Scènes d'un mastodonte quotidien

Publié le 14 juillet 2009 par Anaïs Valente

C'est toujours les mêmes dans ce bus.  Toujours.

Ceux du matin.

Ces femmes qui parlent beaucoup.  Aujourd'hui elles parlent félins.  Les chatons sont nés.  Mignons mais qu'en faire ?  J'ai envie d'intervenir, je supporte pas ces gens qui font des « bébés » et n'assument pas ensuite.  La pilule c'est pas fait pour les chiens.  Enfin si.  Pour les chiens.  Et pour les chats.

Ces gens qui sont plongés dans leur musique, vive les lecteurs MP3.  Coupés du monde ou presque.  Ils nous offrent leur monde, tant la musique résonne d'un siège à l'autre.

Ce chauffeur pas toujours de bonne humeur, et celui-là qui semble adorer ça, celle-ci qui est sans cesse en retard (ah les femmes), et ce dernier, l'air bourru, mais si gentil pourtant.

Cette maman qui l'an dernier montait avec sa fillette dans une poussette.  Il y a six mois, la fillette lui tenait la main.  Actuellement, la fillette marche seule, tandis que maman pousse la petite sœur.  Les mois passent et les vies évoluent.

Cette enfant qui n'est plus vraiment une enfant, mais qui restera à tout jamais une enfant (suis-je claire ?), avec son papa, et avec sa maman.  Elle est si heureuse de vivre.  Elle sourit à la vie, en permanence, ignorant les bouchons, l'heure matinale, la vie qui passe.

Cette femme qui descend après moi.  Elle marche difficilement.  Et chaque matin, je me demande où elle va.  Chaque matin.  Je ne le saurai sans doute jamais.

Ceux du soir.

Ces jeunes un peu bruyants, ravis d'avoir enfin fini leur journée d'école.

Ce prêtre, habillé d'une longue robe noire, toujours la même, plus très fraîche.  Elle a vécu.

Cet homme avec un chapeau.  Ça se remarque, un homme avec un chapeau.  Il est tellement grand que même sans le chapeau, il serait remarquable.  Mais il y a le chapeau.

Ce chien qui promène cette femme.  Un lévrier.  Au fil des saisons, il est nu ou habillé.  Frileux, le lévrier.  Et peureux.  Il a peur de tout et m'émeut énormément.

Ce chauffeur qui attend la fin de sa journée, pour retrouver je ne sais qui, amoureuse, mère, père, femme, enfants.  Ou personne, juste son téléviseur, comme moi.

Cette petite vieille qui se dit que demain, elle ne prendra plus le bus à cette heure.  Trop de monde.  Mais demain, elle aura oublié.  Et demain, elle prendra le bus à la même heure.

Et cette femme qui s'assied toujours à la même place, du moins quand elle est libre.  Derrière le chauffeur.  Bien installée.  Un livre entre les mains.  Toujours.

Cette femme, c'est moi.