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Nikos Kavvadias

Publié le 18 août 2009 par Araucaria

Je ne peux quitter la mer, les bateaux... J'avais dit que je reviendrais avec Nikos Kavvadias, ce marin poète grec... J'ai trouvé une traduction sur le net d'un de ses poèmes : Mal du départ...

En allant de port en port, j'ai toujours ressenti ce mal du départ, ou plus exactement celui de rester à quai, de voir les navires larguer les amarres sans que je sois passagère.

Il y a quelques jours, nostalgique sans doute, après avoir si bien voyagé avec Olivier Frébourg, j'ai recherché sur le net les bateaux de mon enfance de Nice à Saint-Malo, et je l'ai ai retrouvés...bien moins grands et imposants que je les voyais à la fin des années 50 et au tout début des années 60... Comme ils me semblaient majestueux alors, et que n'aurais-je pas donné alors pour faire la traversée, vers le Royaume-Uni ou la Corse... Je rêvais même de Terre-Neuvas et de pêche à la morue... je me souviens encore de l'odeur caractéristique de ces longs poissons salés qui étaient tirés des entrailles de "L'Alex Pleven" à quai dans le port malouin... L'aventure était à portée de main... Elle se poursuivait aussi avec ces ferries d'un autre âge, tous noirs et blancs, sauf le dernier d'un blanc immaculé, le "Napoléon", qui traversaient un bout de Manche ou de Méditerranée. L'aventure, les rêves liés à la navigation, le goût de l'inconnu, l'amour des bateaux et à jamais celui de la mer...

Je ne savais pas encore lire, mais observatrice, je les reconnaissais tous de loin et ne me trompais jamais...

- Sampierro Corso

- Cyrnos

- Commandant Quéré

attachés à Nice...

- Falaise

- Brittany

dont le port d'attache était Southampton...

Ces navires ont sombré ou rejoint depuis longtemps des cimetières marins, chers à Olivier Frébourg...

Nice, Southampton, Ajaccio, Bastia, vous avez été lorsque j'avais de trois à cinq ans, mes ports mythiques...

Comme l'a été aussi ce grand port du Pirée, découvert en ce début d'année, et dont j'avais rêvé petite en entendant la bande son du film "Jamais le dimanche" interprétée par Mélina Mercouri

En hommage à Nikos Kavvadias, je vous offre une escale au Pirée par un jour d'hiver gris et froid où la pluie s'est invitée au moment de l'appareillage... Le temps de lever l'ancre dans ce port mythique... Souvenez-vous, quelques notes de bouzouki, et ce refrain :

"Mon dieu que j'aime,
Ce port du bout du monde
Que le soleil innonde
De ses reflets dorés
Mon dieu que j'aime,
Sous les bonnets oranges
Tous les visages d'anges
Des enfants du Pirée."

Et pour moi sur un quai ou sur le pont d'un navire toujours ce :

MAL DU DÉPART

Je resterai toujours un amant platonique

des voyages lointains, du bleu des océans,

et je mourrai un soir à tout autre identique,

sans atteindre jamais l'horizon scintillant.


Vers Singapour, Madras, Alger ou l'Argentine,

les bateaux fièrement, comme avant, partiront ;

et moi, dans un bureau plein de cartes marines,

de registres, coincé, je tournerai en rond.


Je ne parlerai plus jamais de grands voyages ;

mes amis penseront que j'en ai fait mon deuil.

«Il était jeune et fou, voilà qu'il devient sage !»

dira gaiement ma mère enfin remplie d'orgueil.


Mais un soir devant moi se dressant, l'autre Moi

Me fera rendre compte, en juge impitoyable,

et cette indigne main qui tremble, sans émoi

ce jour-là, s'armera pour frapper le coupable.


Et moi, qui tant rêvais que l'océan Indien

accueille ma dépouille, à hauteur des tropiques,

ma mort sera banale, affligeante ô combien

et mon enterrement à tout autre identique.

Nikos Kavvadias (poème dédié à sa soeur Zénia)

Recueil Marabout

(Traduction de Michel Volkovitch)

Nikos Kavvadias


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