J’aime les cimetières et, tout particulièrement, ceux de Paris. Ah, psychopathologie à tendance morbide, diront les psy-choses. Petite déprime due au retour de vacances, affirmeront les bien-intentionnés. Nenni. J’aime les cimetières comme d’autres aiment le cinéma, pour la vie qu’ils contiennent.
Oui, contrairement aux apparences, un cimetière est souvent plein de vie, surtout quand il fait beau. De retour de la gare, dimanche dernier, je décidai de rendre hommage au soleil éclatant de Paris en m’offrant une petite balade dans ces allées ombragées. L’afflux des touristes est étonnant. Le babillage de trois jeunes Japonaises - à moins qu’elle ne fussent chinoises - devant le tableau indiquant l’emplacement des “personnalités” du lieu me rappela à quel point certains noms sont internationaux. Elles allaient de surprise en surprise, commentant leurs découvertes à grand renfort de gestes joyeux. La mort n’a pas la même valeur pour tous.
Le long des allées, les visiteurs munis du plan obligeamment fourni par les services municipaux, tentaient de se repérer entre “avenue transversale”, “boulevard de l’est”, sections et divisions. Ah oui, la mort, combien de divisions ? Le mot de Staline prend ici tout son - ses - sens.
Parmi le dédale des tombes, je croisai une jeune dame énervée. “Vous cherchez quelqu’un ?” lui demandai-je, compatissante. “Oui, ma famille ! Ils sont nuls, à l’entrée, il m’ont donné des indications complètement bidon !…” J’avais imaginé un instant qu’elle cherchait Gainsbourg… Je décidai de m’éloigner des lieux fréquentés pour m’intéresser à tous ceux que j’appelle les morts “anonymes”, les inconnus, ceux qui n’intéressent personne et sur lesquels le regard glisse sans s’arrêter, comme cette Marie Dorval, dont ne subsiste plus qu’une image fanée et une épitaphe : “Morte de chagrin”. Pauvre petit personnage digne d’un roman du XVIIIe siècle oublié dans une bibliothèque… qui est en fait une actrice du XIXe siècle très connue, maîtresse d’Alfred de Vigny et grande amie de George Sand.
J’aime les monuments funéraires. Il parlent mieux des morts que ne le font les vivants. Ils sont l’image d’un chagrin passé que plus personne n’épouse, témoignent même parfois d’un désespoir dont le vide a été depuis comblé par la mort elle-même. J’aime quand ils reflètent une fierté oublié, un désir terrible de passer à la postérité alors même que pour certains, l’Histoire est demeurée indifférente et l’histoire peine à se souvenir d’eux ou de ce qui eût pu passer pour leurs exploits et n’étaient que faits aujourd’hui banals.
Merci à Fred, auteur de la photo, dont il a une vision complètement différente de la mienne, que vous pouvez retrouver sur son blog : Paris croque-note ou encore lire régulièrement sur “L’humanitaire dans tous ses états “.
Merci aussi au site landrucimetieres.fr, chez qui j’ai pris les autres photos, qui doit être l’indispensable ami des amateurs de cimetières.