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Brèves de naissances (2 de 2)

Publié le 25 juin 2009 par Danielrondeau

Malgré toutes les avancées médicales, le repos et le milieu hospitalier demeurent incompatibles. Tout comme la lecture des dossiers des patients et le travail infirmier : on devra répéter toutes les informations sur ce qui s'est passé à la moindre blouse blanche (ou à motif de fée ou de Babar !) qui vient prendre la pression, la température, le pouls, le thé, etc. Entre les 547 visites, les réveils de bébé et les cauchemars, Dame V parvient à dormir quelques minutes.

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Il y a vraiment des gens que la vue de Babar rassure ?

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Enflée, vidée de son sang, traumatisée, piquée de partout, Dame V semble revenir de la guerre. Elle en revient, je l'y ai vue. Que l'humain persiste à se reproduire après la connaissance de tels accouchements (et il y en a des pires) est désormais une énigme.

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À chaque fois que Dame V a besoin d'un médicament, elle sonne. Une infirmière se pointe, gentille, et promet de revenir immédiatement avec ledit médicament. Sauf exceptions, il faut toujours sonner une deuxième fois. Chaque fois, elle a oublié. Il faut dire que notre chambre est à sept pas du bureau des infirmières... «On reçoit beaucoup d'appels des patients, vous savez...» nous sert-on en excuse. Je n'en doute pas. Mais je connais un truc pour que le personnel infirmier reçoive la moitié moins d'appels des chambres...

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Partout, sur les murs, des affiches faisant la promotion de l'allaitement maternel. Des dessins pastel et des photos aux contours artistiquement flous nous montrent des femmes aux seins généreux donnant la tétée à des bébés bien ronds dans une sérénité près du nirvana. Si ce type d'allaitement a de nombreuses vertus, il n'a pas celui de donner talent et bon goût.

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Durant tout notre séjour, une seule infirmière s'est assise avec Dame V pour s'informer de ce qu'elle vivait. C'est aussi la seule qui a dit qu'entre le lait maternisé et le lait maternel, l'important était de se sentir bien et d'être présent pour l'enfant, mais de son propre aveu, elle n'a pu nous le dire que la porte close, l'allaitement étant la seule option envisageable à l'hôpital. Malgré toutes les bonnes intentions, les religions sont toujours les mêmes.

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Le médecin nous répète que Dame V est trop faible pour se lever seule, même pour un tour aux toilettes, car elle pourrait perdre connaissance. Il est donc hors de question qu'elle se lève pour prendre le bébé.

En avant-midi, je quitte une heure pour aller prendre une douchette, ramasser quelques vêtements et m'assurer que mes parents s'arrangent bien avec ma plus vieille. Pendant mon absence de l'hôpital, Clovis s'est réveillé. Dame V sonne pour que quelqu'un le lui apporte. L'infirmière de jour chargée de notre secteur lui dit sèchement que je dois revenir, qu'elle n'est pas là pour catiner, et elle repart. C'est avec ses vertiges et la moitié de son sang que Dame V ira chercher le petit pour le ramener dans son lit. Elle m'appellera, au bord des larmes d'épuisement, 35 minutes après mon départ.

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À l'hôpital, on insiste pour que les papas s'impliquent, mais on ne leur donne rien à manger, on les ignore et on les fait dormir sur des lits d'un centimètre d'épais «dont je ne peux garantir la propreté», dixit notre «dévouée» infirmière de jour. Heureusement, ça sent le bébé partout. Ça apaise.

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Depuis le début, l'infirmière de jour me parle comme si je souffre d'un léger retard mental, en m'enseignant que le bébé n'est pas un petit chat et en me parlant avec des «Monsieur, tu vas...» et des «Ta madame doit...» Quand je serai vieux et à l'hosto, j'espère ne pas tomber sur elle sinon je lui fous des coups de cannes en lui donnant des leçons de vouvoiement. (Tiens, ça me donne des idées pour mes cours à l'automne prochain...)

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Avec les repas, on fournit un bout de papier sur lequel est décrit le menu offert. Heureusement parce que rien n'a de goût. Et devant le pain blanc des déjeuners et les fruits en conserve, que personnes ne me servent l'argument de l'aliment santé (sans sel ni sucre). Ce midi, bœuf à la mode (sic !) Dame V a donc droit à sa ration de brun quotidien.

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Ma fille la plus vieille ne peut venir voir son frère à l'hôpital à cause de la grippe A, une grippe somme toute bénigne qui fait moins de morts que la grippe dite «normale» que l'on affronte tous les ans depuis des siècles. D'ailleurs, question de faire paniquer le monde, je tiens à rappeler que la grippe, même celle pas A, a toujours été une maladie pouvant être mortelle. Le personnel à l'entrée m'explique avec de grands yeux que c'est maintenant une pandémie. J'aurais dû leur rappeler que c'est un constat d'étendue géographique, une pandémie, pas de virulence, et que si le virus a maintenant atteint le désert de Gobi, ça ne devrait pas empêcher les grandes soeurs de voir leur frère naissant. La mésinformation aussi est une pandémie. Et elle me tue.

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Après une journée et demie de supplice, malgré les 2 sacs de potion magique qui attendent Dame V, on demande (lire exige !) de recevoir notre congé. Comme l'hôpital déborde, on n'a pas à se battre trop longtemps. Notre infirmière de jour exige qu'on lui montre notre siège de voiture avant de partir, ce que je fais quelques minutes plus tard. Elle me répond qu'elle n'a pas le temps car c'est son heure de dîner. Derrière elle, l'horloge indique 11h53. Je soupire. Il existe une site RateMyNurse?

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Depuis, Dame V va beaucoup mieux. Ce soir, nous avons marché jusqu'à la crèmerie au coin Des Écores et Beaubien. La petite en a partout, le petit dort dans mes bras, le soleil nous chauffe encore la peau malgré qu'il soit 19h40. On est 4, on prend toute la largeur du large trottoir, et on sourit.


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