Plaidoyer pour l'accompagnement du retour dans les provinces

Publié le 19 janvier 2010 par 509

Plaidoyer pour l'accompagnement du retour dans les provinces
Par Fils-Lien Ely THELOT,
Sociologue, PhD.
Que savons-nous ?
Depuis le mardi 12 janvier 2010, la République d'Haïti vit une situation de crise humanitaire extrême. Un séisme d'une magnitude 7.3 sur l'échelle de Richter, suivi de plusieurs répliques, a ravagé plusieurs villes situées à l'Ouest et au Sud du pays, dont la capitale, Port-au-Prince, où vivraient plus de deux millions d'habitants. Les premières estimations de l'OMS font état de 40.000 à 50.000 morts, de 250 000 personnes blessées et de 1.5 millions de sans-abris. Beaucoup craignent que ces chiffres ne soient revus à la hausse. Tout semble indiquer que nous sommes en face de l'une des plus grandes catastrophes naturelles de l'histoire récente de l'humanité.
Face à cette tragédie que vit le peuple haïtien, chacun se demande ce qu'il peut faire. Certains sont déjà entrain d'agir en sauvant des vies. D'autres se préparent à intervenir. On assiste à une vague de solidarité au sein même des victimes et au niveau de la communauté internationale qui ne peut que renouveler notre foi en l'humanité.
Que devrions-nous faire ?
Je pense que nous devrions nous mobiliser pour, entre autres, mettre sur pied un vaste programme d'accompagnement des retours en province et dans les villages à l'intention des populations victimes du séisme à Port-au-Prince et dans les autres villes. En effet, nous assistons déjà à un mouvement de population qui s'accentue de Port-au-Prince vers les villages et les villes de campagnes. Nous le savons déjà: de nombreuses maisons sont détruites, il n'y a pas d'eau potable ni à manger, des répliques peuvent se reproduire à tout moment, les écoles et les administrations – notamment le Palais National – sont effondrées, les rescapés sont exposés à toutes les formes d'insécurité imaginables dans un tel contexte... Port-au-Prince est devenu un vaste champ de désolation et de chaos d'où monte la puanteur des cadavres qui ne trouvent pas encore de sépulture.
Malgré la forte mobilisation internationale, l'aide humanitaire ne parvient pas encore, ou très peu, aux victimes, à cause des problèmes de coordination et de leadership.
La majeure partie de la population de la capitale haïtienne est issue de l'exode rural qu'a connu le pays durant ces trente dernières années. Déjà, les informations confirment que malgré les mauvaises conditions des routes qui sont détruites et/ou encombrées, malgré la pénurie d'essence et des moyens de transports, de nombreux survivants essaient de quitter la ville pour repartir dans leurs villages et provinces d'origine. Certains sont mêmes accompagnés de leurs morts qu'ils veulent aller enterrer chez eux, comme le veulent les traditions culturelles haïtiennes structurant l'ensemble des actions individuelles.
Je propose que nous définissions un plan d'action visant l'accompagnement de cette frange de la population qui retourne aux villages. Offrons aux enfants qui ont survécu la possibilité de retourner à l'école dans les villages. Offrons des opportunités économiques et de réinsertion aux familles qui repartent dans les provinces.
Ayons à l'esprit que si le séisme a causé autant de victimes à Port-au-Prince c'est en grande partie à cause de sa surpopulation, de sa bidonvilisation. Nous devons encourager et participer à la reconstruction de Port-au-Prince, ainsi que les autres villes dévastées. Mais nous ne devons pas cautionner une reconstruction de la ville sur les mêmes bases, en reproduisant les mêmes conditions de vulnérabilité.
En accompagnant les familles qui repartent dans les villages, nous évitons de faire de l'aide humanitaire un moyen de maintenir les populations affectées dans une ville devenue un vaste camp de réfugiés. L'accompagnement des familles qui retournent dans les villages et provinces d'origine participerait à montrer aux communautés rurales qu'il leur est offert des opportunités de se reconstruire chez elles, sans être obligées d'aller remplir les poches d'exclusions dans la capitale. C'est aussi s'inscrire dans une perspective de développement soutenable, en contribuant au renforcement des réseaux de résilience déjà existants.
Il s'agit de repenser l'aménagement du territoire national ainsi que la répartition des ressources économiques et financières entre les différentes composantes de la société haïtienne.
Il s'agit de saisir cette triste occasion pour mettre en pratique la décentralisation tant attendue depuis toutes ces années, en Haïti. Il est tant d'en finir avec `le pays en dehors' et de commencer l'exécution d'un projet national.
Il s'agit de travailler afin que les mères et les pères de familles haïtiennes trouvent des raisons valables de vouloir rester dans leurs pays et qu'ils n'éprouvent pas la nécessité d'aller, par désespoir, s'embarquer en haute mer sur des embarcations de fortune à destination des Etats-Unis et autres.
Faisons l'effort, dans le malheur, de rester à la hauteur de notre dignité. Nous sommes un grand peuple dont les ancêtres ont été les premiers à gagner la bataille pour l'universalité des Droits de l'Homme et nous ne pouvons reconnaître de solidarité que celle qui nous accepte dans notre position de droite verticalité.
Offrons aux enfants haïtiens et aux générations futures non plus l'enfermement dans les ghettos de Port-au-Prince, mais une République d'épanouissement, s'ouvrant à toutes les potentialités de son terroir mettant en valeur chaque parcelle de ses collines, chaque goutte de son insularité.
Regardons l'avenir avec les mains tendues, non pas pour attendre l'aide humanitaire, mais pour reprendre possession des 27 750 kilomètres carrés de sols à fructifier, d'où nous ferons monter l'immense beauté du travail vers le soleil brûlant de notre ardeur et rayonnant de notre volonté de dépassement.
17.01.2010
Genève, Suisse
Fils.thelot@graduateinstitut e.ch
Un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas!
CESAIRE.Yon gwo AYIBOBO pou ou men m zanmi m ki vizite lakou sa pou pwan nouvèl zanmi lakay ak lòt bò dlo.