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Un homme affable VII.4

Publié le 15 juillet 2009 par Sophielucide

Paul m’appela au moment où je finissais cette lettre que je déchirai en petits morceaux pendant qu’il me racontait l’avancée de son enquête. Il parlait vite, d’une voix fébrile qui me communiquait un peu de l’énergie dont je venais de me délester. Rien que pour ça, je lui en savais grée et j’aimais cette voix rauque au bout du fil, cette voix d’homme qui ne tergiverse pas.

Il me confirmait que la personne empruntant le pseudo de Louve Solitaire demeurait à l’étranger. En Argentine, pour être précis. Cela l’avait interpelé et il s’était rendu au domicile des Massier. Les celés toujours posés sur la porte d’entrée, il avait fait demi tour et était passé par la loge du concierge qui lui avait indiqué que madame Massier avait élu domicile chez sa mère qui vivait en proche banlieue.  A quelques centaines de mètres de la clinique où nous nous étions rendus l’après-midi. Refaire le même chemin à l’heure des embouteillages lui avait pesé mais n’écoutant que sa conscience, il s’était livré à ce nouveau sacrifice alors même qu’il finissait sa journée de labeur. «  Et dire que je ne suis qu’un humble fonctionnaire de la République… ». Je saluais au passage, comme il souhaitait l’entendre,  ce  professionnalisme, que dis-je ce sacerdoce qui l’empêchait de mener l’existence paisible du citoyen lambda.

La mère de Monique Massier ne consentit pas à lui ouvrir sa porte sans mandat. Il eut beau lui rappeler qu’ils ne se trouvaient pas dans un feuilleton américain, elle n’entendit rien de ses allégations. Tout juste lui annonça-t-elle qu’il perdait son temps, que sa fille avait quitté les lieux la veille et qu’elle ne parlerait qu’en présence de son avocat comme la loi l’y oblige.

Il me demanda alors mon avis. Un avis ? Evidemment, ce qui coulait de source tenait dans cette nouvelle coïncidence des plus troublantes. Qui d’autre, à part Monique Massier se servirait d’un pseudo, de surcroit en Argentine ? Si tel était le cas, elle se plaçait de son propre chef en dehors de la loi, ce qui revenait à considérer une culpabilité que ni Paul ni Fabien n’avait acceptée jusque là. Ainsi, mon intuition ne m’avait pas trahie, j’étais dans le vrai depuis le début…  Paul me précisa tout de même qu’une vérification s’imposait, qu’il ne fallait pas tirer de conclusion hâtive etc etc…

Cela ne m’empêcha pas de sourire de contentement, surtout lorsqu’il me demanda comme un service de rendre compte à Fabien de cette nouvelle encore confidentielle.


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