Sur le syndicalisme

Publié le 03 février 2010 par Saucrates

Réflexion une (3 février 2010)
Du pouvoir et des hommes ...

Le syndicalisme est une notion qui m'intéresse profondément, et que j'ai déjà abordé à plusieurs reprises (cf. liste à la fin de cet article). Le syndicalisme a selon moi une véritable légitimité dans les entreprises, lorsque leurs représentants font convenablement leur 'travail' de représentation de leurs collègues, sans privilégier leurs intérêts personnels propres et leur ambition personnelle. Mais le syndicalisme est également un milieu d'hommes de pouvoir et d'ambition, un monde comparable à la 'politique', un monde de coups bas, de manipulations de l'électorat et de trahisons.
Le syndicalisme est d'abord un endroit où il ne faut pratiquement attendre aucune reconnaissance des autres, des collègues, pour le travail accompli. L'image commune «on brûle aujourd'hui ce que l'on a encensé hier» y est particulièrement vraie. Il n'y a pas non plus à attendre plus de reconnaissance ni d'appuis de la part de l'organisation syndicale elle-même à laquelle vous êtes rattachés, qui ne représente pour la majorité qu'une concaténation d'ambitions personnelles de syndicalistes ambitieux et revenchards. Le syndicalisme, pour certains, est un métier ; le jeu des permanences syndicales les ayant éloigné depuis des dizaines d'années des milieux professionnels qu'ils sont sensés continuer de représenter. C'est également pour certains l'occasion d'une revanche sur la vie, sur des études calamiteuses, sur une carrière sans perspectives ...
Les élections professionnelles sont des moments particulièrement désagréables, vraisemblablement comme en politique, et pour avoir connu des moments de défaite, je me suis toujours reconnu dans la réaction de Lionnel Jospin au premier tour de l'élection présidentielle de 2002, lorsqu'il avait terminé troisième derrière Jacques Chirac et Jean Marie Le Pen : «j'abandonne définitivement la vie politique ...» - J'aurais pu prononcer moi-même cette phrase à plusieurs reprises sur le coup d'une défaite syndicale ... Il est clair que je ne suis pas plus fait pour le syndicalisme que Lionnel Jospin était fait pour la politique ... Peut-être une incapacité à supporter l'adversité, la critique, la défaite ... une trop haute opinion de nous-mêmes ...
Il est clair que les électeurs, que ce soit dans le syndicalisme ou en politique, sont particulièrement faciles à manipuler, qu'ils entendent rarement la voie de la raison et qu'ils sont au contraire réceptifs aux plus simples arguments, aux plus basiques idées. C'est accessoirement un domaine où l'on ne trouve pratiquement pas d'énarques, ni de normaliens, ni de polytechniciens ... C'est clairement un autre monde, une autre légitimité que celle de l'intelligence pure, une légitimité du terrain, une légitimité recconnue par les pairs ... mais une légitimité dévoyée par le jeu des ambitions personnelles, des manipulations électorales, du jeu de la recherche du pouvoir.
Le syndicalisme, c'est à peine 7% de personnes syndiquées en France ; beaucoup moins si on élimine les entreprises publiques et les administrations où le taux de syndicalisation est souvent beaucoup plus élevé que dans le privé ... On doit ainsi à peine atteindre un taux de syndicalisation dans les entreprises privées de 2% à 4% de leurs salariés, soit un niveau ridiculement faible, et surtout une légimité bien faible de leurs représentants.
Car le deuxième problème du syndicalisme en France, c'est l'absence de toute démocratie dans la majeure partie des appareils syndicaux (que ce soit à la CFDT, à la CGT ou dans d'autres syndicaux dits représentatifs), à l'exception des syndicats démocratiques tel Sud et Solidaires. En effet, ce minuscule nombre de syndiqués ne sont absolument représentés, et incapables de faire entendre leurs voix, dans les instances syndicales représentatives ; celles qui en dernier ressort désignent les membres qui seront connus du grand public ou qui prennent les décisions. Les syndicats ont développé au maximum le principe de la délégation de pouvoir, du mandatement du pouvoir à un petit nombre de syndicalistes professionnels cumulards à vie.
Certains vous diront qu'il s'agit d'éviter le populisme que la démocratie pourrait impliquer ... Mais c'est surtout la préservation des alliances électorales au sein même des instances locales, professionnelles et fédérales, et l'exclusion des prises de décision de 99% des personnes syndiquées, qui ne sont plus, à tous les échelons des syndicats, que spectateurs de l'utilisation du vote qu'ils ont confié à un de leurs représentants, qui le confiera à un autre et ainsi de suite ...
Les syndicats, qui sont ainsi censés combattre (ou au moins faire évoluer) le capitalisme, en ont en fait repris le fonctionnement ... Les syndicats sont ainsi gérés comme une entreprise, chaque section d'entreprise, chaque syndicat, chaque fédération, voulant détenir un pouvoir comparable à sa participation dans le total des syndiqués. Les syndicats ne sont ainsi que des entreprises où le capital n'est plus exprimé en euros mais en nombre de syndiqués ; le pouvoir y appartient alors à ceux qui réussissent à détenir une majorité du capital, comme dans une entreprise privée ... avec la différence que dans une entreprise, chaque actionnaire est libre de l'utilisation de ses voix, au moins une fois par an, ce qui n'est même pas le cas dans un syndicat où son vote lui est le plus souvent subtilisé ... 
Malgré tout, je reste persuadé de l'intérêt du syndicalisme au niveau de l'entreprise ... mais seulement à ce niveau. Les grandes aspirations qui ont pu être celles des syndicats à leur création, au début du vingtième siècle, sont simplement enterrées. Evidemment, il reste de grands acquis sociaux obtenus grâce au combat des syndicats, dans les entreprises mais également au niveau interprofessionnel ... les congés payés, les trente-cinq heures, la sécurité sociale, les instances représentatives du personnel, le salaire minimum ...
Mais il faudrait réformer le fonctionnement des syndicats, pour sortir de cette logique capitaliste de participation en nombre de syndiqués dans l'organisation syndicale, pour en revenir au principe fondamental de la démocratie du «un homme égale une voix», dont chaque syndiqué serait propriétaire ... Le fonctionnement des syndicats, ce serait un peu comme si en politique, pour les présidentielles par exemple ou pour les législatives, il n'y avait pas d'élection régulière, mais que les désignations se faisaient en fonction du nombre d'adhérents des partis politiques ... et que la désignation des dirigeants des partis politiques n'étaient pas non plus démocratiques, mais dépendait du nombre de voix de chaque représentation politique locale ... Pour autant, pourrait-on parler de démocratie française ? Pas selon moi. Et ses organisations syndicales, comme par exemple la CFDT, ose se faire appeler démocratique (confédération française démocratique du travail) !
Saucratès

Autres réflexions sur des sujets comparables :
1. http://saucrates.blogs.nouvelobs.com/archive/2006/11/29/quelle-reforme-pour-la-representativite-des-syndicats.html
2. http://saucrates.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/05/08/de-la-representativite-des-syndicats-deux.html
a. http://saucrates.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/07/22/sur-les-conflits-sociaux.html