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Peut-on parler sereinement d'Israël en 2009 ?

Publié le 15 mai 2009 par Amaury Watremez @AmauryWat

Haifa_Israel_by_David_Shankbone.jpgD'un côté on a les listes anti-sionistes de Dieudonné qui cache de plus en plus mal au bout du compte sa judéophobie, de l'autre côté on ne peut pas émettre la moindre critique sur Israël sans passer pour un affreux anti-sémite, une bouture de nazillon. Ces deux extrêmes ont pour conséquence l'impossibilité d'une discussion sereine sur le sujet, en exposant les faits simplement. De toutes façons, on ne discute pas avec un judéophobe, comme avec un stalinien ou un nostalgique de Salo, sa haine est irrationnelle, on ne peut donc pas être rationnel avec, c'est de plus lui faire de la publicité en le plaçant au cœur du débat (et s'en faire également en passant). Les deux démarches quant à moi m'inspirent la même dégoûtation car elles favorisent toute deux la haine. Le judéophobe voit le peuple juif comme dans les affiches de Vichy (nez crochu, et...) ce qui est d'une stupidité monstrueuse, ceux qui poussent des cris d'orfraie dés qu'un taré graffite des croix gammées quelque part l'encouragent dans ce point de vue stéréotypé car finalement ils donnent le sentiment de partager la même vision d'une judéité qui se réduit au ghetto et le répandent en somme. On notera d'ailleurs que celles qui ont été faites sur les piliers de la basilique de Saint Denis, agrémentées d'injures haineuses contre les juifs, n'ont pas donné lieu à beaucoup de manifestations d'émotion. C'est aussi méconnaitre la réalité : en Israël, au moins quatorze communautés d'essence juive cohabitent ; on peut même se demander si ce n'est pas malheureusement la guerre le seul ciment de ce pays hétérogène. Des tensions très fortes existent entre elles, manifestées par des modes de vie et de compréhension de leur origine commune extrêmement divers : des falashas aux séfarades. Et comme en Occident, de plus en plus, on ne veut pas entendre parler de règlement raisonné de la question, on préfère l'affrontement, sans se soucier des conséquences là encore, et celles-ci peuvent être la guerre civile. Veut-on vraiment la guerre civile ? Oublie-t-on que ce sont toujours les plus faibles, en particulier les enfants, qui en pâtissent, et que cela finit toujours par une tyrannie imposée à un troupeau docile qui a suivi les plus violents par bêtise et, ou, lâcheté.

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Personne ne peut remettre en cause l'existence d'Israël, qui est également la seule démocratie de cette région du monde. Personne ne peut remettre en cause non plus tout ce que les « kibbutzim » en particulier ont réalisé en faisant « fleurir le désert ». Mais personne ne devrait remettre en cause également le droit international et les décisions de l'ONU : le partage des terres, le respect de la liberté de circulation, de l'intégrité des territoires souverains. A Gaza ont été utilisées des bombes au phosphore par exemple, en quoi la souffrance infinie de la Shoah peut-elle justifier une seule seconde l'emploi de telles armes, car quand on parle de cette guerre on balance les morts de l'Holocauste dans la balance. Il me semble que non. On ne peut pas mettre des massacres en balance, on ne peut pas choisir sa compassion, ou le devoir de mémoire. On fonctionne également seulement à l'émotion, on doit pleurer à chaudes larmes mais surtout pas réfléchir aux moyens permettant d'éviter cette violence. C'est ce que l'on reproche au Pape actuel, de ne pas être assez expansif, alors que lui, comme son prédécesseur d'ailleurs, constate des injustices et des iniquités évidentes et en tire des propositions raisonnables. Les tirs de roquettes sur le Sud d'Israël ne sont absolument pas justifiables, personne ne niera la peur et l'angoisse des populations les subissant, tout comme on ne devrait pas nier les conséquences de l'intervention israélienne à Gaza. Il faut peut-être en chercher les causes ? Depuis vingt ans, on ne favorise le dialogue qu'avec la frange de l'Islam la plus radicale, par ignorance, par facilité, et par cynisme arguant de la corruption des partis Baas, ou des mouvements laïcs fondés par des chrétiens en majorité et inspirés par le baassisme comme le Fatah; les gouvernements occidentaux mais aussi les israéliens eux-mêmes qui étaient prêts à accorder à des fondamentalistes un terrain pour bâtir une mosquée en face de la Basilique de Nazareth.

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C'est en plus un affrontement fratricide, israéliens et arabes partagent les mêmes origines sémites, l'affrontement est déjà de ce point de vue absurde. Il l'est d'autant plus que les israéliens ont besoin de la main d'œuvre palestinienne et de son savoir-faire, et que les palestiniens ont besoin des techniques développées par les israéliens, dont celles d'irrigation plus performantes. En Occident, on pousse en l'occurrence au crime un côté et l'autre en soutenant de manière acharnée et jusqu'au boutiste l'un ou l'autre côté, sans risques, d'aucuns pour se donner le grand frisson du combat politique confortable, d'autres parce qu'ils n'assument pas leurs haines qu'ils ne pouvaient plus afficher à cause de l'horreur d'Auschwitz, maintenant il y a beaucoup de « décomplexé », y compris parmi les représentants dévoyés des trois religions, sans parler des idiots utiles qui défilent pour soutenir la Palestine à côté de dingues qui scandent des slogans judéophobes d'une bêtise crasse et dangereuse, comme certain humoriste qui en retire, hélas, une grande popularité dans les banlieues dortoirs et les quartiers difficiles grâce à la jalousie et la frustration des uns et une religion mal comprise. La meilleure preuve que c'est une guerre fratricide ce sont les oranges de Gaza dites de Jaffa, cueillies par les palestiniens, distribuées par les israéliens, ceux d'Ashquelon ou Tel Aviv qui allaient faire leur marché à Gaza justement et acheter de la Hi-Fi à Ramallah, ceux de Haïfa défendant les droits des travailleurs de Palestine dés 1926. C'est comme si la solution était là à portée de main mais que personne ne fait l'effort de tenter la réconciliation qui n'est pas si difficile au bout du compte.

En  photos : Haïfa, ville israélienne à mon avis modèle de ce que pourrait être la paix dans cette région, un individu que je ne nommerai pas et le mémorial Yad Vashem


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