Magazine Humeur

Dragibus

Publié le 04 novembre 2009 par Clarac
Je ne sais pas si ce que j’écris sera cohérent, compréhensible ou logique ou alors si ça ne s’apparentera qu’à une suite confuse de mots, comme posés sans aucun lien, sans aucune attache entre eux. Je le fais pour m’en souvenir de ces moments. Ces moments où la douleur trop forte ne m’accorde aucun répit, où certaines parties de mon corps s’embrasent et poussent l’esprit dans ses retranchements. Est-ce que je dors ? Je somnole ? Suis-je plongée dans un état de semi-conscience ou alors dans une espèce de léthargie développée par le cerveau pour pouvoir endurer ? Il n’a y plus de notion de temps présent ou de temps qui passe. Seul persiste un vague souvenir des secondes où je lutte pour entrouvrir mes paupières et discerner l’heure. Un effort qui requiert une énergie monstrueuse et qui fatigue d’autant plus.
La leçon du jour, le verbe « se reposer » à tous les temps : je me repose, tu te reposes, il ou elle, on se repose… Bien pour le présent, et à l’imparfait ? Hier, je me reposais. Passé simple ? Je me reposai. Je peux le décliner à tous les temps et principalement à la première personne du singulier. Je le connais sur le bout des doigts mieux qu’une élève zélée. Qui dit mieux ? Personne… de toute façon qu’y a-t-il à rajouter. Rien sauf qua ma pancarte de fibromyalgie atypique autour du cou effraie, déconcerte, sonne le trouble. Elle fait fuir les spécialistes, en particulier, qui me renvoient de l’un à l’autre comme la patate chaude que personne ne veut.
« C’est quoi ça ? ». Ce « ça » dit étonnement, avec pudeur ou encore d’un air dégoûté ou alors d’un ton embrassé, gêné, donc ce « ça » désigne mes douleurs, ma démarche, mes gestes robotisés, ma mine de déterrée, ma tension qui se prend la malle et enfin tous les dragibus que j’avale matin, midi, soir et au coucher.
Mais j’ai une chance incroyable ! Car si certains paient des prix exorbitants et risquent même la prison pour se shooter, pour moi c’est gratuit et prescrit. Parce qu’à un certain moment, on ne peut plus supporter la douleur.
Une fois ces dragibus pris, tout change….On entre dans la 4ème dimension en direct live.
Les neurones sont tellement enchevêtrés dans du coton qu’on n’arrive même pas à penser, juste constater des trucs bêtes « tiens, mes pieds bougent pour faire un pas… ». Le corps évolue aux dépens de n’importe quelles règles, surtout celle de la gravité. Dans cette dimension, les distances sont truquées : le vertige nous prend à regarder le sol, les objets jouent avec nous : ils s’écartent ou se rapprochent à leur bon vouloir. La bouche est souvent pâteuse et on n’éprouve pas le besoin de faim. Aligner trois mots devient un mécanisme trop complexe : ouvrir la bouche, jusque là ça va, c’est après que ça se complique… Les mots sont présents mais soient ils ne veulent pas sortir ou alors les lèvres torves les prononcent difficilement, les bégaient et les mélangent.
Pendant tout ce temps, la douleur semble moins puissante, elle est toujours là mais édulcorée, comme recouverte d’une couche épaisse de pâte à gâteau.
Tout le monde sait que la pâte finit par couler. Au début, lentement par petits paquets, puis elle tombe par terre en éclaboussant tout au passage. Et quand il ne reste plus une seule goutte, on est déconcerté comme à la fin d’un film dont on a rien compris.

Retour à La Une de Logo Paperblog

Dossier Paperblog