Pour passer le dernier jour avant le lâcher de La Commissaire dans la nature, je vais parler d’un sujet qui n’a rien à voir : les concours de nouvelles. On m’a donné un bon prétexte : le café littéraire Calipso (café web qui est aussi sociologique et philosophique, mais je préfère quand il est littéraire) me signale qu’il lance, comme chaque année, son concours de nouvelles. Pour 2010, le thème sera « Entre chien et loup ». Il est vrai que j’ai de plus en plus l’impression de quitter la civilisation du chien pour revenir à celle du loup, mais je ne veux pas faire de sociologie ni de philosophie. Pour ceux que la plume démange, je leur suggère de participer à ce concours : je ne l’ai jamais fait mais son organisateur, Patrick L’Ecolier est un homme respectable et son concours a bonne réputation. Il offre toutes les garanties de sérieux et une publication à la clé. Faites ce concours, puis faites-en d’autres si ça marche ou si ça vous amuse ; c’est comme ça que j’ai commencé à écrire.
Pourquoi participer aux concours de nouvelles ?
Si vous pensez qu’un bon palmarès en concours vaut un passeport avec visa pour entrer chez les éditeurs, laissez à la porte toute espérance, [en italien dantesque c’est plus chic : lasciate ogni speranza, voi ch'entrate] y compris celle d’ entrare. Les éditeurs ne se fichent même pas des concours de nouvelles, ils les ignorent, tout simplement. Et pourtant, nous sommes de nombreux auteurs à venir de la filière « Concours de nouvelles » (il y a notamment Gavalda. Bon, me direz-vous, Gavalda... mais à l’époque des concours, elle écrivait de très bonnes choses.)
Comment l’expliquer ?
>> Parce que les concours sont une incitation permanente à écrire. Le plus souvent leur thème est imposé, mais ce n’est pas un frein, au contraire. Incitation parce qu’on se met la pression en raison des délais. Incitation parce qu’on a envie de gagner, et pas seulement pour la gloire. Les bons concours sont agréablement dotés : mille euros par ci, mille autres par là, certains peuvent aller jusqu’à trois ou quatre mille. On gagne beaucoup plus avec douze bonnes nouvelles dans les concours pour amateurs qu’avec un recueil gagnant le Goncourt de la nouvelle pour un auteur publié. Ce n’est pas une plaisanterie, je tiens le calcul à la disposition des intéressés.
>> Parce que beaucoup de concours permettent d’avoir des commentaires sur texte. Des commentaires intelligents quand ce sont des jurés intelligents, de stupides commentaires dans le cas contraire. On est en tout cas lu et relu, ce qui n’est pas si fréquent quand on est auteur amateur. Et parfois même lu par des centaines d’autres amateurs quand on gagne un concours se terminant par l’édition d’un mini-recueil envoyé aux participants. Une remarque sur les commentaires des jurés : attention, ce sont rarement des lecteurs professionnels. J’ai gardé la fiche d’un juré qui, commentant une de mes nouvelles écrites à la première personne, (L’Acide lactique, qui fut ensuite publié dans « La Diablada ») m’écrivait gravement : « C’est bien, vous y êtes presque, mais vous abusez du « je ». Cherchez des synonymes. »
>> Parce que les concours permettent de nouer de belles amitiés. Belles et utiles, même si ces deux adjectifs sont affreux à juxtaposer. A l’époque où, amateur puis semi-pro, je faisais les concours, je croisais régulièrement sur les podiums Françoise Guérin et Emmanuelle Urien, deux serial winners. Nous avons noué de solides liens, nous avons échangé nos textes, nos demandes de réaction, et c’est peut-être là que j’ai le plus progressé – elles, je ne sais pas, mais aujourd’hui, la première publie au Masque, et la seconde chez Gallimard.
Mais le plus bel avantage des concours, c’est de pouvoir tester anonymement sa vocation d’écrivain : vous pouvez écrire quelques nouvelles, les proposer en toute discrétion à quelques concours. Si vous vous plantez partout, personne ne le saura. Seuls sont révélés les noms des finalistes ou des gagnants. C’est le silence ou les trompettes de gloire.
Cela dit, les concours peuvent constituer un leurre :
- leurre si on disperse en trop de concours. Certains poussent à la médiocrité. Il suffit parfois de lire le règlement pour le comprendre : quand de graves organisateurs expliquent en un langage pompeux ce que doit être une bonne nouvelle, mieux vaut s’enfuir. On sent parfois le comité de vieilles dames qui se prennent pour un salon littéraire dès qu’elles prennent le thé ensemble. J’ai vu maints concours couronner des textes affligeants, bourrés de clichés : lisez, chaque fois que possible, les textes des vainqueurs précédents. Vous repérerez vite les concours déshonorants.
- leurre si on se grise de ses succès : ne rêvons pas, le niveau de qualité demandé pour les concours (et j’entends pour GAGNER les concours) est très inférieur à celui demandé par les éditeurs. Certains de mes textes plusieurs fois couronnés en concours sont revenus couverts de rouges corrections quand ils sont passés entre les mains de la correctrice d’Anne Carrière, qui connaissait son métier (Coucou, Sophie !).
- leurre aussi si l’on se désole trop vite de ses échecs : même dans de bons concours, les jurys recherchent souvent le classicisme. Classicisme de l’écriture, classicisme des idées. Certaines de mes nouvelles, peut-être les meilleures, ont été rejetées dans tous les concours où elles étaient présentées. Je pense notamment au « Parfum des profondeurs » ou « Et l’ange passa » (in La Diablada) et à l’Etage de Dieu (nouvelle éponyme du recueil). Quant à la nouvelle La diablada proprement dite, la première fois que je l’ai testée dans un petit concours, elle a fini 36ème sur 42. On peut s’en sentir très déboussolé.
Conclusion : si vous avez trop longtemps contrarié votre vocation d’écrivain, tentez le plus discret des coming-out, participez aux bons concours. Accueillez d’un coeur équanime les bons et les mauvais résultats. Ne commencez à y croire qu’après une répétition de succès ou de bides absolus.
Je relis ce billet : je n’ai jamais écrit de billet si sérieux. Peut-être parce que l’époque des concours de nouvelles reste un merveilleux souvenir de ma carrière d’auteur. C’était une période d’innocence et d’euphorie.
Deuxième re-lecture : oui, trop sérieux, tout cela. Tant pis, vous ajouterez les clins d’oeil et les rires là où vous voudrez.