Magazine Journal intime

Festen

Publié le 14 avril 2009 par Corcky

Sais-tu, ami lecteur, que parfois les maximes les plus évidentes, celles que l'on attribuerait volontiers à Spinoza, Kant ou Foucault, nous sont en réalité délivrées par de vulgaires réclames télévisuelles?
Il me revient ainsi le souvenir d'une marque de glaces éminemment caloriques, qui avant de se lancer dans quelque campagne sponsorisée par Marc Dorcel et directement pompée sur celles d'un déodorant pour adolescents boutonneux sexuellement frustrés, avait inventé un slogan qui fit momentanément fureur, et qui disait:
"La vie est une question de priorité".
Oui.
Juste ça.
Lapidaire, direct, droit au bulbe.
On est tenté, au vu des changements récemment intervenus dans le calendrier parlementaire, de se prosterner aux pieds des grands manitous de la communication et de rouler un énorme patin admiratif aux émules de Jacques Séguéla, tant il est vrai que ce banal jingle publicitaire prend aujourd'hui, avec le recul, des allures de prophétie post-moderne.
Car figure-toi qu'après s'être pris un sévère et douloureux coup de boutoir dans le postérieur après le surprenant rejet de la loi dite "Hadopi" par l'Assemblée Nationale, notre bon et merveilleux Président de la République a annoncé, par le biais de son non moins bon et merveilleux secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, que le texte allait être revoté au pas de charge et approuvé fissa par le bêlant troupeau des parlementaires UMP (qui sont à la vie politique française ce que les figurants hors-champ sont au cinéma d'action, la seule différence se situant au niveau des émoluments perçus).
Pour ce faire, néanmoins, il fallait faire de la place dans le fameux calendrier parlementaire (l'équivalent national de la liste de courses de Nicolas Sarkozy).
Il a donc été proposé, ne ris pas, de renoncer à un texte de loi sur l'inceste qui devait être discuté à partir du 28 avril, afin de le remplacer par un second vote "Hadopi".
Voilà un signal fort, d'une fermeté salutaire et d'un courage sans précédent, envoyé à tous les pères, oncles, frères ou cousins qui seraient tentés d'abuser d'un gamin de leur famille:
Il est interdit de télécharger des films ou des albums estampillés Universal, Sony ou MGM, que ce soit avant, pendant ou après avoir violé son petit-fils ou sa fille. Tout contrevenant verra sa connexion internet suspendue pour une durée pouvant aller jusqu'à un an.
Personnellement, me voilà grandement rassurée, moi qui, depuis quelques mois, me rongeais les sangs jour et nuit en pensant à la paupérisation inéluctable que le téléchargement illégal allait entraîner chez des artistes déjà économiquement fragilisés comme Johnny Hallyday, Thomas Dutronc, Danny Boon ou Madonna.
Tout rentre donc dans l'ordre, et gageons que, des salons huppés de Neuilly sur Seine aux corons grisâtres de Lens, en passant par certains bancs de l'Assemblée nationale, les délinquants sexuels et les pervers en tous genres doivent dores et déjà se frotter les mains.

Résumons donc, si tu le veux bien, car nos petits esprit étriqués de vulgus pecum ont parfois du mal à saisir ce qui relève de l'intérêt supérieur de la Nation (après tout, nous n'avons pas fait l'ENA et sommes intellectuellement incapables d'assimiler l'ensemble des décisions que l'élite prend pour notre bien à tous):
Télécharger des disques ou des films en toute illégalité, c'est mal.
Discuter à plus de trois personnes en bas d'un immeuble aussi.
Remettre en question des licenciements massifs décidés par des actionnaires ventrus et pansus dont l'argent de poche équivaut à soixante ans de SMIC, c'est criminel.
En revanche, assouvir des pulsions occasionnelles sur la petite Gudule ou le jeune Tartempion, c'est au pire l'expression d'une douloureuse et compréhensible frustration sexuelle, fût-on un élu de la République.
Toucher une retraite annuelle de quelques millions d'euros en pleine crise économique, ça s'appelle la Loi du Marché.
Et détourner des fonds publics afin de gonfler un peu ses comptes en Suisse ou au Luxembourg, c'est somme toute presque normal.

C'était quoi, déjà, le slogan dont je te parlais au tout début de ce billet?


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