Dylan à travers la vie

Publié le 17 avril 2009 par Jlk

COME BACK. Le 28 avril sort Together through Life, son nouveau disque, alors que sa tournée se poursuit : le 20 avril à l’Arena de Genève. Vient en outre de paraître : la réédition en poche de Bob Dylan – une biographie, de François Bon. Qui évoque sa passion.
Le voile du secret flotte avant la sortie du nouvel album de Bob Dylan, 68 ans et «ressuscité» depuis un bout de temps. Seul le titre de l’opus est déjà connu, qui évoque la traversée partagée d’une vie, alors que le site officiel du Maître diffusait récemment l’un de ses morceaux, Beyond there lies nothin’, « au-delà plus rien». Et François Bon, qui relaie ces dernières nouvelles sur son site internet personnel www.tierslivre.net) de relever : « avec cette inimitable connotation de mort et de route éternelle qui signe ses textes »…
Bob Dylan héritier de Rimbaud et pair du poète beatnik Allen Ginsberg, plus que « star »de la contre-culture américaine : tel est le créateur génial, nourri de Poe et de Brecht (son maître revendiqué en matière d’écriture) dont François Bon, dans son ouvrage, reconstruit l’image claire-obscure et à facettes, pas loin du portrait kaléidoscopique d’ I’m not there, le film de Todd Haynes (2007) fragmentant le personnage par le truchement de six acteurs…
« A l’origine, confie François Bon, c’est la passion d’un môme de quinze ans du fin fond du Poitou qui se sent vibrer à l’unisson de l’Amérique nouvelle, comme toute une génération de la fin des sixties, à l’écoute de cette drôle de voix nasillarde…». Romancier plus que reconnu, et pas vraiment du genre à bricoler des bios de stars vite faites pour le dinar, François Bon avait déjà brossé une premier portrait de groupe-et-d’époque dédié aux Stones (Fayard, 2002), avant d’aborder Dylan. « Je m’y suis mis après avoir découvert ses fascinantes Chronicles, où l’on découvre mieux son jeu avec l’autofiction et son génie d’écrivain, et j’ai eu envie de combler certaines zones restées obscures au moyen d’une nouvelle masse documentaire que n’avaient pas utilisé les biographes incontournables du moment, notamment Howard Sounes. »
Plus qu’à des faits nouveaux à caractère saillant, le biographe éclaire des moments-charnières de la vie de Dylan, comme l’année 1962 où, après une année de fac, le jeune homme de 19 ans va chanter des chansons de cow-boy dans un bled perdu où défilent les retraités amateur de décors pseudo-western, avant de s’inventer un nom et un personnage, qu’il disjoindra prudemment de sa personne privée dès le milieu des années 60. Autre épisode significatif : lorsque sa compagne Joan Baez lui offre un beau piano tout neuf, alors qu’il n’en a, lui, qu’à sa machine à écrire… »
Tour à tour attachant ou insupportablement égocentrique, fragile ou implacable quand il s’agit de son art, le Dylan de François Bon est approché par un connaisseur accompli des artisanats très exigeants de la musique et de l’écriture, autant que des embrouilles psychologiques et sociales d’un univers souvent redoutable. Certes beaucoup moins exposé que les lascars de Led Zeppelin (dernier sujet documenté par l’écrivain) mais en proie à ses propres démons, entre éclipses alcooliques et fuites dans la religiosité, le vrai Dylan est à rechercher dans ses avancées créatrices plus que dans ses tribulations «trop humaines». Sans l’idéaliser pour autant, François Bon parie pour le meilleur de l’artiste, fût-il souvent insaisissable…
François Bon. Bob Dylan – une biographie. Le Livre de poche, en librairie le 15 avril.
Bob Dylan, Together through Life, dès le 28 avril. Dossier Dylan sur www.Tierslivre.net avec une belle évocation d'un des derniers concerts de la tournée actuelle, par Arnaud Maaïsetti.

Le top 3 de François Bon


Blonde on blonde. Sony.
Le premier double album de l'histoire du rock et peut-être le meilleur de Dylan. Courant 1966, il quitte New York pour Nashville, quelques brouillons en poche. Les pros de Music City découvrent alors un poète halluciné, gavé d'amphétamines. « Avant la chute, c’est un des miracles qu’il faut retenir, entre autres. Les disques de Dylan sont les témoins de leur exacte période, des techniques d’enregistrement et de la façon dont il les détourne. Celui-ci, enregistré en deux fois trois jours en 1966, est un monument définitif. »


Live at the Gaslight. Columbia, 2005.
En réédition chez Columbia, revit ici le fabuleux concert d’avril 1962 au Gaslight, un café-concert au beau milieu des rues froides du Village. Sur la scène, un gringalet chante de sa voix nasillarde des airs hérités de Woody Guthrie et des traditionnels folk. De la pure poésie, évoquant l'actualité avec ironie et lyrisme (A Hard Rain's A-Gonna fall). On se laisse porter par la pure beauté de Moonshiner, par la douce mélodie injectée de venin de Don't Think Twice (It's Allright). On retrouve la même magie que sur son premier album, sorti la même année.
Tell Tale Signs. Rare and unreleased 1989-2006. Vol 8. Columbia/Legacy.
Dans la série des Bootleg, les deux CD de cet « album de l’année » (aux Etats-Unis) revisite les moments que Bob Dylan évoque dans ses Chroniques où, au plus bas, avec Daniel Lanois, il va renouer avec la grâce. En témoignent des chansons miraculeuses comme Political World, Dignity. Entre autres premières prises avec Lanois, deux guitares sèches et le pied qui racle le plancher : l’étrange Series of Dreams ou A hard rain gonna fall en écho à la guerre froide et la menace nucléaire…

Cet article à paru dans les éditions de 24 Heures et de la Tribune de Genève du 15 avril 2009.