Le trait

Publié le 14 juillet 2009 par Araucaria
 
Robert Delaunay.
Les fenêtres simultanées (2ème motif, 1ere partie)
Musée Guggenheim - New York -
"Je t'écris d'un pays difficilie - un lointain pays du Moyen-Orient où il se passe des choses terribles. C'est un lieu dont les habitants se battent les uns contre les autres avec une impitoyable sauvagerie. Ils veulent vivre chacun selon leurs coutumes et leurs croyances. Mais il semblerait bien qu'ils soient incapables de le faire par des moyens pacifiques. Ah si seulement ils pouvaient s'asseoir à une table et écrire mutuellement leurs expériences et leurs aspirations respectives! Ce serait sans doute un grand moment. Un miracle pourrait se produire.
Je suis convaincu que la main qui prend un crayon pour écrire peut aussi être celle qui s'ouvre à autrui, à la voix de la paix. Ce sont deux gestes (celui du corps et celui de l'esprit) qui interfèrent naturellement.
Nul devoir plus urgent aujourd'hui que de retrouver le crayon égaré du dialogue, si du moins nous avons la volonté de continuer à vivre sur cette terre. J'espère de tout coeur que toi et moi, nous allons travailler à cela ensemble.
Amicalement à toi."
Israël Eliraz
Le trait
Ce vert-là (peut-être un bleu
d'or vif), ligne devant l'onde de silence
qui s'illumine dans une odeur de paille presque
roussie, c'est plus qu'un trait entre moi et
ce qui me manque ici, toi
un nuage arive d'un coup, une pluie précise tombe,
fait monter jusqu'aux yeux le soir dans la douleur
qui, du coeur des choses, présage une nuit
peu facile. Le tremblé qui monte de ce tracé
est trop fin pour repasser dessus à présent
le voilà matière de mémoire
ce trait va vers le couchant
et seul est aussi accompli
le regard las qui se pose sur lui
Israël Eliraz
Texte et poème traduits de l'hébreu par Colette Salem
Lettres à la jeunesse - Librio n° 571 -