Poupées lébou au Salon de l'Agriculture

Publié le 27 février 2009 par Bababe

Poupée lébou,  poupée peule, pain de singe....


Au quotidien…
Est-ce par hasard que mes pieds m’ont conduit au pavillon des vaches au lieu de celui qui héberge la Côte d’Ivoire, le Mali, le Sénégal où je devais retrouver une amie ?

  Le chemin menant à ce bout de l’Afrique n’était pas long. Néanmoins j’ai eu un certain enchantement à me perdre dans beaucoup de régions de France représentées par leurs vaches diverses et variés,  même si l’inconfort des animaux me gênait malgré la joie que leur présence apportait à la masse humaine que nous étions à les contempler.
Arrivée à destination, j’évitais une conférence. Peut-être pour ne pas écouter un cadre supérieur banni de son pays et  dont un autre Etat a su utiliser les valeurs ; aujourd’hui cet Etat ne le rendrait pas même pour tous les diamants du Congo.  

 Un pincement au cœur pour ce gâchis.  Mais bon, on n’est pas là pour rouvrir des plaies, même si les déchirures du iwdi perdu restent souvent tenaces. 

Je me dirigeai vers un stand chargé de poupées africaines qui, malgré la calebasse sur la tête, ou le pilon entre leurs mains, restaient miraculeusement élégantes. C’est vrai que le contraste est encore plus flagrant dans les clips où des chanteuses en habits de fête dansent en plein champ avec des talons aiguilles. 

  Une femme lébou en tenue authentique comme au temps de Ndete Yalla * tenait ce stand où les poupées pas chiffons, côtoyaient les pains de singe et les cuillères bambaras. Avec un brin de provocation, je demandai à celle que je nommerai Ndete, si elle avait parmi ses élégantes muettes, une poupée peule.
« Pas de poupée peule ici ! » s’exclama- t – elle avant de rajouter avec un large sourire : « Ma mère est peule mais mon papa d’abord ! »
Au même moment, je découvrai une banderole couvrant son stand où était inscrit « contre l’immigration clandestine. » 

  J’appris que Ndeta avait perdu ses deux fils dans l’Atlantique.  

Celle que je compare avec Ndete Yalla en était vraiment une, quand elle se mit à nous raconter son drame et le combat qu’elle livre pour dissuader les jeunes de prendre les pirogues du désespoir.   En évoquant son drame, elle ne cessa jamais d’y mêler le souvenir de son vieux père, un ancien combattant avec qui elle semblait avoir des relations presque fusionnelles, et qui de son vivant avait tenu à la mener jusqu’à Fréjus, et lui avait décrit comment seul, il y avait vaincu deux soldats.


Au final, je pris trois gros fruits de Baobab encore dans leur gousse. Ndeta en déclina toutes les vertus sans ton de publicité.    Elle ne voulait plus me donner un prix. La marchandise était devenue mienne. Elle promit de ramener des poupées peules à la prochaine fois. 

  Je ne pensai plus à la poupée peule. C’était sans doute l’effet de la claque de l’Atlantique.  

Ma visite s’arrêta là. Je renonçais au pavillon des oiseaux. Pourtant en pénétrant dans le Salon, j’avais dans la tête une histoire de perroquets. Je venais de quitter un lieu où les merveilles de la technologie transforment d’alertes  jeunes et belles au bois dormants en Perroquets durant leurs heures de travail. 

  C’est ainsi aussi  que s’évanouirent la grosse envie de goûter au haako d’une reine de Saveurs, en même temps que l’’élan pour feuilleter le magazine Emergences-Plus.

   Je m’obstinais encore à penser que les animaux étaient mal à l’aise. Quand je sortis du Salon de l'agriculture, je réalisai que c’est le ciel et la terre qui devaient leur manquer.
*** Ndeta Yalla, dernière reine du Wajlo (Sénégal) .

Safi BA

PS : les paroles d’une femme chef d’entreprise sur les mutations des sociétés africaines sont d’une telle intensité qu’elles mériteraient à elles seules un texte.