La débâcle liturgique et ses accessoires (7) : Les ornements ou vêtements liturgiques (c)

Publié le 27 novembre 2009 par Hermas
  1. Le cordon
  2. Le Cérémonial des Évêques (Cæremoniale Episcoporum) de 1984 précise:
  3. «Le vêtement sacré pour tous les ministres quel que soit leur grade commun est l'aube, serrée autour des reins par le cordon, sauf si elle est faite selon le mode de la soutane, afin qu'elle épouse le corps sans cordon. Avant de revêtir l'aube, si elle n'entoure pas parfaitement le col de l'habit commun, on revêtira l'amict»

Ce qui maintient l’usage obligatoire de la soutane, et, presque nécessairement l’usage de l’amict.

Le cordon ou cingulum est mis immédiatement sur l'aube pour la serrer à la taille et, par là, éviter que son ampleur gêne le prêtre dans ses mouvements. Le cordon est généralement blanc, mais il peut cependant suivre la couleur du jour et être de même teinte que l'ornement.

En le serrant autour de sa taille, le prêtre récite la prière suivante:

«Praecínge me, Dómine, cingulo puritátis, et extíngue in lumbis meis humórem libídinis; ut máneat in me virtus continéntiae et castitátis»

«Ceignez-moi, ô Seigneur du cordon de la pureté, et éteignez en mes reins l’ardeur de concupiscence, afin que se maintienne en moi la vertu de la continence et de la chasteté»

Les prêtres dans la presque unanimité, et de très nombreux Pasteurs également, même quand ils apparaissent à la télévision, ont abandonné la soutane, et ensuite le clergyman, pour être comme tout le monde, comme tous les hommes. Et peu à peu, l’amict, le cordon , l’aube habituelle.

Avaient-ils besoin de recourir à ce «prétexte» pour découvrir en eux «l’animal» qui dort, la bête qui sommeille, la concupiscence qui n’est autre que le dérèglement des sens, dans la domaine de la chasteté notamment?

N’ont-ils jamais ressenti ce «feu dévorant» de la concupiscence? Seraient-ils de fer ou de marbre?

Bien sûr que si, depuis leur enfance, ou presque! Et alors, se consacrant corps et âme au Seigneur Jésus, notamment par le vœu de chasteté, ils ne peuvent pas ignorer la nécessité absolue de la prière, de l’intimité avec Dieu, pour rester fidèle au Christ, et à leur engagement. «Sans moi, vous ne pouvez rien faire,» disait le Maître: c’est particulièrement vrai dans ce domaine.

Pourquoi ont-ils alors abandonné cette belle prière? Par ignorance? Par inconscience? Par présomption… ou pour être plus libres… pour faire comme tout les autres hommes? Nul ne peut donner de réponse, et je m’en garderais bien!. Mais il y a un peu de tous ces motifs, à la base de l’abandon de cette prière, qui rappelle à chaque Consacré, le vœu qu’il a fait.

Les prêtres de ma génération n’ignoraient pas cette prière. Les prêtres qui ont été formés après 1969, n’ont pas pu la connaître, si on ne la leur a pas enseignée au séminaire? Et pourquoi ne la leur a-t-on pas enseignée?

En ce sens, on peut dire qu’il s’est produit une rupture dans la tradition de l’Eglise, dans ce domaine. Volontaire? Subie? par crainte de paraître «arriéré»? Je laisse la réponse à d’autres, car la réponse n’est pas unique.

Mais, on peut dire sans jugement téméraire, que la faute revient d’abord à ceux qui ont eu la charge de les former, et aux Pasteurs qui n’ont pas veillé sur leur troupeau, comme ils auraient dû le faire, et sur la formation des futurs prêtres, «sicut pupillam oculi», comme sur la prunelle de leurs yeux!

Et pourtant, Saint Paul nous en avertit: « Je ne fais pas le bien que je veux, et commets le mal que je ne veux pas…Quand je veux faire le bien, c’est le mal qui se présente à moi» (Romains, 7, 19.22)

En se ceignant du cordon, et en récitant cette prière, le prêtre ne fait pas un geste habituel et banal! Ce geste lui rappelle sa fragilité humaine, le met en garde, et le fait se tourner vers Dieu afin que rien ne le sépare de Lui, et qu’il puisse être vraiment «alter Christus», un «autre Christ».

Quelle imprudence! Quelle inconscience, ou bien quel orgueil! Et s’il était conscient… quelle perversion de s’approcher ainsi des Saints Mystères en état de péché mortel! Je n’ose y croire… Et pourtant!

  1. L’étole

L'étole, dérivé du latin stola qui signifie longue robe, lui-même du grec στολη (stolē), est un ornement liturgique de l'évêque, du prêtre et du diacre. Elle est l'insigne par excellence de la prêtrise.

L'étole, dans sa forme primitive, était une longue robe, garnie de deux bandes verticales, les clavi, comme sur la dalmatique. La robe a été supprimée, et il n'est resté que les bandes qui forment l'étole actuelle.

Il s'agit d'une bande de tissu ornée d'une petite croix placée au milieu. Le prêtre la laisse pendre de chaque côté tandis que le diacre la porte transversalement, tous deux par dessus l'aube ou le surplis pour la Messe et l'administration des Sacrements

Avant 1969, à la messe, le simple prêtre la portait croisée sur la poitrine, et l'évêque décroisée, signe que le second dispose de la plénitude du sacerdoce, et non le premier.

