Laura, votre envoyée spéciale - et fabuleuse - au procès Colonna. (3)

Publié le 10 juin 2009 par Sosprozac

M’imaginer à court d’excuses serait une faiblesse de votre part, sachez-le, et gardez-le pour acquis.

J’ai peur du coiffeur.

Chacun de mes rendez vous se clôt sur une amputation post traumatique, engendrant torrents de larmes et montagnes de pépitos, aussi espace-je les visites.

Mais, inéluctablement, vient le moment où le sobriquet de Dalida devientun fardeau trop lourd à porter. Il est alors inutile de demander pour qui sonne le glas : il sonne pour moi.

 Cette année, forte de mes dramatiques expériences capillaires passées, je décidai de me rendre dans une école de coiffure. Quitte à se faire massacrer, autant payer 5 euros.

La coiffeuse surgit de derrière son lavabo, l’œil vitreux, mais le cheveu frétillant. Blond dessus, noir dessous, les deux couleurs se mêlant approximativement dans un imposant dégradé à la Robert Plant, que pas même Stairway to Heaven n’aurait pu justifier.

Elle est bientôt rejointe à la vasque par son mentor : carrure d’asticot, peigné d’un carré gras et ondulé. Ma peine à le décrire m’a conduite à entreprendre quelques recherches afin de vous fournir un visuel. C’est ainsi que je connus l’existence de Benjamin Galopin, coach de top models sur M6.

Glacée d’effroi par cette terrible double-vision, je fis front à leur rhétorique - « les cheveux longs, ça fait lycéenne de 12 ans au café philo ; ça te donne aucun style, il faut exploiter ton capital » - et parvins à leur exposer mon aversion pour les coupes emo/kikoulol/tecktonique, les jean slim et Robert Pattinson ; qu’à 16 ans, j’avais les cheveux rouges et écoutais Guns’n’roses, mais que j’étais désormais bien trop vieille pour ces conneries.

Non seulement ils ne m’entendirent pas, mais je présume qu’ils le prirent personnellement.

En plus d’être mal peignés et malpolis, ils firent fi de mes couinements désespérés – nonnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnméjaidiquelespoiiiiiintes – et se livrèrent à un véritable génocide capillaire.

Défigurée, meurtrie, je me fis alors maintenir dans un coma artificiel – la douleur était trop grande, toutafé.

C’est désormais partiellement rétablie – j’ai toujours le cheveu plat, asymétrique etanarchiquement rebiqué – que je clos mon affaire Colonna.

  

Avant.   Après.

Terrassée d’inanition, je constatais l’ubiquité du jambon dans les sandwichs de la cafet du Palais de Justice, et me rabattais sur des madeleines sous vide, [respirez] dont la seule vision aurait horrifié Proust à un point tel qu’il n’aurait jamais écrit, dispensant conséquemment les lycéens de longues heures d’ennui et de confrontation à une temporalité vide – poil au bide.

A part ça, nous avons été éclairés sur le fonctionnement de la DNAT (c’est la CTU française, mais sans Jack Bauer. Française, quoi.).

Apprenez que les employés y chassent les membres de l’ETA et d’Al Quaïda avec des filets à papillons, et les invitent à boire de la limonade à la grenadine. Les terroristes, coopérants, avouent tous leurs méfaits, sans contrainte aucune, avant de sautiller gaiement jusqu’à la jolie prison, où ils vont réfléchir, quelques temps, aux conséquences de leurs actes, avant de réintégrer la société – poil au petit poney.

C’est de cette manière que se sont déroulés les interrogatoires de Mme Alessandri – épouse de Mr Alessandri, tueur autoproclamé du préfet.

   

Mr Alessandri.   Mme Alessandri.

« Elle a beaucoup parlé, sans contrainte. Sa déclaration était spontanée, ça s’est passé d’une manière tout à fait normale ».

 « Son mari partait souvent la nuit, sans rien lui dire, et le lendemain, elle apprenait dans les journaux qu’il y avait eu des attentats. Mais elle n’a jamais osé rien lui demander. Il était mari la journée, terroriste la nuit, même qu’on a retrouvé une Batmobile dans son local de distillerie d’herbes aromatiques ».*

 * Bon ok, la Batmobile c’est de moi. Le reste, c’est du Mr de la DNAT chargé des interrogatoires de Mme Alessandri.


(Sinon, Mme Castella avait également « beaucoup parlé », et balancé son mari. Sauf qu’il a finalement été acquitté, parce qu’il n’a jamais participé à l’assassinat.

M’enfin bon).

 

Finalement, Colonna a décidé de ne plus cautionner cette mascarade, cette parodie, cette honte faite à la Justice.

Il est parti.

Moi aussi.