[Il y a un an ici-même] L'Accident

Publié le 07 novembre 2009 par Wawaa

Une petite réédition aujourd'hui car  oui, je suis émue, oui ! Aujourd'hui c'est l'anniversaire de la mort de Titine1 qui a surement, depuis que je l'ai vendu à un petit garagiste alors qu'elle était complètement écrabouillée d'un côté, renaquit de ses centres, tel un phœnix ! OUI, Tinite1 c'est le phœnix des automobiles ! Bref, je republie le récit de mon accident, pour faire comme dans les hommages à la télé : "on prend la même chose, on répète et on recommence" ! Et puis, à partir de 14h cet aprem je ne suis pas à la maison jusqu'au dimanche d'après, alors niveau publication il faut que je prépare tout à l'avance et je me suis d'un ou deux petits recyclages, ça m'éviterait de trop me casser la tête !


La journée de Samedi ne s'annonçait pas particulièrement mauvaise. Le beau temps était au rendez-vous ce qui me laissait présager un beau dimanche et un beau mardi 11 Novembre. J'avais déjà tracé mes éventuels chemins de balades touristiques : j'aurais soit fait une petite randonnée automnale autour d'un lac soit été à la rencontre des fortifications de Tillac. 4h45 le réveil sonne comme tous les samedis matins. Je prends mes hormones thyroïdiennes. Je vais prendre ma douche en oubliant de mettre le chauffage soufflant ! Bouh ! Il fait froid là-dedans ! Au moins, ça me vivifie et me réveille bien ! Je me grouille pour me laver, je m'habille, je regarde mes mails. Parce que j'ai cette sale habitude de vérifier mes mails le matin tôt. Je n'ai pas très faim, mais il faut quand même que j'ingurgite quelque chose histoire de ne pas vider mes palettes le ventre complètement vide. Je prends un bout de chocolat dans le placard. Je le mange. Je vais me brosser les dents. Je prends le petit couvercle avec des croquettes pour éviter que les chats me suivent jusqu'à la voiture. Dehors un brouillard épais m'attend. Peu importe, les matins de Novembre sont souvent brumeux par chez moi, on n'y voit guère à 20 m. On roule doucement, on reste sur le qui-vive. Ce n'est pas les autres voitures qui inquiètent, mais les chevreuils et sangliers suicidaires qui pourraient inopinément traverser et faire avoir bête accident.


Doutant de la réouverture de ma route habituelle, je reprends la déviation qui ne me détourne que de deux ou trois kilomètres. Avec le brouillard si dense, c'est terrifiant la grande nationale avec les larges et grands virages en S avec le pseudo-ravin des collines au bord. Les feuilles mortes mouillées jonchent la route sur toute sa superficie. Ne pas trop freiner pour ne pas glisser. Ne pas rouler trop vite pour ne pas avoir à freiner. Ne pas rouler trop doucement à cause du brouillard et des gens qui pourraient arriver trop vite. Je n'ai pas envie de casser ma voiture ! Je reste hyper vigilante ! Un accident serait si mal venu en ce moment, quand j'achète ma maison, mon logement ! Pas le moment d'avoir à acheter une voiture. De toutes manières c'est jamais le moment. J'arrive indemne au travail à 5h59. Même pas peur du brouillard d'abord ! Il caille dehors ! Il caille grave !


Arrivée dans la réserve je trouve ma commande de liquide bien petite alors que j'avais commandé plus que d'habitude pour prévenir la fermeture du 11 Novembre. Soit. Je constate qu'il me manque pas mal de choses essentielles. Apparemment, je ne suis pas la seule : un souci de transmission intranet avec la base parait-il ! Le week-end commence vraiment bien ! Vers 7h00 une canette de Heineken tombe et se met à tourner comme une toupie enragée sur le sol. Je la chope, met mon doit sur le point d'ouverture, stoppe l'hémorragie et fonce sans réfléchir vers le broyeur. En courant j'ai tellement secoué la cannette que cette dernière me gicle quasi tout son contenu à la gueule. Je pue la bière après avoir pué le jus de pruneaux. F O R M I D A B L E !


A 10h j'ai tout fini. Je rentre à la maison après avoir acheté du fromage à raclette car la veille, en voyant une pub à la télévision, j'ai eu une forte envie de raclette. Comme quoi, la pub ça marche, sauf que j'ai pas pris le produit tant loué !


Je reprends à 14h30. Rentrée à 10h30 ça me laisse 4h pour me détendre. Je ne me sens pas plus fatiguée que ça, au contraire je me sens bien. A 14h13 je repars vers mon boulot pour un trépidant après-midi de folie jusqu'à 19h30. Comme tous les samedis, j'allais d'abord recharger l'eau qui en prend systématiquement un coup ce jour là, puis ranger mes casquettes -c'est-à-dire le dernier étage du rayon, qui me sert de réserve de proximité et permet de pouvoir répondre à la demande rapidement plutôt que de courir en réserve et chercher dans les cartons -. En même temps, j'allais pouvoir être appelée à tout moment en caisse pour fluidifier le trafic des clients et profiter un peu des sourires. Comme à 10h15, en revenant, j'avais repris mon trajet habituel sous ce grand soleil et que la déviation n'était plus d'actualité, je repars comme d'habitude sur ma petite route qui traverse la forêt  pleine de belles couleurs automnales passe au dessus du Gers, coupe un petit village charmant. Il est probablement alentours de 14h25. Une priorité à droite, je ralentis je regarde.