Après 1969, c’était l’usage normal de croiser l’étole pour le prêtre, un geste qui vient de la cérémonie de l’ordination du prêtre: au moment où l’Evêque détache le côté droit de l’étole (portée de manière transversale par le diacre), pour la croiser devant la poitrine du nouveau prêtre, n’a jamais été supprimée. Et pourtant, la totalité a choisi ce qui était «permis» pour devenir la règle… Cela gênait vraiment de porter l’étole croisée? Ah! Mais il fallait le cordon! Et l’aube classique! et l’amict! et la soutane! Le pied sur la pente glissante!

Pourquoi, lorsqu’il y a un choix, choisir toujours ce qui s’éloigne de la Tradition? «On enlève la barrette, et on se retrouve marié», disait Dom Roy, que j’ai déjà cité à plusieurs reprises!

C’est bien vrai! C’est dans la ligne des choses: l’abandon de la soutane entraîne l’abandon de l’aube habituelle et de l’amict, et nécessairement l’abandon du cordon qui permettait de le fixer autour de la taille, et de croiser l’étole.

Et, à l’occasion des Messes concélébrées avec un grand nombre de prêtres, on assiste à un spectacle qui fait plus penser à l’armée de Bourbaki, qu’à une cérémonie religieuse. Des aubes «prénatal» plus ou moins à la grandeur de celui qui la porte, froissées la plupart du temps, parce que transportées dans des sacoches, des étoles «volantes» de toutes formes et de toutes les couleurs.

Et c’est ainsi que l’on ose se présenter devant Dieu, s’approcher de l’autel du Seigneur, pour baiser «l’autel» qui n’est plus , la plupart du temps qu’une table en bois qui remplace l’autel ancien parce qu’il «tournait le dos au peuple»! (Quelle horreur, cette expression!!! ).

Là aussi, ils oublient que ce n’est pas «face au peuple» que l’on célèbre, mais face à la Croix, au Calvaire, tourné vers le Golgotha à Jérusalem: «Elevons notre cœur! Nous le tournons vers le Seigneur». Le Pape Benoît XVI l’a rappelé, et il célèbre «face à la Croix». Ce que beaucoup lui reprochent, sans savoir bien pourquoi d’ailleurs: un prêtre colombien, ordonné dix ans plus tôt, ayant assisté à la Messe du Saint Père à la Basilique Saint-Pierre, m’a dit: «C’est ridicule, avec la Croix devant lui, on ne voit plus le Pape!»… Qu’était-il «allé voir» à Saint-Pierre: le Pape, ou bien assister à la Sainte Messe, au Saint Sacrifice de la Messe, à la Célébration Eucharistique comme il est d’usage de dire à présent?

Et quand ils montent à l’autel et embrassent l’autel, ils n’embrassent rien d’autre qu’une simple planche de bois! Par habitude, parce que cela se fait. Ils ne savent même pas que le prêtre récitait alors une prière… Quand les gens se mettent à table, embrassent-ils la table qui les attend?

On a perdu le bons sens, le sens des choses, leur signification religieuse profonde: c’est vraiment une «désacralisation» progressive qui avance comme un bulldozer, à laquelle nous assistons, et qui enlève progressivement tout ce qui appartenait «au passé».

Là non plus, je ne veux pas être comme Clovis: brûler ce que j’ai adoré et adorer ce que j’ai brûlé! NON POSSUMUS! NON POSSUM!

Quant à la Croix qui est obligatoire, sur l’étole, toujours d’après le Cérémonial des Evêques de 1984, il y a bien longtemps qu’elle a disparu des étoles… Comme si un mot d’ordre avait été donné.

Mais enfin, en tout cela, n’y aurait-il pas un chef d’orchestre? Le clergyman qui apparaît du jour au lendemain, par un coup de baguette magique de la fée Carabosse; les chemises de clergyman qui, du jour au lendemain passent du noir au gris, et à toutes les couleurs; les aubes «prénatal» qui, là aussi, d’un jour à l’autre, règnent en maîtresses dans les sacristies, alors que les anciennes aubes habituelles, plissées, avec dentelles ou sans dentelles, l’amict, et le cordon disparaissent, et sont reléguées Dieu sait où!

Et pourtant, là aussi, en revêtant l’étole, le prêtre récitait cette prière d’une grande richesse, qui lui rappelait sa condition d’être mortel à cause du péché, son indignité à s’approcher d’un Ministère aussi sacré, mais aussi qui lui faisait demander de mériter tout de de même la joie éternelle:

«Redde mihi, Dómine, stolam immortalitátis, quam pérdidi in praevaricatióne primi paréntis: et, quamvis indígnus accédo ad tuum sacrum mystérium, mérear tamen gáudium sempitérnum.

«Redonnez-moi Seigneur, l’étole (le vêtement) de l’immortalité, que j’ai perdu lors de la prévarication de mes premiers parents, et quoique je m’approche sans en en être digne de ton Ministère Sacré, que je puisse pourtant jouir de la joie éternelle»

 (A suivre)

Mgr J. MASSON