureuse de vous avoir près de moi !
Merci aux organisateurs tout souriants, à votre petite équipe motivée et dynamique.  Melle Gima et Francis, j'espère que nous nous reverrons bientôt ! Merci aussi aux libraires très sympathiques.
Wandrille, pardonne-moi, je ne t'ai pas épargné. Mais je reste une de tes fans pour de vrai !
Et puis Jessica, Mme de K, Barbara, Jean-louis Ruffel et Filaplomb, j'ai été ravie de vous rencontrer et de partager ce week-end avec vous !