Et là, tout se passe si vite que je n'ai pas le temps de presser le frein du pied. Boum le poteau téléphonique. Je me sens secouée par le choc. J'ai mal au côté droit de la poitrine, au tibia droit. Je réalise que l'avant-droit de ma voiture est tout écrabouillé sur le poteau. Je comprends que je suis dans le fossé. Je comprends que j'ai eu un accident. Je ne sais pas trop ce qui s'est passé, je ne vois personne, pas d'autres voitures, je ne me souviens de rien. Je cherche mon téléphone. Le choc a disséminé les affaires de mon sac sous le siège passager. Mais où est ce bordel de téléphone ? Où est-il ? Et mon sac ? Je ne trouve pas mon téléphone. Pourtant, j'ai peur d'être blessée gravement à la poitrine. La douleur qui englobe mon sein droit est déroutante. Affolée, et n'ayant qu'en tête qu'on appelle les pompiers, esseulée sur cette route campagnarde, j'essaie de sentir si je suis capable de sortir de la voiture sans me faire mal. Je descends donc complètement dans la déphasée, déroutée, je marche doucement, très doucement, pour ne pas me brusquer, mais d'un pas décidé. Je me dirige vers l'auberge qui n'est pas loin, espérant y trouver quelqu'un, quelqu'une, une porte ouverte, un téléphone, de quoi appeler les secours. N'y trouvant personne, j'éclate en sanglots en me retournant, en voyant de loin l'état déplorable dans lequel j'ai mis ma voiture que j'aime tant. Elle a l'air toute pliée, cassée, foutue, je ne comprends pas comment j'ai pu me retrouver droit dans ce poteau, perpendiculairement à la route, je ne comprends pas. Mais peu importe, ce n'est pas le moment de réfléchir au pourquoi du comment. J'ai mal dans la poitrine. Ce n'est peut-être pas grand-chose, mais il faut appeler les pompiers, faire des radios, aller à l'hôpital rapidement. Je me sens éperdument seule sur cette route qui me parait déserte et que je ne connais pas comme étant fréquentée. Je panique un peu. Ce sentiment de solitude et de détresse est extrêmement nouveau pour moi. Ce n'est pas que j'ose penser que je vais mourir, je me sens bien vivante, mais la douleur et le choc nerveux sont tels que j'avais besoin de vite trouver une présence humaine, un secours.


Une belle voiture noire arrive, je lui fais signe et hurle "S'il vous plait ! S'il vous plait, il faut appeler les pompiers, s'il vous plait" en pleurant et en me tenant le sein droit qui me faisait horriblement mal. D'ailleurs je pensais l'avoir écrabouillé complètement et l'avoir perdu. Encore plus troublant, que moi qui aurait pu dire à quelqu'un d'autre "Ce n'est qu'un sein", je me sens bizarrement gênée par cette idée ! Je tremble de partout, je n'arrive pas à me calmer. Je n'arrive pas à contrôler mes nerfs, le choc revient sans cesse dans ma tête. Tout se mélange. Ma voiture cassée, ma maison à acheter, ma poitrine qui me fait mal, mon sac laissé dedans, mon retard au boulot.


Le gentil monsieur s'arrête immédiatement, appelle les pompiers et leur explique la situation. Il me fait m'asseoir sur le siège en cuir de sa luxueuse voiture. J'aurais été gênée de flatuler copieusement pour décompresser sur de si beaux sièges surtout qu'une demoiselle était assise sur le siège passager. Elle avait l'air horrifiée, comme si c'était la première fois qu'elle tombait sur un accident de la route. Elle a peur, je le vois dans ses yeux. Il faut avouer qu'une wawaa dans cet état ça peut-être très halloweenesque. Je demande au monsieur si je peux appeler mes parents pour qu'ils me rejoignent, que j'attends les pompiers et que je vais bien quand même. Pas eu le temps de dire "J'ai eu un accident à [nom du village] et je vais bien" que ma mère hurlait déjà dans le téléphone "ON ARRIVE". J'avais peur que les pompiers mettent du temps à venir. J'avais déjà assisté à des accidents pour lesquels ils étaient arrivés très tard. En 5 minutes, les pompiers étaient là. On me colle une minerve hyper rigide, on me tripote pour savoir où j'ai mal. On me demande si je peux marcher jusqu'au camion, je dis que oui. Deux mains tiennent mon dos, deux autres mes bras. Une fois à côté du camion je leur dis "Dites, vous pourriez pas récupérer mon sac, y'a mes sous dedans". Ah ah ! Comment ça je pense qu'à mon fric ? C'était déjà un souci de moins dans ma tête. Ils m'allongent sur une sorte de lit tout dur, je tremble comme une feuille, je pleure, on me prend ma tension. 16. Pas bien ! Pas bien du tout ! Merdique même. Je me dis qu'il faut que je me calme pour ne pas déclencher ce qui donne des crampes partout : une crise de spasmophilie. Alors je respire gentiment, je me dis que ça va aller, j'essaie d'arrêter de penser à ma voiture raide morte écrabouillée sur ce poteau téléphonique et de ne plus culpabiliser parce que je vais être en retard au travail parce que je déteste ça ! De toutes manières je n'allais pas être en retard, je n'allais pas y aller tout simplement.


