Une soeur...

Publié le 19 août 2009 par Tazounette


C’est un sujet qui me tient à cœur depuis environ 34 ans… Pourtant, je n’en ai pas beaucoup parlé dans ces pages. Je ne sais pas comment. Comment parler d’elle ?

Elle a deux ans de plus que moi et depuis quelques années, je la vois se perdre.

Suivre une voie étrange qui n’est pas celle que j’avais imaginé, que nous aurions imaginé pour elle.

Nous étions une famille de 5 : mes parents, ma grande sœur (1973), mon petit frère (1982) et moi (1975).

Aussi loin que remonte ma mémoire, en dehors de quelques moments bénis, je n’ai connu comme rapports avec elle, que des conflits. Nous étions jalouses, l’une de l’autre, l’autre de l’une.

Il nous arrivait de jouer et de bien nous entendre mais c’était rare.

Il y a eu quelques heureux jours, lorsque j’étais à la fac à Nice, elle à la fax à Aix, et j’étais allée passer quelques jours chez elle. Entre shopping, balades, petits restaus, petites bouffes et dodos dans son super studio cosy, sous les toits, entièrement mansardé. Elle y avait mis sa patte. Elle aurait pu être décoratrice d’intérieur. Largement. Elle avait l’instinct des espaces, des décors. Elle a préféré passer durant des années des concours trop difficiles pour elle. Elle a préféré l’échec à la réussite…

Elle m'avait rejoint aussi, lorsque j'étais à la fac à Lille, que j'avais passé mon oral de soutenance de maîtrise. Elle était là, juste derrière la porte. J'avais aimé qu'elle m'accompagne, qu'elle me soutienne et qu'ensuite, on aille se promener...
Ces quelques jours avec elle sont les meilleurs souvenirs que je garde d’elle. Deux semaines bénies en 34 ans de relation tumultueuse !

Physiquement, elle était comme je voulais être. Je suppose que je suis à l’intérieur, comme elle aurait voulu être. Et c’est cela, je crois qui a fait l’essentiel de nos disputes. Cette envie permanente, cette jalousie, cette rancœur, ces frustrations…

Je l’ai vu dépérir d’années en années. S’éteindre. Devenir l’ombre d’elle-même. A 18 ans, elle mettait tous les garçons à ses pieds, elle était gaie, pince sans rire, sexy, avec une nonchalance propre aux artistes. Elle avait un goût pour la peinture et ses mains créaient des tableaux magnifiques dans des harmonies de couleur connues d’elle seule. J’aimais ce qu’elle créait. Et puis un jour, elle n’a plus peint… Un jour, elle n’a plus rien eu à dire.

A 17 ans elle a connu un amour fou. Un vrai grand amour. A distance. Avec un cousin fort éloigné. Il était beau. Elle était belle. Ils étaient magnifiques. Il n’était pas studieux, il n’aimait pas les études, il aimait la vie ! Elle a jugé cela insuffisant ! Ils se sont séparés après peut-être 2 ans d’histoire. Elle l'a quitté alors qu'elle l'aimait encore. Elle disait ne pas supporter la distance.

Elle s’est trouvé un homme dans la même ville qu’elle. Un intellectuel. Tout près. Et elle s’est refusé de changer d’avis.

Pourtant son grand amour l’a relancée, il était venu faire son armée dans notre ville. Ma sœur a cru qu’il voulait juste s’amuser. Sûrement qu’elle n’osait pas croire qu’il l’aimait vraiment, comme elle n’avait pas osé penser que leur amour si fort pourrait continuer dans la distance. Elle a joué à la forte. Elle lui a juste dit que non, plus jamais.

Je me souviens de ce jour-là. Je me souviens qu’elle n’a rien montré. Qu’elle n’a pas montré que ce « non » lui coûtait beaucoup. Elle ne montrait que trop peu ce qu’elle pensait. Elle semblait si assurée quand elle disait quelque chose, qu’on n'aurait jamais pu croire qu'elle doutait elle-même…

Je pense que c’est depuis ce jour-là, que petit à petit, d’année en année, elle a joué un rôle, elle est rentrée dans un moule, persuadée d'être elle-même et que sa lumière intérieure s’est éteinte.

Elle vit une vie qui ne lui convient pas. Elle passe à côté de ce qu’elle aurait pu, dû… Elle cherche une raison de vivre, elle se jette à corps perdu dans des recherches de spiritualité, de philosophie de l’apaisement, quand c’est juste sa petite voix en elle qu’elle cherche à étouffer. 

Elle a pleuré à chaudes larmes dans les bras de ma tante, la veille de son mariage… Je suis sûre que c’est Lui, qu’elle pleurait. Ce souvenir, cet amour qu’elle aurait pu vivre et qu’elle n’avait osé suivre…

Elle ne s’est jamais crue de taille pour la vie et ses mouvements, pour le cœur et ses débordements, elle s'est toujours mise des limites là où il n'aurait pas dû y en avoir.
Elle se coupe de nous 4 parce qu’on lui renvoie l’image de ce qu’elle cherche à fuir.

Elle se coupe. Elle s’isole. Elle entretient une rancœur immense. Elle nous renvoie ses colères, décortique nos agissements ou nos paroles vis-à-vis d’elle.
Ma sœur se cache. Ma sœur se planque, comme si elle avait peur d’être reconnue, peur d’être retrouvée…

Où est passée ma sœur ?

Celle que je n’ai jamais connue, celle que je n’ai jamais eue, celle que j’aurai pu avoir !
C’est elle aujourd’hui qui me manque ! C’est elle qui m’a toujours manqué !

Parce qu’elle ne veut pas devenir elle-même... Parce qu'elle a peur de ce qu'elle pourrait être...
Et je sais que c’est celle-là, moi, que j’aimerais !


Si seulement elle pouvait avoir la force de couper les chaînes qu’elle s’est mises.

Si seulement elle pouvait s’envoler.

Vivre.

Aimer…