Magazine Journal intime

1 ... 2 ... 3 Décombres 2009

Publié le 03 décembre 2009 par Lephauste

Dans ce couloir aux murs tapissés de lambeaux d'affiches à l'attention des fins de droits au sursis et d'avertissements en tous genres, la file attendait l'improbable éternité du retour. J'avais pris un ticket au distributeur : Toutes opérations. Puis en demandant pardon à qui me bousculait je m'étais mis à attendre en scrutant le panneau lumineux. On sert le numéro 14 121 958 ! J'avais pour ma part tiré le 14 121 959, mon tour venait. Le couloir vivait des plaintes, des gémissements revendicatifs, le guichetier tentait l'impossible pour rester impassible face à tant de misères à venir. On avait là gens de toutes couleurs, de toutes origines, de multiples confessions et appartenances politiques, sociales mais tous proches de leur âge zéro. Tout un plasma au sein du quel une chatte promise à la dévoration de l'enveloppe placentaire, n'aurait sans doute pas reconnus ses petits. Un ministre, un ministre délégué, un sous-secrétaire d'état, détaché si possible. Il aurait fallu ça au moins, mais on avait envoyé là un de ces fonctionnaires de vieille souche, promu lui au rang vénéré d'agent technico-commercial. Ça traînait, autant le dire. Pas simple de fourguer à une âme en friche un enveloppe matelassée lassante. Même avec le suivit via internet, on avait le droit de rester dubitatif quand à la bonne réception de la bonne nouvelle : C'est un très beau garçon madame ! 1 mètre 86, 70 kilogrammes, 50 ans presque. On s'a compris?

Mon tour vint, je m'approchais de profil, mon meilleurs profil, celui où je tourne le dos. Et déposais sur le comptoir blindé mes trois gros sacs à gravats. Le guichetier me regarda en me faisant passer en douce un formulaire à remplir selon les alinéas de bas de page. Astérisques, (1), (2), (3) et caetera... Je mis les bonnes croix je crois dans les bonnes cases et signais : Le Non-Dénommé, le Monem, le morigéné, du grain morne le germe. J'avais de la fantaisie, j'avais été fantasque mais l'heure n'était plus aux cotillons ni aux falbalas. Il fallait passer. Le guichetier relu les croix en plaisantant sur le temps qu'il fait dans les files d'attente. Un temps à pas mettre un court-circuit dehors. Puis se levant, il prit un à un les sacs, avec des précautions d'employé des pompes.

- Eh bien dites moi, vous n'avez pas perdu votre temps vous !? Les sacs pesaient leur poids d'homme innachevé. Pleins d'ébauches ils étaient, des prototypes pas forcéments revendiqués, des erreurs de calculs, un retard à l'allumage par-ci, un mauvais retour de combustion par-là, plus quelques roues de secours aux forts profils de fleurs séchées.

- J'ai bien un peu vécu, il faut le dire. Voilà tout ce que je trouvais de spirituel à répondre. C'est vrai que les sacs, non contents d'être un peu rapiécés étaient pleins à craquer de tout ce qui vous entasse, an après an, seconde sur seconde. Ils disparurent par l'ouverture d'un sas et j'entendis mil voix, tout un capharnaüm de bruits étrangers à présent, s'apaiser. Je respirais un grand coup.

- Numéro 14 121 959, qu'est-ce qui vous ferait plaisir cette fois ?

- Si il vous restait un peu de tendre et de joies mélés, je crois que ça m'irait bien. J'avais décidé de n'être en rien, plus jamais en rien, exigeant. Quoi que...


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