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De l'absurdité de l'homo tripalium

Publié le 27 octobre 2009 par Didier T.
C'est de pire en pire. Et quelle pire situation que celle du manager faisant preuve d'empathie dans cet univers de profit, de performance et d'utilisation de l'homme comme quantité négligeable et malléable.
Un sentiment d'échec permanent, au point de se sentir soi-même coupable d'être manager au milieu d'ouvriers qui partagent pourtant les mêmes aspirations que soi. Difficile d'être l'image du boucher parmi les bêtes à l'abattoir. Difficile d'avoir à gérer la honte de son salaire (idée somme toute relative, loin de définir une quelconque richesse), quand on entend des êtres humains obligés de survivre avec moins de 1000 euros par mois (toute proportion gardée et dans le contexte métropolito-français dans lequel nous évoluons). Quand les situations personnelles vous submergent tant elles sont ubuesques, imagées par des reflets de visages usés, couperosés, grillés par la fumée des angoisses qu'on voudrait voir s'envoler en expirant et qui se collent aux bronches, prémices de maladies sournoises nourries par l'inquiétude et la peur de ne pas y arriver. Faire partie d'un ensemble et ne pas savoir quelle est sa zone d'existence. Aimer son prochain quand on vous demande de lui faire mal, détester la main qui vous nourrit parce qu'elle vous nourrit mal alors que vous êtes son bras armé (main, bras, tiens, marrant, non pas rigolo en fait). Il en va ainsi des âmes perdues dans un univers en perdition, quand rien ne vous raccroche plus à autre chose qu'à la sauvegarde personnelle, quand le moment est venu de sauver le groupe. Mais comment ? Tant de doutes, de reculades polies, de renoncements, alors qu'il serait si simple de hurler ! Mais hurler seul vous fait passer pour un fou.
Alors je ne hurle pas. Je parle et surtout j'écoute. Et quand on est en écoute, c'est fou comme l'univers se transforme et il est fou de constater que tant de gens cherchent une oreille. Ah, on ne s'improvise pas "celui qui écoute". Mais il est bon d'entendre des choses que l'on ne vous aurait jamais dites. Dans un autre monde, ailleurs, quand le sable bouchait les esgourdes. Et ils sont là, tous autant qu'ils sont, cadres, employés, face à l'éponge bienveillante que vous êtes devenu en quelques semaines, et voilà que se déversent les inquiétudes, minimes, effarantes, ubuesques encore, mais vous êtes là pour les entendre, car on attend de vous que vous ayez écouté et que vous agirez en conséquence.
D'aucuns diront que c'est avoir des couilles.
Peut-être, j'en ai deux et elles ne servent pas à ça. Je dirais simplement qu'à un instant donné, vous devenez une oreille et une voix. Vous dérochez le téléphone de la souffrance et vous appelez l'hôpital de la misère. Un sacerdoce ? Peut-être que c'est le mot. Une humanité retrouvée, surement qu'il s'agit du bon mot.
On s'aime mieux soi-même après, qui sait...Publié par les diablotintines - Une Fille - Mika - Zal - uusulu

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