Une journée qui pue (au sens figuré)

Publié le 20 août 2009 par Anaïs Valente

Je précise "au sens figuré", pour ne pas vous voir prendre la fuite à toutes jambes...

C'est pourtant une journée pleine de soleil qui commence, et une Anaïs pleine d'énergie qui, à l'aube (10h50) est fin prête pour aller s'acheter des pots de peinture.  Levée un chouia plus tôt, elle a pris une bonne douche, mangé un petit bout, et se rend maintenant à l'arrêt de bus, munie de sacs recyclables pour y stocker ses achats.

Bon, chais pas pourquoi je parle à la troisième personne... je repasse la première, si ça vous dérange pas.

Je monte donc dans le bus, qui est censé m'amener, malheureusement, pas tout près du magasin de bricolage, mais pas trop loin non plus.  Je ferai avec.

Le bus a dix minutes de retard, mais ça ne va pas entamer mon moral au beau fixe.  J'ai l'habitude des bus en retard quand je suis ponctuelle et en avance quand je suis en retard, voyons.

Je monte dans le bus et m'assieds.  Le chauffeur n'est pas de super humeur, il interdit à une dame chargée comme un âne et qui descend à l'arrêt suivant de redescendre par où elle est montée, la contraignant à tirer son barda jusqu'à la porte de sortie.  Sinon 50 eur d'amende ma bonne dame.  Ben voyons.

A l'approche de l'arrêt oùsque je dois descendre, je vois de loin que ledit arrêt a été supprimé, titchu.  Ça n'entame pas ma bonne humeur, bisque bisque rage, et je descends 200 mètres plus loin, rien de grave. 

J'avance ensuite vers le magasin de bricolage, et réalise que l'arrêt supprimé l'est depuis quelques jours seulement, et apparemment pour toujours.  Pas de bol Anaïs, à chacune de tes visites au Brico, tu seras grosjean comme devant.

Je vis un instant de réel bonheur.  Il fait frais.  Je me promène.  Pas trop de voitures.  Seules les orties qui envahissent l'étroit trottoir nuisent un tantinet au sourire banane qui orne mon doux visage.

Arrivée à destination, je m'apprête à traverser.  Et c'est pas une mince affaire, croyez-le, car j'ai quatre bandes à franchir, et après réflexion y'a pas mal de tutures.  Qui foncent comme des malades.  Mais je suis prioritaire, donc je m'avance pour montrer mon intention de traverser (même si la loi précise que seule ma présence suffit actuellement).  Je franchis allègrement la première bande et m'avance sur la seconde, repérant au passage une voiture, encore assez loin.  J'avance, confiante en l'avenir, ravie d'aller claquer du fric pour rénover mon chtit logement, lorsque ma vision de côté tire la sonnette d'alarme : "le véhicule de gauche ne semble pas ralentir, alerte rouge, le véhicule de gauche ne semble pas ralentir".  Je tourne la tête, effrayée, et réalise qu'en effet, le véhicule de gauche ne semble pas ralentir et fonce droit sur moi.  J'accélère le pas, termine la traversée en courant et entends des bruits stridents de freins... enfin.  Un peu tard cependant.  Je me retourne et croise le regard courroucé du conducteur.  Et le regard courroucé de son épouse.  L'addition de divers éléments (mon taux d'adrénaline qui a pointé jusqu'au sommet de la cervelle, le regard du conducteur qui ne semble même pas s'excuser et le fait que je suis en droit et que j'étais de plus bien visible) me fait monter dans une rage folle et je hurle sur le conducteur que c'est un passage pour piétons, en faisant des gestes vers le ciel.  Je pense même que j'ajoute un "connard".  Ou un "ducon".  Il n'entend pas, car il roule toutes vitres fermées.  Mais il doit avoir compris. Et moi j'ai le coeur qui bat encore la chamade.  On est peu de choses ma bonne Dame... surtout quand on est un "usager faible de la route".

