Chagrin et cour d'école...

Publié le 26 juin 2009 par Tazounette


C’était mercredi soir, peu après 23h…

Au cours de la soirée déjà, je l’avais entendue chouigner à plusieurs reprises. Comme mes filles ne se réveillent JAMAIS la nuit, sauf pépin... Je pensais qu’il devait y en avoir un. Et pour aider ma grande, il fallait bien qu’elle m’en dise un peu plus.

Plusieurs fois, j’avais donc fait irruption dans sa chambre mais ma grande, même chouignante, dormait. D’un sommeil agité, cependant. Elle avait chaud à force de se retourner.

J’ai cru à des cauchemars mais n’étant pas sujette à la chose, je restais dubitative.

Vers 23h les chouignements se sont légèrement modifiés. Plus profonds, ils devenaient des pleurs…

Depuis que ma petite est née, je me suis mise dans l’idée que je ne savais pas consoler.

La grossesse de ma petite a été un calvaire de solitude. Elle est née au cœur de la tourmente… Je suppose que je lui ai tout communiqué de mes angoisses. Tout. Je n’ai rien pu garder pour moi. Partageant mon corps, mon sang et mes entrailles, comment pouvais-je un seul instant penser que je la protégeais de mes propres états d’âmes ? J'ai donc mis au monde une hyper-sensible... 

Lorsqu’elle se met à pleurer, c’est un pur déchirement. Et plus je la prenais aux bras, plus ses pleurs se renforçaient. Cela est toujours vrai aujourd’hui… Quand elle est tout contre moi, elle sait que ses cris, à force, provoquent non de l’empathie mais de l’agacement. Et moins elle se calme, plus je m’énerve (intérieurement), plus elle le ressent et plus elle pleure. Un cercle vicieux que seul mon éloignement tempère, modère et brise…

Déjà lorsqu’elle n’était qu’un petit bouchon tout en finesse d’à peine 45 petits centimètres, tout de suite j’ai su et compris que je ne pourrais pas la garder aux bras pour la bercer… Alors, quand ses pleurs devenaient trop forts, je la déposais dans son couffin. Je la regardais s’époumoner sans rien pouvoir faire pour elle.

Il suffisait alors de quelques minutes pour qu’elle trouve son pouce et s’endorme de fatigue. Me laissant, moi la mère inutile, de côté. Et me permettant du même coup, de me calmer moi aussi…


Je n’étais donc pas très fière sur les coups de 23h10 lorsque j’ai ouvert la porte de leur chambre et que je me suis approchée du lit de mes filles.
J’ai posé délicatement ma main sur la joue de ma grande. Lui demandant ce qu’elle avait. Elle fut un peu perturbée par mon irruption soudaine. Puis ma main sur sa joue l’aidant, les gros sanglots se mirent à affluer vers sa gorge et elle pleura à chaudes larmes. Je l’attrapai alors. La pris dans mes bras et nous sortîmes de la chambre, ne voulant pas réveiller la petite sœur du même coup.

Nous nous sommes installées dans le canapé, ma grande à califourchon tout contre mon ventre. Sa tête reposant sur mon épaule, son petit nez contre mon cou. Je lui caressai les cheveux en lui parlant. Lui demandant de me dire ce qui n’allait pas. Qu’il ne fallait pas qu’elle reste comme ça, que ce n’était pas bon pour elle de ne pas dormir ou de mal dormir.

Je continuais à la caresser en lui disant bien qu'elle pouvait tout me dire. Que j'étais là pour la comprendre, pour l’écouter et pour l’aider. Je la sentis se détendre.
Je lui demandais si c’était de ma faute. Si j’avais fait quelque chose de pas bien. Elle me fit non de la tête. Je lui demandai si on l’embêtait à l’école. Elle me fit non de la tête.
Je lui répétai qu’elle pouvait me parler, que si elle me racontait, on trouverait une solution à tout ça. Qu’il ne fallait pas qu’elle reste avec tout cela dans sa petite tête et que si elle pleurait, c’est que peut-être c’était un peu trop lourd.
Elle pleura encore un peu, puis elle prononça « C’est Z*, à l’école, elle m’embête et elle me tape, elle n’est pas gentille, Z* ». Toujours la caressant, je lui demandai s’il n’y avait que Z* et rien d’autre. Je lui expliquais que moi aussi parfois je donnais des fessées, je lui demandais alors si c’était ça aussi qui lui faisais de la peine, elle me fit non de la tête. Je continuais sur mon idée, lui expliquait que sa sœur cherchait souvent le rapport de force, que ce n’était pas son cas à elle mais que parfois j’utilisais les mêmes procédés mais que peut-être j’avais tort. Je lui demandais de me dire, le jour où je mettrais une fessée injuste. J'y veille beaucoup. Je suppose que ça n’arrive pas, mais sait-on jamais.


Elle me fit oui de la tête.

Je lui demandai alors si elle voulait que j’en parle à la maîtresse le lendemain. Elle me fit oui de la tête. Je lui fis encore un grand câlin. Des bisous et puis elle se mit sur ses jambes et me dit « Je veux aller dormir, maintenant, maman ».


Avant même que je lui réponde, elle était déjà dans sa chambre à escalader son échelle pour se remettre au lit. « Fais attention, mon petit cœur ».

Je lui fis un dernier baiser et elle s’endormit. Comme un bébé. Jusqu’au matin...

 


C’est si grand la confiance d’un enfant…


 

Nota : La maîtresse était arrivée lorsque nous sommes entrées dans la classe. Je lui expliquai l’incident et elle me répondit que ça ne l’étonnait pas. Que cette petite ne supportait pas les gamins qui n’avaient pas de répondant et qu’elle pouvait devenir méchante dans ces cas-là. Elle m’a promis qu’elle aurait un entretien avec elle…