Des étoiles plein la tête

Publié le 02 mars 2009 par Dalyna

Vous avez vu, le guide Michelin a récompensé le resto du Bristol d’une étoile supplémentaire. Suis trop fière. Nooon, le Bristol n’appartient pas à mon père, mais on peut dire que j’ai participé de mes petites mains à son succès. Bon, ok, je n’ai jamais mis non plus les pieds en cuisine… Mais durant 2 semaines, j’ai astiqué, frotté et fait briller quelques recoins de ce luxueux palace.

J’avais 17 ans, et n’étant pas encore majeure, je ne pouvais pas bosser pour Mac Do comme tout jeune qui se respecte (enfin… on se comprend, pas Jean Sarkozy ni Jessica Sebaoun). Alors, par un jeu de relation, j’atterrissais non pas à la tête de Banque Populaire/Caisse d’Epargne, mais comme femme de ménage au Bristol. Ben oui, chacun son réseau hein.

C’était mon premier job et j’en garde un souvenir mémorable : celui de mon premier choc des civilisations. Alors que je m’y rends vêtue d’un baggy, chewing-gum en bouche et walkman aux oreilles, à peine arrivée, le chef me tend une tenue de soubrette. Il me fait visiter l’hôtel, et tout de suite, je sens une espèce de gravité dans sa voix, dans le regard des gens… Je ressens une sorte de pression, alors qu’en arrivant, je me disais « bon ben je vais faire le ménage quoi ». Mais non, car je n’avais pas compris un truc. C’est que le ménage au Bristol, on ne le fait pas comme chez nous ou dans un quelconque resto. On le fait de façon distinguée pour des gens distingués. Ben oui, vous savez, les gens riches qui se payent la nuit à 1 000 dollars, ceux qui ne vont pas aux toilettes quoi.

On m’a briefée sur tout : les produits d’entretien, la piscine, la salle de sport, le sauna, les horaires de taf, tout tout tout, sauf un truc fondamental. Avec le recul, je me dis qu’ils auraient vraiment dû m’épargner un peu d’Ajax pour se concentrer plutôt sur ça : « T’es qu’une merde de femme de ménage qui va travailler pour des gens supérieurs à toi ».

Si on m’avait dit ça tout de suite, je vous jure, ça m’aurait trop aidée.

J’aurais mieux compris qu’un jour, une vieille peau de responsable de femmes de ménage ou j’en sais rien, qui a dû bien en chier dans sa carrière pour en arriver là, se pointe un jour face à moi, sortant de nulle part, et me balance d’un ton sec et snob :

« Vous êtes qui ? »

J’aurais mieux compris à ce moment là l’absence de « Bonjour » et le vif « Arrangez vos cheveux ! » qui a suivi. Parce que je vous jure, sur le moment, j’étais larguée. J’avais l’impression d’être dans une autre dimension.

J’aurais mieux compris aussi le regard d’une gamine de mon âge, cliente de l’hôtel avec ses parents à qui j’ai tenu la porte, et qui, en plus de ne pas dire « merci », passe à ma hauteur en me toisant du regard.

Résultat, faute de briefing adapté, je me suis fait virée au bout de 2 semaines pour « problèmes avec les clients ». Ouais parce que la gamine mal élevée, ben elle a eu droit en retour à un aussi joli et profond regard que le sien. Je suis polie moi. Quand on me demande l’heure, je réponds. Et puis, y’a eu une autre dame, non seulement j’ai malencontreusement pénétré dans la salle de bains alors qu’elle se douchait, et comme si cela ne suffisait pas, j’ai jeté sa serviette neuve dans le sale. Bon, je le reconnais, je suis une calamité en femme de ménage. Mais grâce au Bristol, par la suite, je n’ai jamais autant brillé… en cours.