Je fais mes petits achats : lasure pour châssis, bordeaux pour chambre, framboise foncée (en début de putréfaction ?) pour cheminée.  Puis je repars vers l'arrêt de bus... J'étais partie sur l'idée de rentrer à pieds, histoire de regarder quelques vitrines en chemin.  Mais les litres (et par conséquent les kilos) de peinture me convainquent de reprendre le bus qui, ô hasard suprême, passe toutes les heures, et ô second hasard suprême, ça va faire une heure que je glande dans les rayons, au milieu d'une foule en délire.  Pour la petite histoire, dans les magasins de bricolage, je me sens seule, extrêmement seule, sans doute de par mon incompétence totale...  c'est là que je ressens cruellement le manque masculin (meuh non chuis pas intéressée, voyons).

Je rejoins rapidement l'arrêt de bus.  Cinq minutes et il devrait arriver.  La chaleur est étouffante et l'arrêt est en plein soleil.

Je dépose mon barda.  Je suis seule.  Seule avec l'astre.

Seule ?  Pas tout à fait.  Une guêpe semble défendre son territoire.  Elle me tourne autour et je ne parviens pas à rester immobile, comme on me le conseille depuis mon enfance.  C'est viscéral.  C'est un réflexe inné : combattre le zébré.  Extérieurement, j'ai l'air ridicule, avec mes gestes brusques et mes petits cris de souris voyant un chat.  Mais à l'intérieur, une angoisse indescriptible me tenaille.  Je n'ai plus peur des abeilles, depuis que je les nourris sur ma terrasse.  Mais j'ai toujours une trouille bleu foncé des guêpes.  Ça semble immuable.

Un chatouillis sur mon bras gauche : l'insecte piqueur s'y est posé.  Je l'en déloge illico.

Bref regard sur ma blouse en vichy turquoise pour y repérer un mélange de noir et de jaune pas catholique : l'insecte piqueur revient.  Le turquoise attirerait-il les guêpes ?

De deux choses l'une : soit elle m'aime, soit elle veut me déloger.  Dans les deux cas, j'ai peur.

Tellement peur que je me réfugie brusquement près d'un homme arrivé entre-temps, lui murmurant un "elle me harcèle" angoissé.  Il m'offre un regard hautain et un silence total en retour.  Je hais ce manque de sollicitude, d'humour et de ... de tout.  Sale type pas sympa.

Arrive un jeune homme qui s'assied et se met à déguster des gommes acidulées, aussi rapidement que des chips, à grands renforts de "scrontch, smurlf, scrontch" gluants.  Répugnant.  J'espère un instant que le côté sucré des friandises va me débarrasser de l'insecte.  Que nenni.  Le bestiau persiste dans sa course folle autour de l'arrêt.  Et autour de moi. Je suis tellement angoissée que je crois, un bref instant qu'il s'arrête face à moi et me lance des regards meurtriers.  Soleil, chaleur, peur, paranoïa.  Tout se mêle.  Je sue comme un boeuf avant l'abattoir, et j'ignore si c'est à cause de la température ou du zébré...

Mon calvaire dure un bon moment, car le bus a un retard fou.

Il finit par arriver avec vingt minutes de retard.  Vingt minutes durant lesquelles je scrute sans cesse l'arrêt de bus, afin d'y repérer l'animal qui me veut du mal.  C'est long, vingt minutes de surveillance.  Le chauffeur, le même qu'à l'aller, n'est pas de meilleure humeur : il fait remarquer à une dame chargée d'une poussette dans laquelle dort un jeune enfant que dorénavant, les engins pour enfants doivent être fermés, sous peine d'amende (75 eur cette fois, les enchères montent).  Je me demande un bref instant comment vont faire les mamans, une poussette dans une main, un bébé dans l'autre, pour se tenir dans des bus bien souvent transformés en voitures de courses par des chauffeurs aussi respectueux des passagers que cette guêpe l'a été de moi pendant une demi-heure.

Existe-t-il des thérapies pour plus avoir peur des zébrés, par pitié ?

(Illu de Mako)