Magazine Humeur

Mondes #3

Publié le 15 septembre 2009 par Didier T.
Mondes #3Vertiges à l’intérieur, vertiges encore.
Nausées à supporter. Chaud, puis froid, puis chaud encore, sur frissons tranchants.
Jusqu’à quand ?
Lèvres cyanosées, extrémités bleues ou violacées. Peaux Blêmes. Tout le sang retiré au cœur, se protégeant des périphéries.
Jusqu’à quand ?
Passages, figures imposées, odieux contours. S’en méfier, oui. Eprouver terreur plutôt que s’y confronter. Au dehors, ils guettent. Si les prédateurs peuvent les sentir, plus rien de vivant dans ces lieux ne leur échappera.
Personne ne les a jamais vus. Personne d’encore vivant.
Ce qui frappe le plus les esprits lorsqu’on découvre les cadavres, ce sont leurs yeux. Ils sont là, mais ne sont pas là. Comme si les prédateurs en avaient emporté ailleurs la substance, ne laissant sur place, au milieu des visages, qu’une pâle copie de ce qu’ils avaient été de leur vivant, des globes sans relief.
Peut-être collectionnent-ils les couleurs ou les matières des iris ? Qui peut vraiment savoir ce qui se trouve à l’intérieur des yeux des morts ?
Sont-ce toutes les images vues lors d’une vie ?
Sont-ce d’autres mondes, inconnus à celui qui regarde, mais familiers aux chasseurs ?
Personne là-bas ne sait. Depuis le début, supputations, hypothèses, et délires s’accumulent au sujet des raisons qui poussent ceux qui tuent à tuer. Mais ils n’ont recueilli aucun fait, aucune preuve, aucun début d’indice de rien, sinon de l’intense frayeur qui s’est répandue comme une ombre dense sur toutes les terres connues.
A force de compter les morts, de regarder leurs yeux de rien, les proies ont développé une technique de défense. En retirant leur flux sanguin au plus profond des corps, en leurs insondables abysses, se maintiennent en état de survie des êtres exsangues et faibles, se mouvant au ralenti dans une danse longue et lente, lancinante d’absurde, mais les protégeant du danger. En concentrant leur sang, ils deviennent moins repérables. C’est leur nouvelle force, et leur faiblesse aussi.
Personne ne sait qui en premier a trouvé ce moyen de se protéger. Ni brevet ni patente n’ont été déposés. Mimétisme des corps ayant instinctivement compris que le sang attirait les tueurs.
Même si le sang n’est pas l’objet de la tuerie. Les jeunes morts sont pleins de leur sang. La mort a relâché les efforts de contention, libérant le liquide de vie vers les frontières, jusqu’à l’épiderme.
Ainsi, ils ont l’air plus sain et plus vivant que les vivants. Ils pourrissent très lentement, conservant cet état de fraîcheur pendant plusieurs lunes.
Les tueurs n’ont pas pris le sang.
Ils n’ont pas percé les corps, ne les ont pas ouverts.
Ils ont tué en vidant les yeux.
Les proies aimeraient connaître leurs chasseurs. Cette connaissance les rassurerait. Mais personne ne sait qui ils sont, ni comment ils s’appellent.
Ils espèrent trouver un jour le moyen de ne plus être les victimes de ceux qu’ils nomment désormais les mangeurs d’iris.
V#VPublié par les diablotintines - Une Fille - Mika - Zal - uusulu

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