Histoire de plume…

Publié le 28 août 2009 par Tazounette


Je l’ai dit souvent dans ces pages que les mots et moi c’est une très longue histoire… J’ai commencé par lire mais le réel goût de la lecture m’est venu bien après le goût de l’écriture. Je lisais sans apprécier. Ce n’est qu’après avoir découvert la poésie et après avoir tenté de la manier que j’ai vraiment commencé à apprécier les styles, les beaux textes, les belles phrases. Comme s’il me fallait d’abord traduire ce que je ressentais par mes mots pour apprécier ceux des autres à leur juste valeur…

Aux prémices de la pré-adolescence, j’avais besoin de trouver ma place, j’avais besoin qu’on me donne de l’importance. Hors, j’aurais dû le savoir, c’était une chose qui allait à l’encontre de l’éducation reçue. Une éducation de l’humilité et de la discrétion…J’ai cherché auprès de mes parents une certaine reconnaissance pas d’un talent, ce serait prétentieux, mais juste un simple encouragement, un ou deux compliments, histoire que ça me pousse à continuer. C’était un long poème, j’avais 14 ans, et oui, j’en étais plus que fière. Je n’ai écopé que d’un « C’est bien ! ». Hélas, j’avais attendu tellement plus que cela ! J’ai pris leur indifférence pour argent comptant. Agissant toujours en fille parfaite parce que je m’étais persuadée que j’étais « propre à être abandonnée » et que si cela devait arriver, ce serait pour une bonne raison, pour quelque chose que j’aurais fait… J’ai donc toute ma jeune vie interprété les signes, mots ou absence de mots de mes parents dans ce sens-là et je me suis dictée une conduite à partir de ce que je ressentais d’eux. Evidemment, guidée par ces angoisses qui me rongeaient sans le savoir, j’ai interprété dans le mauvais sens la plupart de leurs signes…



 

Ce jour-là, donc, l’absence de signe approbateur sur quelque chose qui semblait se jouer déjà sous mes mots, décida d’une fermeture. Je n’écrirais que pour moi, sur moi, de façon intime et personnelle, sans exercer ma plume sur un autre thème. Parfois des envies me poussaient à imaginer et à pondre des choses qui n’étaient pas inintéressantes. Persuadée que je n’avais pas le droit à cela parce que je devais agir en bonne petite fille, tous ces prémices et ces débuts sont restés inachevés, puis jetés. Je ne suis jamais allée au bout de mes idées… J’ai commencé à remplir des cahiers de ces sentiments d’injustice qui, je suppose, sont nés à cette époque-là, alors qu’à bien y regarder, je me les étais construits toute seule, sur leur silence, sur ce que j’attendais, ce que j’aurais tant aimé entendre d’eux…

Lorsque j’ai quitté le nid pour voler de mes propres ailes, je suis partie faire mes études… Le carcan que je m’étais forgée de petite fille obéissante à continuer d’agir malgré moi. Je me suis trouvée des ami(e)s mais souvent  ces relations n’allaient que dans un seul sens, souvent c’était des copains ou des copines autoritaires, j’étais suiveuse plus que meneuse, et souvent ces relations tâtaient fort de mon sentiment de culpabilité. Des relations néfastes dans lesquelles je me perdais en croyant que c’était de l’amitié. Et finalement, toute seule comme une grande, je me suis forgée ma propre cage. Dorée. Aux allures de liberté, je m’enfermais dans mes schémas.

Affairée à mes études de lettres, l’étude d’autres auteurs, le fait de décortiquer des centaines de textes, de romans, français ou étrangers, auteurs classiques, anciens ou contemporains, j’ai refermé ma plume et je l’ai laissée de côté. Longtemps, très longtemps. Et moins j’écrivais, plus je me renfermais, plus les barreaux de ma cage se refermaient sur moi sans que je m’en aperçoive…



