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L'invité (3e partie)

Publié le 11 janvier 2010 par Danielrondeau

Je me suis avancé vers la noirceur du salon et ce n’est que plusieurs pas plus loin que je me suis rendu compte que je tenais à deux mains une raquette de badminton. Pourquoi ne jouais-je pas à la balle molle ou au golf comme tout le monde? Dans les cas d’intrusion par infraction, le pouvoir de dissuasion d’un fer 3 n’a jamais été remis en doute. Comme je ne pouvais demander au brigand d’attendre le temps que je me trouve une arme digne de cette appellation, j’ai poursuivi mon approche du salon en prenant soin d’ajouter cent kilos à chacun de mes pas. Puis, d’une voix qui a mis une syllabe à s’aggraver, j’ai lancé:

- À ta place, le cave, je partirais tout de suite. Je suis armé...

La menace de l’arme auto-défensive. Voilà. Je n’étais pas mieux qu'Ahmadinejad du haut de son fauteuil présidentiel. À mon invective j’ai eu pour seule réponse un grognement abruti. Iranien ou pas, j’étais nu, armé d’une matraque à moineaux en carbone ultraléger, et je devais affronter un adversaire invisible, inconnu, qui s’exprimait comme un homo erectus. Pourquoi à moi? ai-je murmuré en regardant le plafond. Je me devais d’attaquer rapidement, profiter de l’effet de surprise pendant que l’intrus croyait encore que je pesais deux cent kilos. J’ai pris mon courage à bras-le-corps, j’ai fait deux ou trois pas éléphantesques de plus et, dans une motion à mi-chemin entre celle du Batman des années soixante et celle de Jackie Chan des années 90, j’ai allumé la lumière et j’ai bondi dans le salon en feignant un kata improbable et en poussant ce qui se voulait un cri de guerre barbare. En moins d'un dixième de seconde, j’ai scanné le ring que s’apprêtait à devenir mon salon. Aussi intimidant que l’inspecteur Cluso. Parfaitement ridicule.

-Mon tab…

Ma phrase s’est étouffée là. Il était inutile de blasphémer plus loin.


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