Maman monte dans le camion des pompiers et elle me fait un bisou bruyant sur le front, beurk. Je lui dis qu'il faut prévenir mon patron. Un samedi une caissière en moins, ça craint, vous comprenez ? Bon, c'était pour moi un autre souci de moins, plus j'allais les éliminer un par un et moins j'allais être nerveuse. Les flics arrivent, l'un monte et me dit qu'il me reconnaît et qu'il va prévenir mon patron, qu'il ne faut pas que je m'inquiète. Bien.


Les pompiers gonflent des coussins du brancard, c'est bizarre et rigolo à la fois, même si à ce moment précis je pense plutôt à la douleur, parce que mine de rien j'ai mal. On étale une couverture sur moi, je me sens enrubannée dans un cocon moelleux et chaud. Adorables pompiers les pompiers, ils se sont bien occupés de moi ! Ils m'ont reconnue de suite. C'est que, quand on est caissière dans un petit supermarché de campagne, on est très vite une "célébrité locale" ! Et puis mon veston mousquetaire ne mentait pas sur ma profession.


Le camion démarre. La gentille jeune femme et l'homme s'accrochent un peu secoués, mais me sourient et me demandent souvent si ça va, si j'ai encore mal. Ils me disent qu'il ne faut pas hésiter à dire si la douleur augmente ou si quelque chose ne voit pas. Je voyais le ciel défiler par la petite lucarne du toit du camion. De temps en temps, la sirène se met en route. Les larmes continuent tranquillement de couler. Je me sens de plus en plus apaisée. Le trajet jusqu'à l'hôpital était d'environ 25 km. En 20 minutes j'étais prise en charge. L'un des pompiers m'a dit "Hey la prochaine fois que je viens faire des courses je veux des trucs gratuits !". Je les remercie, ils s'en vont. Je sais que je les reverrai, et qu'on en plaisantera à ma caisse ! Et j'aime cette idée ! Si je ne les connaissais pas, il me paraitrait impossible de les revoir un jour.


Les médecins qui m'accueillent sont adorables et d'une douceur épatante. Epatante oui ! J'avais pensé à ce moment, ce moment où j'allais me trouver sous leurs regards ! J'avais quelques mauvais souvenirs d'autres hôpitaux, d'autres urgences où certains traitent les patients comme des simples plaintifs et non des blessés ou des malades. On finit par m'envoyer faire des radio. Le radiologue vient me chercher.  Il était d'ailleurs très appétissant et en plus très drôle. Il me dit "Mettez vous sur le côté droit". Je me tourne sur la gauche et je lui dis "Mais même quand je vais bien je me trompe". Il me répond "Normal vous êtes une femme". Alors qu'en fait , moi un charmant jeune homme du genre qui me dit de changer de position, ça me trouble forcément, pensez-vous. Il me dit "Maintenant le côté gauche, l'autre côté donc hein !". Je lui réponds que je suis pas bête à ce point. Non mais ho ! Il faisait froid dans cette salle de radiologie, je ne devais pas bouger pour les clichés. Je me suis mise à compter les espèces de dalles allongées du plafond pour oublier la douleur et maitriser les tremblements nerveux !


Bref, après une longue série de radio des côtes et du tibia, je suis renvoyée en attente. Ma mère arrive et une question me brûle les lèvres : "Elle est morte ma voiture ?". Elle répond par l'affirmative. Évidemment j'éclate en sanglot ! Pensez-vous, c'était ma voiture et je l'ai pour ainsi dire euthanasiée.

Je demande à l'infirmière si y'a moyen d'aller faire pipi. Oui PIPI ! Ma vessie allait exploser et c'était à cet instant précis, LE TRUC qui allait faire de moi la plus heureuse de la terre à ce moment précis. On m'a menée jusque là,  j'ai adoré cet instant magique : j'ai uriné, enfin. Pour finir on nous a transféré, ma maman et moi, derrière des rideaux dans le couloir car un autre blessé arrivait et nous avons attendu que le docteur arrive. Au final , une côte cassée, un sein salement amoché, un tibia juste contusionné et une brulure dans le cou et sur la poitrine et un petit mois de repos pour recoller ma petite côtelette !


Brûlure provoquée par la ceinture dans le cou.

Hématome sous le sein droit, endroit de la côte cassée.


Beaucoup plus de peur que de mal donc, mais quand même, une bonne sale journée !