Plus tard, l’année de ma maîtrise, alors que j’écrivais ma propre étude d’un auteur, j’ai compris que c’était là-dedans et seulement là, avec les mots, mon clavier et ma tête que je m’épanouirais, que je trouverai mon accomplissement. J’ai trouvé des idées qui me bottaient pour écrire. Comme par le passé, après avoir planté un décor, construis quelques personnages qui tenaient la route et une intrigue qui aurait fait son effet. J’ai écrit des pages et des pages. Et puis, comme j’avais eu le toupet d’oublier que je n’avais rien de plus que les autres, que c’était un hobby ou une perte de temps, j’ai refermé le tiroir sur ce que j’aimais le plus. J’ai tout laissé en plan une nouvelle fois. Et pour seuls encouragements, j’écopais des railleries de celui qui deviendrait le père de mes filles « Alors, quand est-ce que tu nous le ponds ce best-seller ? Ah ! On n’en entend parler, hein !... »… La petite lumière s’est éteinte. Le point de croix l’a emporté sur la plume. Je défoulais mes doigts sur mes aiguilles, mes toiles et mes fils, des heures durant, pour oublier cette imagination qui ne voulait pas, refusait, ne pouvait pas et se fermait irrémédiablement…


Et puis les filles sont nées, j’étais isolée à Panam dans une vie qui se détériorait sans que je puisse rien retenir, ni rien empêcher… Je suis allée sur le net, j’ai découvert le blog de la ronde, j’ai lu. Et puis un jour de mai 2007, j’ai créé le mien. Et j’ai recommencé à écrire sur moi, mettre en mots les tourbillons nauséabonds qui me polluaient la tête. Ecrire pour tuer le désespoir. Prendre du recul sur cette vie abominable. Mettre de la dérision pour ne pas me briser en mille morceaux… Cela fait 2 ans ½ de blog. Il a vu les pires moments, il m’a vu remonter la pente, il me voit aujourd’hui épanouie, devenue celle que je n’avais jamais été. Il a assisté à la brisure de mes schémas et de mes interdictions. Il m’a vu en gestation de moi-même, il me voit naître désormais

Cet été, parce que le travail psy est allé suffisamment loin, j’ai compris que pour m’autoriser à écrire, il me fallait délaisser cette verbalisation de moi-même, m’éloigner de ce blog. Quitter le moi pour dépasser, élargir les horizons de cette plume que je souhaite désormais, étendre, sans limites autres que la liberté… Grâce à mon Amoureux qui m’a mis au défit, parce qu’il croit en cette ma plume, en cette ma tête, j’ai réussi à dépasser le cadre de ma petite personne. J’ai encore besoin de cadres précis : sujets, mots, phrases, imposés pour aiguiller ma plume, ensuite j’invente et je crée. Je n’arrive pas encore à dompter l’étendue des possibilités qui s’offrent à moi sans le moindre support…



 

Mon vieux projet revient à la surface… Il me hante parfois, au cours de mes différents exercices. Il n’est plus silencieux. Ce n’est plus une chose que j’étouffe et que je m’interdis. C’est une chose qui m’appelle. Vers laquelle je marche lentement mais sûrement. Je sais que le jour où je commencerai à délier ma plume dans ce contexte, ce sera le bon moment, LE moment que j’attends.

En attendant, je m’entraîne. Et je ne saurais transcrire en mots ce qu’il se passe dans ma tête au moment où le soir, dans ma nouvelle chambre, si agréable à vivre, je m’installe à mon bureau, devant mon clavier que je relis le texte déjà écrit et que je continue le travail de la veille, de l’avant-veille ou des jours précédents. J’invente au fur et à mesure que les mots se couchent sur le papier, d’un seul coup, il n’y a plus de minutes, exit les heures, le temps n’existe plus. Mes journées ne sont plus les mêmes parce qu’il y a ce moment, le soir…

Des univers sont possibles à l’infini dans ma tête, le style que je veux donner, les sentiments, les émotions, les personnages que je veux montrer. Et sous toutes ces choses, je suis, MOI.

Moi, qui embrasse enfin le monde dont je rêvais sans oser m’accorder le droit de le vivre…

Comment se peut-il que ma vie ait tellement changée en deux longues petites années ???